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mardi 27 février 2024

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Burkina : Quand le SIDA se résume désormais à son simple statut sérologique !

Au Burkina Faso, en fin 2022, le taux de prévalence de l’infection au VIH-SIDA est passé de 7,17% à 0,6%. Ce résultat a été obtenu en 25 ans de lutte contre cette maladie, selon le rapport 2023 de l’ONUSIDA. En 2021, selon le même rapport, plus de 1 700 personnes ont contracté la maladie. Des « résultats encourageants », même si la prévalence est élevée chez les Hommes ayant des rapports sexuels avec des Hommes (HSH), les travailleuses de sexe (TS), les personnes handicapées, etc. La vigilance et la prudence doivent donc être de mise, convient le Secrétariat permanent de lutte contre le VIH, le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles (SP/CNLS-IST). « Il ne faut pas baisser la garde », alertent certaines associations de lutte contre la maladie. Nous sommes allés à la rencontre de certaines personnes qui portent le virus en eux, mais avec une charge virale indétectable. Reportage !

2 novembre 2023. Nous avons rendez-vous avec Adama Ouédraogo, coordonnateur du Réseau national pour une plus grande implication des personnes infectées et affectées par le VIH-SIDA dans la lutte contre le VIH-SIDA au Burkina Faso (REGIPIV-BF). Ce réseau dont l’une des missions principales est de faire le plaidoyer afin d’améliorer le bien-être physique des personnes vivants avec le VIH-SIDA, est situé à Wemtenga, un quartier de la capitale burkinabè. C’est un regroupement d’associations, créé en 2001, avec pour objectif de réduire au maximum la transmission du VIH-SIDA au sein des populations.

Notre but était d’avoir des informations sur les actions du réseau dans la lutte contre le VIH-SIDA. Mais avant, nous avons décidé de rencontrer d’abord sur place des personnes qui portent depuis plusieurs années le virus dans leur organisme.

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Voir ci-dessous, la situation épidémiologique du VIH-SIDA au Burkina Faso

Kadidiatou Ouédraogo (nom d’emprunt), fait partie des personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Elle vit avec le VIH-SIDA depuis sa naissance. Pourtant, ce n’est qu’après son Baccalauréat obtenu en 2016, qu’elle a pris connaissance de son statut sérologique. Après avoir brillamment passé son examen du BAC, elle décide enfin, de parler de sa vie, avec son oncle qui l’a accueillie après le décès de ses parents. 

Dans sa robe cousue sur mesure, son voile bleu qui dissimule sa chevelure, elle avance nonchalamment vers nous avec un sourire qui illumine son visage et nous contamine tous. Le sourire est donc partagé. Nous esquissons un brin de sourire pour l’accueillir. Elle prend place en face de nous, sur une chaise. Nous la rassurons de ce que nous garderons toutes ses déclarations sous anonymat. Les présentations sont vite faites. Aujourd’hui étudiante en 3e année de droit, Kadidiatou, 26 ans, n’a personnellement découvert son statut sérologique qu’en 2017, après l’obtention de son baccalauréat en 2016. « Après le Bac, j’ai demandé à mon oncle de savoir pourquoi, depuis que je suis tout petite, jusqu’à ce jour, je prends chaque jour des médicaments. Il m’a dit que le docteur pourrait mieux m’expliquer. Je me suis donc tourné vers le docteur. C’est là qu’il m’a annoncé que j’ai le VIH-SIDA », confie-t-elle, le regard hagard, certainement replongée dans ses vieux souvenirs douloureux. « A l’annonce, j’étais déçue et je me posais la question de savoir pourquoi moi. Je voyais déjà mes rêves de fonder une famille s’effondrer », marmotte-t-elle, les lèvres presque tremblotantes.   

Comment a-t-elle été contaminée par cette maladie ? A cette question, sa réponse est sans ambages : « ça été fait de mère à enfant ». Une transmission verticale, aujourd’hui évitable avec les progrès de la médecine. Ses parents sont décédés, alors qu’elle était toujours enfant. Son père a tiré sa révérence en 2000, et sa mère, 7 ans après, en 2007. 

