Marchant ambulant à Ouagadougou, vigile, rabatteur au port de Lomé, Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo a eu mille vies. Son destin bascule grâce à un Congolais qui lui ouvre le marché de la volaille à Kinshasa. De la pintade, le natif de Tenkodogo est aujourd’hui à la tête d’Ismo International, une entreprise dont le cœur de métier reste l’assainissement et la vidange des fosses septiques. Dans un entretien qu’il a accordé à Minute.bf en fin septembre 2026, il fait une lecture de la situation socio-économique et politique du Burkina Faso, mais surtout il invite les jeunes à croire en leur potentiel et à lancer leur business sans attendre. Lisez plutôt !
Minute.bf : Avant la réussite qu’on connaît aujourd’hui, qui était Ismaël Ouédraogo ?
Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo (SIO) : Je suis un Burkinabè intègre et patriote, né dans les années 70 à Tenkodogo, au Nakambé, mais je suis de Ouahigouya. J’ai été un élève turbulent, mais battant. J’ai fait le secondaire sans le terminer. Aujourd’hui, je suis PDG d’Ismo International.

Minute.bf : D’où êtes-vous parti et dans quelles conditions avez-vous commencé votre parcours entrepreneurial ?
SIO : Mon parcours a commencé dès le lycée, en observant les aînés se débrouiller dans le commerce ambulant. Mais c’est dans la cour familiale que j’ai appris à faire les vidanges, manuellement. Un jour, un éboueur venu curer la fosse familiale manquait d’aide. Je lui ai proposé mes services contre rémunération. Il a accepté. L’envie du travail est née là.
Minute.bf : Pourquoi avoir choisi précisément la vidange et l’assainissement, un secteur peu valorisant aux yeux de nombreux jeunes ?
SIO : Ce métier est ma vocation. L’amour est né à la maison familiale, quand j’ai curé les fosses septiques manuellement. Depuis lors, j’ai cru en ce métier. J’ai dit que je vais réussir dans ce métier. Je crois en ce métier. Je suis en tenue de travail 7 jours sur 7. L’assainissement nourrit son homme. Et ça va continuer à nourrir son homme…
Minute.bf : Nous sommes en septembre, le mois anniversaire de la RPP. 4 ans d’exercice du pouvoir par le Capitaine Ibrahim Traoré. Que pensez-vous de la gouvernance du Président Traoré ?
SIO : La RPP a mis tout le monde sur le même pied d’égalité…
Minute.bf : Quelle appréciation faites-vous de la situation sécuritaire sous le MPSR II ?
SIO : Les choses sont en train d’être bien faites…
Minute.bf : Quatre ans déjà que le MPSR II est au pouvoir, pouvez-vous citer deux ou trois actions qui vous ont plu ?
SIO : Il y en a tellement. L’exemplarité, le civisme et le patriotisme. Avant, je pouvais brûler le feu tricolore. Je ne le fais plus. Même si un ange me donnait rendez-vous, je respecterai le code de la route…
Minute.bf : Beaucoup de jeunes rêvent de devenir riches, mais peu acceptent de commencer au bas de l’échelle. Quel est votre message pour ces jeunes ? Quel a été votre tout premier business ?
SIO : On doit commencer petit et grandir. Vous ne pouvez pas commencer avec 100 000 francs et vouloir dans trois mois vous payer une V8 ou une Lexus. Les jeunes rêvent, mais il faut travailler. J’ai vendu des serviettes, j’ai été plongeur dans un restaurant, gardien de nuit. J’avais une femme et un enfant à nourrir, ça ne m’a pas empêché d’être ce que je suis aujourd’hui. L’entrepreneuriat, il faut commencer tout petit, persévérer et avoir le courage. Aimer son pays et dire : je peux réussir ici au Burkina Faso. Si vous mettez ça dans votre esprit, vous avez 80 % de réussite. Ne dévalorisez pas votre pays. Quand vous aimez votre pays, vous aimez vos ancêtres, et ce sont leurs mains qui vont vous épauler.

Minute.bf : Qu’avez-vous vu dans cette activité que les autres ne voyaient pas ?
SIO : Dans ce métier de vidangeur, d’éboueur, on se fait ridiculiser. Certaines personnes nous prenaient pour la basse besogne. Mais c’est un métier comme tout autre, un métier qui nourrit son homme. L’Afrique a besoin de ça. J’ai cru à ce métier et je crois toujours. Vous me voyez en tenue de travail sept jours sur sept ; les dimanches, c’est ma femme qui me dit d’arrêter. Il n’y a que le travail qui paye. J’ai des perspectives et des rêves pour l’assainissement au Burkina.
Minute.bf : Votre parcours est souvent associé à la persévérance et à la prise de risques. Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière ?
SIO : Le plus difficile dans l’entrepreneuriat, ce ne sont pas les difficultés de création, ce sont les employés : des employés dynamiques, qui vous soutiennent sans failles et qui vous aiment. Est-ce qu’ils viennent à l’heure ? Respectent-ils le cahier de charges, les clauses du contrat ? Sont-ils dévoués et honnêtes ? C’est tout ça qui donne des difficultés. Mais il ne faut pas que la jeunesse croie que quelqu’un d’autre va venir créer sa société pendant qu’elle reste dans un bureau climatisé. Il faut être dans la masse des employés, être omniprésent, surveiller, travailler comme un employé. C’est ce qui fait que je n’ai pas vacillé.
Minute.bf : Quels sont les rêves et les ambitions de Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo dans l’assainissement ?
SIO : J’ai pour ambition de posséder des sites de dépotage privés au Burkina Faso. Les dépotages se font à coups de milliards. Moi, je rêve de milliards de FCFA pour faire des sites de dépotage Ismo International. Le rêve d’Ismo International, c’est d’être le numéro un de l’assainissement dans la sous-région. Il faut rêver grand…
Minute.bf : On entend souvent des jeunes dire : « Je n’ai pas de capital », « Je n’ai pas de relations », « Je n’ai pas les moyens de commencer ». Que leur répondez-vous ?
SIO : Commettre des erreurs n’est pas une faute : quand on ne commet pas d’erreurs, on ne grandit pas…
Si je dis à la jeune génération « ne faites pas ça », je ne pousse pas l’entrepreneuriat. C’est en commettant des erreurs que vous vous fortifiez, en vous disant : j’ai mal fait, j’aurais dû faire autrement. Dire à quelqu’un qui n’a pas encore commencé de ne pas commettre d’erreur, c’est déjà dire qu’il a failli. La seule chose à faire : avoir le courage et la persévérance.

