Tabaski 2026 : Les moutons attendent toujours des acheteurs

À quelques jours de la célébration de l’Aïd el-Kébir, l’ambiance est loin de l’effervescence habituelle dans certains marchés à bétail de Ouagadougou. Entre faible affluence, hausse du coût de l’alimentation animale, les vendeurs sont partagés entre espoir et désespoir. Le samedi 23 mai 2026, une équipe de Minute.bf est allée à la rencontre des vendeurs de bétail à Tanghin et Kilwin. Constat !

La Tabaski sera célébrée au Burkina Faso le mercredi 27 mai 2026. Pour cette fête religieuse, le mouton est la viande la plus prisée et recommandée dans la foi musulmane. Chaque fidèle musulman, quand les moyens le permettent, met la main à la poche pour s’acheter un bélier pour l’occasion.

Un mouton de 600 000 FCFA

Samedi 23 mai 2026. Il est 11 heures. Le soleil est au zénith. Alors que nous nous approchons du marché à bétail de Tanghin, un quartier de Ouagadougou, le bêlement des moutons attire notre attention. Ici, c’est le marché des moutons. On dénombre des milliers de têtes de moutons exposées à l’air libre. Des clients, aussi rares qu’une goutte d’eau dans la mer, viennent « espérer » avoir le précieux sésame avant la grande fête.

Chemin faisant, nous rencontrons Abdoul Karim Ouédraogo, plus connu sous le nom de « Karamoretchè ». Ce dernier est vendeur de béliers depuis une vingtaine d’années. La mine de Karamoretchè laisse entrevoir une inquiétude. « Il n’y a pas de marché », nous lance-t-il, amer.

Karamoretchè inquiet quant à ma morosité du marché

En effet, à l’en croire, avec la mesure de suspension de l’exportation du bétail, « les gens pensent maintenant que les animaux doivent être vendus à très bas prix. Pourtant, les aliments pour bétail coûtent cher ». « On ne peut pas acheter cher et vendre moins cher. Autrement dit, nous vendons à perte. Cela ne nous arrange pas », déplore-t-il, assis à côté de ses bêtes. Chez Karamoretchè, les moutons se négocient entre 250 000 et 350 000 FCFA.

À un jet de pierre de Karamoretchè, un autre vendeur de bétail. Chez Mohamed Bougma, les moutons se négocient à partir de 100 000 FCFA. « La décision gouvernementale de suspendre les exportations n’a pas d’effet sur mes prix. Les prix sont restés fixes », a-t-il déclaré.

Saïdou Sinaré vend ses bêtes au bas prix à 50 000 FCFA

Habitué à vendre ses animaux à l’extérieur à l’approche de la Tabaski avant de revenir commercialiser au Burkina Faso, Mohamed Bougma dit aujourd’hui devoir s’adapter à une nouvelle réalité économique marquée par la flambée des prix de l’alimentation animale. « Le sac de tourteau est passé de 9 000 à 14 000 FCFA. L’emballage de haricots, qui coûtait 3 000 FCFA, est maintenant à 7 000 FCFA », détaille-t-il avec regret.

Les deux commerçants, s’ils estiment que la décision gouvernementale de suspendre l’exportation du bétail peut avoir des avantages pour le marché local, ont cependant déploré que le marché soit resté comme si de rien n’était.

Nous poursuivons notre constat et débouchons sur Moumouni Kiemtoré. Revendeur de bétail, il dit observer, impuissant, un ralentissement de ses activités. « Si le gouvernement prend une décision, nous ne pouvons que suivre. Mais cela ne veut pas dire que les prix vont baisser », affirme-t-il fermement.

Monsieur Kiemtoré n’entend pas baisser les prix

Moumouni Kiemtoré explique que les vendeurs travaillent avec des marges déjà limitées. « Si on achète un mouton à 100 000 FCFA pour le revendre à 150 000 FCFA et qu’un client propose 120 000 FCFA, on ne peut pas vendre à perte », insiste-t-il. Chez lui, les prix oscillent entre 98 000 et 155 000 FCFA.

Il est 14 heures passées quand nous rebroussons chemin. À 15 heures, nous arrivons au marché à bétail de Kilwin.

Mohamed Bougouma fait partie des commerçants qui écoulait leur bêtes à l’extérieur

Ici, les préoccupations sont similaires à celles des commerçants du marché à bétail de Tanghin. Sans commenter la mesure de suspension des exportations, Amidou Kaboré nous a indiqué que le marché souffre du manque de clients. « Le marché est très lent. Ce n’est pas encore ce que nous espérions. Chez moi, les prix des béliers varient entre 52 000 et 250 000 FCFA », a-t-il résumé. Par ailleurs, il espère au moins parvenir à écouler son bétail après la fête afin d’éviter de lourdes pertes financières.

Saïdou Sinaré, lui, salue la décision du Gouvernement d’interdire l’exportation, mais, affirme que « la décision est venue trop brusquement. Peut-être que l’information ne nous est pas vite parvenue pour qu’on se prépare. Mais cela ne peut en aucun cas jouer sur les prix de mes béliers que j’ai achetés pour revendre. Les prix de mes béliers vont de 50 000 à 200 000 FCFA », a-t-il souligné.

Des moutons qui attendent des acheteurs

Alors que nous bouclons le reportage vers 16 heures 30 minutes, les milliers de moutons exposés attendaient toujours des acheteurs. La Tabaski, faut-il le rappeler, est pour ce mercredi 27 mai 2026.

Lire aussi : Burkina : La BMCRF saisit du bétail en tentative d’exportation illégale

Nadège KINDA et Sidziguin Irène Corinne SAWADOGO (Stagiaire)
Minute.bf

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