Aujourd’hui, sa survie est conditionnée par la prise régulière des Antirétroviraux (ARV). « Je prends les produits à chaque moment. C’est nécessaire, c’est le traitement. Chaque jour que Dieu fait, je les prends. Sans cela, je risque de chuter », soutient celle-là qui, depuis longtemps, a « une charge virale indétectable ». « Tant que tu suis régulièrement le traitement, tu prends tes produits à l’heure, la charge virale est toujours indétectable », assure-t-elle. Être indétectable, selon ses explications, c’est vivre avec le virus, sans que celui-ci n’ait la possibilité de nuire encore à votre organisme et sans avoir la possibilité de contaminer d’autres personnes. Actuellement, la science n’est pas arrivée à traiter complètement cette maladie. « Si vous êtes contaminés, vous vivez avec le virus à vie », avait rappelé Rodolphe Kabré, membre du REGIPIV-BF, au cours dune formation tenue les 27 et 28 novembre 2023, où la contribution des Hommes de média a été sollicitée pour impacter positivement la lutte contre la maladie au Burkina Faso. C’est dire, selon lui, que toutes les nouvelles contaminations viendront allonger la liste des porteurs du virus pour la vie.

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« Je ne suis même pas malade…»

Au Burkina Faso, plus de 97 000 personnes vivent avec le VIH-SIDA, selon le dernier rapport de l’ONUSIDA. Kadidiatou fait donc partie de ces personnes. Elle doit vivre avec le virus, jusqu’à ce que, souhaite-elle, « la science trouve un remède définitif à cette vile maladie ». « J’espère un jour aller faire mon test et qu’on me dise que je ne porte plus le virus. Mais, actuellement, la présence du virus dans mon organisme ne m’empêche pas du tout de vivre », a-t-elle décliné. 

Elle qui n’a pas eu, personnellement, des comportements à risque, est aujourd’hui obligée de supporter ce virus toute sa vie sur cette terre. Le cœur est lourd de remords, mais cela ne la décourage pas. Elle refuse également de culpabiliser ses parents qui seraient à l’origine de son mal, selon l’annonce qui lui a été faite. « A partir du moment où les parents ne vivent plus, comment pourrais-je avoir une dent contre eux ? J’ai juste accepté les faits et j’ai remis tout entre les mains de Dieu », se resigne-t-elle à nous dire. Aujourd’hui, la jeune fille dit vivre « le cœur léger, sans remords ». « Je vis comme tout le monde, comme toute personne, sans problème », assure-t-elle, sourire aux lèvres. 

Pour éviter la stigmatisation, Kadidiatou a décidé de garder confidentiel son statut sérologique. Seuls la femme de son son oncle et l’oncle lui-même connaissent sa sérologie. En plus d’eux, une des amies intimes de Kadidiatou, Josiane (nom d’emprunt). Tous ceux qui connaissent son statut, de ses dires, ne la stigmatisent pas. « Ils me regardent d’une façon normale. Ils ne font pas de différence. On mange ensemble, on fait tout ensemble. Il n’y a pas de différence. Ils ne me traitent pas comme une autre personne, parce que je suis une personne comme les autres. Sur ce côté, il n’y a rien à s’inquiéter », relève-t-elle avec un brin de satisfaction. Un traitement qui la réjouit et la garde loin de tout remord. « Chaque soir, je dors très bien. Je ne pense même plus à ça. En fait, si tu acceptes ce que tu es, tu as l’estime de soi, tu n’auras plus d’inquiétude à te faire. Donc, moi je dors bien. Je fais mes projets et je pense à ce projet. Je ne suis même pas malade d’ailleurs. J’ai simplement le virus dans mon organisme, avec une charge virale indétectable », martèle-t-elle.

