L’étudiante Wendinda Ella Kabré a soutenu, le jeudi 5 novembre 2026 à l’Université Joseph Ki-Zerbo, son mémoire de master en droit privé fondamental consacré aux « peines alternatives à l’emprisonnement ferme ». À travers cette étude, l’étudiante a mis en lumière les limites de l’incarcération et a plaidé pour une application plus effective des sanctions pénales alternatives, notamment le travail d’intérêt général. À l’issue de la soutenance, le jury, composé du Pr Roger Lanou, président, de la Pr Aïssata Dabo, rapporteure, et du Pr Wendkouni Judicaël Djiguemdé, directeur de mémoire, a jugé le document recevable et lui a attribué la mention « Très bien », avec une note de 16/20.
La problématique retenue par l’impétrante était la suivante : « Les peines alternatives à l’emprisonnement ferme peuvent-elles assurer efficacement les fonctions traditionnellement dévolues à la prison ? » C’est autour de cette interrogation qu’elle a construit sa recherche.
Dans son exposé, Wendinda Ella Kabré a d’abord relevé les limites de l’emprisonnement ferme, en particulier en matière de réinsertion sociale des condamnés. « Si la privation de liberté demeure un moyen de réprimer les infractions, de dissuader les comportements délictueux et de protéger la société, elle ne garantit pas toujours l’atteinte de ces objectifs », a-t-elle soutenu. Elle a ajouté que l’incarcération peut provoquer des ruptures familiales et sociales, compliquer le retour à la vie active et, dans certaines circonstances, favoriser la récidive.

Face à ces insuffisances, les peines alternatives apparaissent, selon ses recherches, comme des mécanismes permettant de sanctionner autrement, sans recourir systématiquement à la prison.
Parmi celles examinées dans le mémoire figurent le travail d’intérêt général, le sursis et l’amende. Ces sanctions peuvent, d’après elle, contribuer à désengorger les établissements pénitentiaires, à préserver les liens sociaux des condamnés et à favoriser leur responsabilisation.
L’étudiante souligne toutefois que ces dispositifs ne sont pas exempts de limites. Leur caractère parfois jugé moins contraignant que l’emprisonnement peut susciter un sentiment d’impunité au sein de l’opinion publique. De même, leur efficacité en matière de réinsertion dépend de l’existence d’un accompagnement adapté et d’un suivi régulier des personnes condamnées.
Un plaidoyer pour le travail d’intérêt général
Au-delà de l’analyse théorique, le mémoire s’intéresse à l’évolution du cadre juridique burkinabè. Wendinda Ella Kabré a évoqué la relecture du Code pénal adoptée par l’Assemblée législative du peuple le 14 octobre 2026. Il convient toutefois de préciser que cette réforme du Code pénal est distincte du texte spécifiquement consacré à l’administration du travail d’intérêt général, adopté le même jour par la même institution, qui vise à élargir le recours à cette peine et à renforcer la réinsertion des condamnés.
Pour rendre ces sanctions véritablement efficaces, l’impétrante préconise la mise en place d’un service pénitentiaire d’insertion, le développement de partenariats entre les structures judiciaires et les organismes susceptibles d’accueillir les bénéficiaires de peines alternatives, ainsi qu’une diversification et un meilleur encadrement juridique de ces sanctions. « Nous avons suggéré au législateur burkinabè de mettre davantage en application les peines alternatives, surtout le travail d’intérêt général que l’État essaie de promouvoir », a-t-elle expliqué à l’issue de la soutenance.
Un travail salué par le jury
Le Pr Wendkouni Judicaël Djiguemdé, directeur de mémoire, a indiqué que le travail s’était déroulé dans de bonnes conditions. Selon lui, l’étudiante s’est montrée réceptive aux remarques et suggestions, ce qui a facilité leur collaboration. Il a également souligné la pertinence et l’actualité du sujet. « Le Burkina Faso est aujourd’hui engagé dans un processus de réformes à tous les niveaux, et je pense que le thème traité par Wendinta Ella Kabré s’inscrit dans ce sens. C’est une étudiante très studieuse, qui a ses idées et qui les défend jusqu’au bout », a-t-il déclaré.

À l’issue de la soutenance, la nouvelle diplômée n’a pas caché sa satisfaction. « C’est un sentiment de joie et de satisfaction d’avoir enfin abouti à ce travail, d’avoir finalisé ce mémoire de master en recherche en droit privé fondamental », a-t-elle confié.
Pour la suite de son parcours académique, Wendinda Ella Kabré envisage de poursuivre ses recherches en thèse, sous réserve de réunir les conditions nécessaires. Elle ambitionne notamment de travailler sur la politique criminelle en droit burkinabè.
Jean-François SOMÉ
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