Souveraineté énergétique dans l’AES : Les solutions du DG de la SONABEL

En marge de la 8e édition de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO), couplée à la première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES (SEMH-AES), le Directeur général de la SONABEL a pris la parole sur un sujet sensible : « la souveraineté énergétique face à l’équilibre financier des sociétés d’électricité ». Souleymane Ouédraogo a livré une analyse sans concession de la santé financière des sociétés d’électricité de l’Alliance des États du Sahel. Le DG de la SONABEL a appelé à une rupture radicale dans les politiques tarifaires et la lutte contre la fraude.

Souleymane Ouédraogo a posé un diagnostic sans fard sur la situation des trois principales compagnies d’électricité de l’espace confédéral : la SONABEL (Burkina Faso), la NIGELEC (Niger) et l’EDMSA (Mali).

Sur les trois dernières années, la SONABEL affiche un résultat net de l’ordre de 10 milliards de francs CFA. La NIGELEC, de son côté, présente des résultats nets d’environ 1,5 milliard de francs CFA. Mais la situation de l’EDMSA est bien plus préoccupante. Les résultats nets des trois dernières années sont déficitaires, avec un déficit de 180 milliards de francs CFA en 2023. Sur trois ans, le cumul des déficits de la société malienne dépasse les 200 milliards de francs CFA. « Quand vous demandez à quelqu’un de mettre son argent dans une entreprise qui a perdu 200 milliards en trois ans, personne ne va oser mettre son argent dedans », a-t-il souligné.

Le panel se tenait sous la thématique centrale du panel : « Souveraineté énergétique et accès à l’énergie », dont le Niger et le Mali ont pris part

Le diagnostic du DG de la SONABEL met en lumière un enjeu majeur. Celui des pertes globales du système électrique. La SONABEL affiche un taux de pertes de l’ordre de 16%, tandis que la NIGELEC et l’EDMSA tournent autour de 20%. Rapportés aux chiffres d’affaires respectifs, ces pourcentages se traduisent par des montants vertigineux. 55 milliards de francs CFA de pertes pour la SONABEL, 44 milliards FCFA pour l’EDMSA et 33 milliards FCFA pour la NIGELEC.

Le responsable burkinabè distingue deux types de pertes. Les pertes techniques, d’abord, liées à la vétusté et à la mauvaise connaissance des réseaux. « En Europe, ils sont à moins de 3% de pertes techniques », a-t-il rappelé, plaidant pour un réseau intelligent permettant de véhiculer le minimum de pertes. Les pertes commerciales, ensuite, qui incluent la fraude et le vol d’électricité. « Lorsque quelqu’un vole l’électricité, non seulement il vole la société d’État, mais en plus, il vole tout simplement l’État », a-t-il regretté, rappelant que les sociétés d’électricité sont fortement subventionnées par les États.

Pour une Souveraineté énergétique dans l’AES, le DG de la SONABEL avance ses pistes de solutions

Le DG de la SONABEL n’a pas épargné les politiques tarifaires en vigueur dans l’espace AES. Il a pointé du doigt le cas du Niger, qui affiche les tarifs les plus bas d’Afrique subsaharienne, une situation héritée d’une époque où le pays dépendait fortement des importations d’électricité en provenance du Nigeria. « Lorsqu’on parle de souveraineté énergétique, on ne peut pas confier sa dépendance énergétique à un autre pays », a-t-il affirmé. Souleymane Ouédraogo a relevé l’incohérence entre une politique de développement de la production nationale et le maintien de tarifs construits sur la base d’importations moins chères.

Le cas du Mali illustre les difficultés d’un réajustement tarifaire. En 2014, l’EDMSA a tenté une révision de ses tarifs, mais a dû faire marche arrière face à la contestation. Une décennie plus tard, la société accumule les déficits.

À l’inverse, le Burkina Faso a réussi, en 2023, une augmentation tarifaire ciblée sans contestation, en s’appuyant sur une approche fondée sur le consentement. L’État burkinabè a par ailleurs consenti un effort financier considérable. En 2025, une subvention de 96 milliards de francs CFA a permis à la SONABEL de payer le litre de gasoil à 326 francs CFA et l’eau à 217 francs CFA, des conditions inédites dont ne bénéficient pas les autres sociétés de l’espace AES.

Pour Souleymane Ouédraogo, la souveraineté énergétique dépasse largement le cadre des sociétés d’électricité. Elle engage les États, leurs finances et leurs ambitions. Citant l’exemple du Sénégal et de son plan Takkal, qui a mobilisé plus de 650 milliards de francs CFA pour résorber la crise énergétique, il a appelé les États de l’AES à investir massivement. « Il faut que les États mettent la main dans la poche et investissent de façon franche », a-t-il lancé.

Se projetant en 2035, le patron de la SONABEL voit « de vastes réseaux de transport interconnectant les grandes villes et les différents pays de l’AES » et de « très grandes unités de production ». Mais pour y arriver, Souleymane Ouédraogo est ferme. « Il faut essayer. Il faut investir. Il faut rêver grand. N’ayons pas peur de nous tromper, n’ayons pas peur de tomber. Ayons peur de ne rien faire. Le premier élément de la richesse, contrairement à tout ce qu’on va dire dans ce forum, ce n’est pas toutes les ressources que nous avons dans le sous-sol, c’est l’homme. Un homme déterminé qui croit qu’il peut tout réaliser, c’est la meilleure des ressources », a-t-il conclu.

Lire aussi : Hydrocarbures dans l’AES : Le Niger prêt à servir le Burkina et le Mali, sous trois conditions (Société nigérienne de pétrole)

Mathias KAM
Minute.bf

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