Aujourd’hui, Kadidiatou n’entend plus laisser ses jeunes frères et sœurs se faire contaminer par cette maladie. Membre de l’Association des jeunes pour la lutte contre le VIH-SIDA (AJLV), elle œuvre pour l’épanouissement d’une jeunesse « sans VIH-SIDA ». « Cette association est créée pour aider les jeunes vivant avec le VIH-SIDA, qui n’ont pas encore compris qu’ils peuvent vivre avec cette maladie comme toute personne normale ; qui n’ont pas encore compris qu’ils peuvent tout surpasser, même en vivant avec la maladie. Nous essayons, dans notre association, de rassurer ces jeunes, dans des groupes de causerie-débat, pour qu’ils aient une estime de soi. Ce n’est pas parce que vous avez le virus dans le corps que vous ne pouvez pas vivre normalement. Vous êtes une personne comme les autres. Comme il n’est pas écrit sur votre front que vous avez cette maladie, personne ne peut savoir que vous êtes malades. Pourquoi donc ne pas avoir une estime de soi, en réalisant son rêve ? Nous sommes là pour rappeler aux jeunes vivant avec cette maladie que ce n’est pas une fatalité. Ils peuvent continuer à croire en leur avenir pour réaliser leur projet et leur rêve », a-t-elle soutenu.

Vidéo – « Je veux dire aux populations de ne pas stigmatiser les PVVIH »

Le rêve de Kadidiatou est de devenir une notaire, pour, dit-elle, « rédiger les actes de vente, de notoriété, etc. ». « Le travail de notaire me plaît énormément », a-t-elle avoué. Elle rêve aussi de « fonder une belle famille », avec un homme qui va l’accepter et savoir prendre soin d’elle. « Ce n’est pas parce que tu as le VIH-SIDA que tu ne vas pas te marier. Non ! Tu es une personne comme tout le monde. Personnellement, si je trouve un homme qui m’aime et que j’aime, je vais me marier sans souci et faire beaucoup d’enfants. Au moins 5 ou 6 enfants », nous dit-elle avec un large sourire, avant de poursuivre : « une fois que je suis bien mon traitement, je n’aurai aucun souci pour avoir des enfants, parce qu’en suivant bien mon traitement, je ne contaminerai pas mes enfants. Il y a des précautions suffisantes à prendre pour ne pas transmettre la maladie à mes enfants ni à mon époux ».

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Séropositive et mère d’une fille séronégative

Comme elle, Eliane Sorgho (nom d’emprunt), vit avec le virus depuis sa naissance. Cette jeune mère de 27 ans, avait un partenaire séronégatif. Ils ont eu la grâce d’être parents d’une fillette de 3 ans, séronégative. Malheureusement, le père de sa fille l’a abandonnée quelques temps après avoir appris qu’elle était séropositive. Aujourd’hui, Eliane fait partie des « pères éducateurs », dans un centre de santé public de la capitale. Les pères éducateurs sont ceux qui donnent des conseils aux enfants qui devraient être pris en charge du VIH-SIDA. Comment a-t-elle su qu’elle est malade du VIH-SIDA ? En 2008, se rappelle-t-elle, sa marâtre, dans ses causeries avec une connaissance, révèle qu’Eliane est atteinte du VIH-SIDA. « Elles ne savaient pas que je les entendais. J’étais de l’autre côté de la maison et elles parlaient de ma situation sans savoir que je pouvais les entendre. C’est à partir de ce jour que j’ai su que j’étais malade du VIH-SIDA », nous confie-t-elle tristement, dissimulant difficilement son soupir. Alors qu’elle avait 12 ans à l’époque, une adolescente, cette nouvelle l’a « complètement bouleversée ». « J’étais mal à l’aise. Je ne croyais plus en moi et j’avais complètement arrêté de prendre les médicaments », pousse-t-elle, avec une voix nouée. A l’aide de son pouce, elle efface une larme qui lui avait échappé. Après un bref silence, elle nous revient, avec un petit sourire sec.

Ainsi, dans sa volonté de mieux comprendre sa situation, elle se met à rechercher l’origine de cette maladie. C’est ainsi qu’elle apprend que sa contamination a été faite à sa naissance. « C’était une transmission de mère à l’enfant », nous dit-elle, sans conviction, non sans lâcher un bref sourire, comme pour dissimuler ce brin de remord expressif sur son visage pâle. « Ma mère est décédée en 2002. J’ai appris qu’elle avait le VIH. Mais mon père vit toujours et est séronégatif », révèle Eliane. Elle aurait été contaminée par sa mère, qui portait le virus. Après cet épisode, Eliane s’arme de courage et décide d’affronter sa nouvelle vie. Aujourd’hui, elle prend régulièrement ses produits et a une charge virale indétectable, ce, depuis 2021. Dans cette vidéo ci-dessous, elle donne des conseils aux populations pour se prémunir de la maladie, et surtout, pour vivre épanoui, même en portant le virus.