Minute.bf : Votre réussite s’est construite dans un secteur peu prestigieux. Quel message pour les jeunes qui cherchent le « bon business » au lieu de résoudre un problème réel ?
SIO : La jeunesse veut toujours aller faire le business qui marche déjà. Mais ce n’est pas que la jeunesse, c’est le commun des mortels qui regarde là où c’est joli. C’est comme ces jeunes qui s’expatrient en Europe, qui croient que l’Europe est mieux parce qu’on leur montre des mirages. Un jeune voit Ismo International et se dit qu’il faut qu’il fasse ça. Est-ce que c’est votre vocation ? Est-ce que vous aimez ça ? Est-ce que vous pouvez tenir ? Faites ce qui vous plaît, ce qui vous anime. Pourquoi ne créez-vous pas vous-même ? La créativité est partie où ? Aux États-Unis, la plupart des milliardaires sont des créateurs de start-up. Pourquoi nous, Africains, Burkinabè, qui avons fait de grandes études jusqu’au master, jusqu’au doctorat, ne pouvons-nous pas créer quelque chose ? Vous avez une créativité dans votre esprit, vous pouvez le faire.
Minute.bf : Dans la dynamique enclenchée, il est demandé aux opérateurs économiques de privilégier les acteurs locaux, d’être des patriotes. Avez-vous un message pour eux ?
SIO : L’État doit être fort. Plus fort que les individus. Le développement de notre pays passe par le civisme. Nous devons être dans le patriotisme…
Minute.bf : Si vous aviez 20 ans aujourd’hui, avec seulement vos connaissances, votre expérience et presque aucun capital, quel business commenceriez-vous et comment ?
SIO : Je ne serais pas ce Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo avec la barbe blanche. Je ferais ce que mon cœur me dit de faire et je persévérerais. Les jeunes de 20 ans doivent savoir qu’à partir de 40, 45 ans, on commence à faire des regrets parce qu’on n’a pas persévéré. Prenez les 20 ans que vous avez et les 15, 20 ans qui vont venir pour travailler ce que vous avez dans le cœur, avec hargne. Sinon, à 40 ans, vous commencez à dire : pourquoi je n’ai pas travaillé ?
Minute.bf : Si vous aviez une seule leçon à transmettre à la jeunesse, quelle serait-elle ?
SIO : Je ne suis pas un professeur, ni un docteur, mais un conseil : la jeune génération a une grande chance, surtout les jeunes de 10 à 35 ans. Vous avez une grande chance de vivre au Burkina Faso, dans le pays des hommes intègres, où l’égalité des chances existe. Vous êtes tous égaux pour conquérir, pour chercher des marchés. Le conseil que je vais leur dire : seul le travail paye. Rien ne s’acquiert dans la facilité. Même si vous êtes instituteur, avocat, médecin, professeur, vous n’avez pas acquis ça dans la facilité. Vous avez lutté.
Minute.bf : Nous sommes dans le mois anniversaire de la RPP. Si vous aviez le Capitaine Ibrahim Traoré en face de vous, que lui diriez-vous ?
SIO face au Capitaine Ibrahim Traoré : Je dirai au camarade président : continuez, persévérez si c’est pour le bien de la population…
Minute.bf : Nous sommes à la fin de cet entretien, avez-vous un mot de fin ?
SIO : Je tiens à préciser à la population burkinabè que j’ai répondu aux questions sans vouloir offenser personne, sans vouloir faire de ségrégation ni de division. Je suis un homme du peuple. Si j’ai dit des mots ou répondu à des questions qui ont pu offenser certains, qu’ils m’excusent. Si j’ai accepté cet entretien, c’est pour dire à la jeune génération que tout est possible. Tout le monde ne peut pas travailler dans un bureau de l’État. On peut s’auto-employer. On peut avoir un master, un doctorat et développer son business. On peut aussi être éboueur et faire mieux que quelqu’un qui a un master ou un doctorat. C’est pour dire que tout est dans l’esprit et la persévérance. Vive notre chère patrie. Vive nos autorités. Vive toute la population du Burkina Faso. Seuls les Burkinabè développeront le Burkina Faso. Que la jeunesse ne se lamente pas en disant que le meilleur est dans d’autres contrées. Ne vous laissez pas divertir par des images des pays impérialistes. Le noir est béni. Nous ne sommes pas des sous-hommes. Travaillons et persévérons. La Patrie ou la mort, nous vaincrons !
Minute.bf : Nous vous remercions.
Entretien réalisé par Mathias KAM
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