Vidéo – Eliane, séropositive, a une fille séronégative et un partenaire séronégatif

Pour lutter contre cette maladie au Burkina Faso en aidant les populations à s’y prémunir, la jeune fille mère est aujourd’hui membre d’une association, dont la mission s’inscrit dans les objectifs de l’ONUSIDA, c’est-à-dire mettre fin au VIH-SIDA à l’horizon 2030. « Nous formons souvent des groupes et organisons des causeries-débats, pour conseillers les populations. Nous travaillons à éviter de nouvelles contaminations au sein des populations. C’est pour prémunir les populations de cette maladie », a-t-elle signifié. Elle dit d’ailleurs être heureuse d’avoir une charge virale indétectable. « C’est une fierté pour moi parce que je prends les produits depuis 2005. Si aujourd’hui je suis indétectable, franchement, ça me rend heureuse », avoue-t-elle. Cette jeune fille mère dit être encore plus heureuse de savoir qu’elle « ne peut plus contaminer une personne » par le virus et reste convaincue de ce que de nos jours, « tout est mis en œuvre pour mettre fin à cette maladie dans un futur proche »

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Amoureux, il compte fonder une famille avec sa copine séronégative

Nous sommes également allés à la rencontre de Bruno Ouattara (nom d’emprunt). Cet élève en maintenance industrielle, doit passer son Bac professionnel cette année scolaire 2023-2024. Avec son corps imposant, les muscles bien arrondis, à vue d’œil l’on dirait qu’il est un grand sportif. Aujourd’hui âgé de 23 ans, cela fait maintenant plus de 8 ans que Bruno connait son statut sérologique. En effet, foi de l’élève, c’est à l’âge de 15 ans qu’il a été informé, « avec précaution », par le docteur, un psychologue résident à Pissy, un quartier de Ouagadougou, qu’il est malade du VIH-SIDA. « Avant que je ne sois informé, je prenais régulièrement les produits sans savoir de quoi il s’agit. Je ne sentais aucun effet de la maladie sur moi », nous fait-il savoir, pouffant de rire, très amusé. Il ajoute qu’il suivait sa mère pour aller chercher les produits au CHU Yalgado Ouédraogo, le plus grand centre de santé public de référence au Burkina Faso. « Ma mère me faisait prendre régulièrement les produits, depuis longtemps », confie-t-il. A l’en croire, ses parents sont tous séropositifs, mais, sa grande sœur Sophie (nom d’emprunt), elle, n’a pas été contaminée par la maladie. « Je ne sais pas comment ça s’est produit, mais Dieu merci, elle au moins n’a rien », se réjoui-t-il.

De son entendement, « il faut régulièrement prendre les produits pour ne pas faire la forme grave de la maladie ». « Je suis très bien le traitement et je n’ai aucun souci de santé. Actuellement ma charge virale est indétectable. C’est dire que je porte le virus, mais il n’a aucun impact sur ma vie. Il est dans mon organisme mais il ne peut plus se multiplier. Et je ne peux plus transmettre la maladie à une autre personne », a-t-il indiqué. Très heureux aujourd’hui de cheminer avec son âme-sœur, il entend, « s’il plaît à Dieu », faire de cette fille qu’il « aime beaucoup », son épouse pour le restant de la vie. « J’ai une petite amie bien portante. Elle est séronégative. C’est dans le mois d’octobre dernier que je l’ai informée de mon statut. Elle ne croyait pas, vu ma forme, mon état. Pour elle, je devrais être amaigri, chétif, à cause de la maladie. Ça n’a pas été facile quand je lui ai donné l’information », nous glisse-t-il, avec un air un peu déconcerté. Mais comment a-t-il fait pour informer sa copine ? Il donne plus de détails dans cette vidéo et invite les populations à se prémunir de cette maladie.

Vidéo – Bruno entend épouser sa petite amie séronégative pour fonder « une belle famille »

Rodrigue Ilboudo (nom d’emprunt), lui, est élève en classe de 3e cette année scolaire 2023-2024. Agé de 23 ans aujourd’hui, il reste convaincu que l’avenir sera meilleur. Celui-là même que le VIH-SIDA allait extirper de la voie qui mène au savoir, ressent toujours des remords, mais garde espoir pour une vie épanouie demain. « J’étais un brillant élève. J’étais toujours parmi les cinq premiers de ma classe au classement. Mais, quand j’ai chuté à cause de la maladie, je n’arrivais plus à remonter la pente », nous confie-t-il, découragé, d’une voix presque inaudible et entrecoupée de soupir, à l’ombre de cet arbuste où il a décidé de nous recevoir. « En 2008, une année après le décès de ma mère, j’avais des maux de ventre et une diarrhée persistante. C’est une voisine qui, voyant ma souffrance, a décidé de m’emmener dans un centre de santé et m’a aidé à faire des examens médicaux. Après les examens, on m’a donné un traitement à suivre », se rappelle-t-il. C’est ainsi que les symptômes de la maladie ont fini par disparaitre de son corps. Aujourd’hui, il a lui aussi une charge virale indétectable et a repris les études convenablement. Sa mère n’est plus, parce qu’emportée par la maladie. De ses confidences, son père n’a pas été contaminé par la maladie et se porte toujours bien aujourd’hui. Mais, seuls quelques-uns de ses proches connaissent le statut sérologique de Rodrigue. « J’ai peur de le dire à mes amis qui pourront me fuir demain. J’ai peur aussi de la stigmatisation, voilà pourquoi je ne dis rien à personne », avoue cet élève qui entend « décrocher le BEPC avec une forte moyenne cette année ». « Lorsque j’ai su que je suis malade, j’étais beaucoup triste pour ma vie. Même actuellement, je ressens toujours cette tristesse, mais je fais de l’effort pour tout oublier et vivre librement ma vie », a-t-il assuré. 

Rodrigue, PVVIH, se sent « toujours triste » à cause du virus qui vit en lui. Mais, avec une charge virale indétectable, il est aujourd’hui « très heureux » et compte vivre librement sa vie

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« Aujourd’hui, on ne meurt pas du VIH-SIDA » 

Pour lutter contre cette maladie, beaucoup d’associations et organisations de la société civile sont mises à contribution. C’est le cas du Réseau national pour une plus grande implication des personnes infectées et affectées par le VIH-SIDA dans la lutte contre le VIH-SIDA au Burkina Faso (REGIPIV-BF). Le président du comité d’administration de ce réseau, Mamadou Sawadogo, qui a connu son statut sérologique depuis 1996, s’est engagé depuis lors à freiner la transmission au sein des populations. Dans cette vidéo, il revient sur son expérience de vie, lui qui est marié et est aujourd’hui père de deux enfants, tous séronégatifs, avec leur mère. Il donne également des conseils aux populations pour éviter de contracter cette maladie, car pour lui, « même si le traitement marche aujourd’hui, mieux vaut ne pas être contaminé ».

Vidéo – Mamadou Sawadogo parle de son expérience en tant que PVVIH

Le REGIPIV-BF, selon les explications d’Adama Ouédraogo, qui en est le coordonnateur, a été créé en juin 2001, au cours d’une conférence qui a réuni des associations des personnes affectées et infectées par le VIH-SIDA, de 16 provinces au départ. De nos jours, au niveau national, le réseau est représenté dans les 13 régions du pays avec 13 coordinations régionales. L’une des missions principales de ce réseau est de faire le plaidoyer afin d’améliorer le bien-être physique des personnes vivants avec le VIH-SIDA. « Nous sommes une pièce maitresse en matière de lutte contre le VIH-SIDA et dans l’amélioration des conditions de la cible » au Burkina Faso, estime-t-il. En termes d’acquis, il cite la décentralisation des soins et traitements, la gratuité des ARV. Le réseau est actuellement « en pleine bataille pour la gratuité des examens biologiques et autre », fait-il savoir.

Mais, au-delà de ces acquis, il a invité les populations à la vigilance, car la maladie, pour lui, n’est pas terminée. La prévalence a baissé au sein de la population générale, mais certains groupes cibles ont une prévalence « très élevée », surtout chez les Hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres Hommes (HSH), chez les travailleuses de sexe (TS) et les personnes handicapées. « Aujourd’hui, on ne meurt pas du VIH-SIDA », pense Adama Ouédraogo. Mais, il faut se prémunir de la maladie en évitant les comportements à risques. Dans la vidéo ci-dessous, le coordonnateur du REGIPIV-BF donne des conseils aux populations pour éviter la maladie et interpelle l’Etat sur la nécessité de toujours travailler à mettre fin à cette maladie. 

Vidéo – « Aujourd’hui, les jeunes ont plus peur des grossesses que du VIH-SIDA », déplore Adama Ouédraogo

Aussi, dans ses missions, le REGIPIV-BF met-il en œuvre un projet pour la prise en charge pédiatrique. Il s’agit du Projet Transition. Ce projet, de l’explication du docteur Arthur Sawadogo, agent de santé au sein du réseau, vise à préparer les jeunes pour le passage du traitement pédiatrique au traitement adulte, avec un changement de centre de prise en charge.

 « C’est un projet très important pour les jeunes vivant avec le VIH-SIDA », estime Dr. Sawadogo. « Avant les années 2000, quand un enfant naissait avec le VIH, c’était comme s’il était né avec un certificat de décès, parce qu’il n’y avait pas assez de solutions pour le sauver. Pour les soignants, il était condamné, pour une maladie incurable qui n’avait pas de traitement à l’époque. Dans les années 2000, avec l’évolution de la science, il y a eu l’introduction des ARV », a retracé le docteur Sawadogo, qui note que ces jeunes nés avec le VIH dans les années 2000 ont aujourd’hui grandi et ont des besoins que ceux de la pédiatrie n’arrivent pas à couvrir. Ce sont donc ces jeunes qui sont transférés dans des sites adultes de prise en charge pour poursuivre le traitement.

« Quand vous regardez dans la prise en charge du VIH, il n’y a pas de protocole qui définit cette transition. (…) Il y a certes, des propositions qui sont faites, mais il n’y a pas d’étude qui définit l’âge de la transition. Actuellement, quand le jeune atteint l’âge de 15, 16 ans ou plus, on fait un transfert de dossier et le jeune part sur le site adulte pour poursuivre le traitement sans une réelle préparation », a déploré le Dr. Arthur Sawadogo, qui estime que cette façon de procéder a des conséquences du fait que ces jeunes se retrouvent dans un nouvel environnement qui les rend parfois réticents à se faire prendre en charge par d’autres agents de santé qu’ils ne connaissent pas. Ainsi, de son explication, le « Projet transition » vise à préparer les jeunes pour la transition, à impliquer les médecins de la pédiatrie et ceux des sites adultes, à recruter des jeunes pères éducateurs qui vont accompagner les nouveaux venus, les rassurer, afin qu’ils puissent transiter de la prise en charge pédiatrique vers celle adulte sans grande difficulté.

Le projet comprend trois volets qui impliquent la prise en charge clinique, la recherche et le volet communautaire. « (…) Tout cela est fait pour pouvoir adapter le traitement », a dit le Dr. Arthur Sawadogo. Mais, à l’en croire, ce projet qui touche déjà 160 jeunes vivant avec le VIH, devrait prendre fin en décembre 2024, parce que les partenaires ont décidé de se retirer. Le REGIPIV-BF plaide donc pour la poursuite du projet, avec un financement endogène, afin de toucher le maximum de jeunes et adolescents vivant avec la maladie, ce, dans toutes les régions du pays. 

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Voir ci-dessous les statistiques mondiales sur le VIH-SIDA

NB : Nous avons changé les noms et les voix de nos interlocuteurs PVVIH pour préserver leurs identités et surtout lutter contre la stigmatisation dont ils pourraient en être victimes.

Armand Kinda

Minute.bf

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