Le Cadre de concertation des ONG et associations actives en éducation de base (CEB) a lancé, le mardi 27 octobre 2026 à Ouagadougou, la 4e édition de la Semaine nationale pour l’éducation (SNE 2026), qui se tient du 26 au 31 octobre sous le thème : « Société civile et secteur privé : transformer la formation technique et professionnelle pour bâtir une économie nationale adaptée, résiliente et souveraine ». Placée sous la présidence du ministre de l’Enseignement secondaire, de la Formation professionnelle et technique (MESFPT), la cérémonie a réuni acteurs étatiques, organisations de la société civile, partenaires techniques et financiers ainsi que de nombreux apprenants.
Un savoir, un savoir-faire, une utilité pour la Nation. Voici l’ambition du Gouvernement burkinabè à travers la réforme du système éducatif.
Selon Alexandre le Grand Zango, représentant le ministre de l’Enseignement secondaire, de la Formation professionnelle et technique, cette semaine est d’autant plus opportune qu’elle intervient au lendemain du lancement officiel du pacte NEKRE pour la refondation de l’école burkinabè, le 17 octobre dernier. Le représentant du ministre de l’Enseignement secondaire, de la Formation professionnelle et technique (MESFPT) a souligné l’importance de la formation technique et professionnelle, qui a d’ailleurs milité à la création de son département, âgé de deux ans seulement.

Les chiffres présentés lors du diagnostic de 2024 sont alarmants, à l’en croire. Sur 100 enfants qui s’inscrivent à partir de la sixième, seulement cinq s’orientent vers la formation professionnelle, tandis que les 95 autres poursuivent des études littéraires. « On n’est pas en train de tuer la littérature ou de stigmatiser les littéraires », a-t-il précisé, avant d’indiquer l’objectif visé : « il s’agit d’inverser la tendance pour que, d’ici 2050, 60 % des enfants partent pour la formation technique et professionnelle, les 40 % restants peuvent toujours faire la littérature ». Car, a-t-il ajouté, « pour formuler une belle idée pour un pays, pour formuler une belle vision pour un pays, pour faire une analyse géopolitique, il faut aussi des littéraires ».
Revenant sur la notion de pacte NEKRE, Alexandre le Grand Zango a expliqué qu’il s’agit d’abord d’un contrat de confiance, accompagné d’un serment, et que le pacte NEKRE engage l’ensemble du peuple burkinabè. Il a par ailleurs insisté sur le fait que la réforme ne peut être seulement systémique. « Les réformes curriculaires, les structurations, l’organisation, Nous sommes déjà dedans. Mais il faut aussi une réforme morale », a-t-il déclaré.
Trois préoccupations majeures au programme
Assane Dramane Sankara, Secrétaire exécutif du CEB a exprimé sa gratitude au MESFPT, ainsi qu’à Oxfam, parrain de cette édition, et à l’ensemble des partenaires. Il a rappelé la mission du cadre de concertation : renforcer la coordination entre les organisations intervenant dans le secteur éducatif afin d’accroître leur contribution à l’amélioration de la qualité du système éducatif national. Une conviction forte sous-tend cette mission : aucune transformation durable de l’éducation ne peut se construire sans dialogue, sans coopération et sans la mobilisation de toutes les forces vives de la nation.

Malgré les défis auxquels le pays est confronté, le CEB reste mobilisé dans les 17 régions et les 47 provinces du Burkina Faso, a-t-il souligné, témoignant de la résilience des organisations et de leur volonté de contribuer à une éducation patriotique, inclusive et souveraine.
Le thème de cette édition interpelle sur une question fondamentale : comment faire en sorte que les compétences acquises par les jeunes répondent réellement aux besoins de l’économie nationale ? Les travaux s’articuleront autour de trois préoccupations majeures. Il s’agira d’abord de faire le point sur les politiques et les réformes nationales en matière de formation professionnelle et technique, ensuite d’examiner les initiatives conduites par la société civile et le secteur privé, leurs résultats et les difficultés rencontrées, enfin d’identifier les bonnes pratiques susceptibles d’être valorisées et transformées en propositions de plaidoyer.
Plusieurs activités sont prévues à cet effet : des panels, des ateliers, des expositions, des rencontres entre entreprises et apprenants, ainsi que des débats radios et télévisés destinés à élargir la participation du grand public. La SNE 2026 se déroule simultanément à Ouagadougou et dans les autres chefs-lieux de région.
Une attention particulière est accordée aux apprenantes. Les femmes et les filles occupent une place importante dans le paysage éducatif, tout en étant particulièrement exposées aux conséquences de la crise sécuritaire et humanitaire. Leur accès à une formation de qualité, leur maintien dans les parcours de formation et leur insertion professionnelle doivent donc être au cœur des réflexions, a insisté le président du CEB, précisant qu’une transformation de la formation qui laisserait les femmes et les filles en marge ne saurait être ni complète ni durable.
Des résultats attendus et un plaidoyer à porter
À l’issue de cette semaine, trois résultats essentiels sont attendus. Une mobilisation renforcée des acteurs autour de la formation professionnelle et technique, une meilleure identification des secteurs porteurs susceptibles d’offrir des possibilités de formation, de stage et d’insertion aux jeunes, et l’élaboration d’un rapport assorti de recommandations claires, pertinentes et réalistes.
Ces résultats ne doivent pas rester de simples intentions consignées dans un document. Les partenaires contribueront à finaliser les axes de plaidoyer, qui seront transmis aux ministres concernés, avec l’ambition que les échanges débouchent sur des engagements concrets, mesurables et suivis dans le temps.
Le parrain de cette édition, Oxfam, a salué une initiative qui traduit une volonté commune de renforcer le système éducatif national. Depuis 2023, le CEB consacre une semaine chaque mois d’octobre à célébrer l’éducation à travers un agenda riche en activités et réflexions stratégiques, a rappelé son représentant. Ce dernier a souligné la pertinence du thème au regard des nouvelles orientations du Burkina Faso pour la réforme de son système éducatif. Le rapport du pacte NEKRE du 17 octobre 2026 identifie clairement le quatrième défi, celui de l’économie et de la professionnalisation. Le chômage des diplômés provoque un doute légitime et met en lumière l’inadéquation entre formation et emploi, a-t-il relevé, ajoutant qu’une école qui ne prépare pas efficacement à l’insertion productive alimente la frustration sociale.

La réponse à ce défi a été définie dans ce même pacte : apprendre non seulement pour comprendre, mais aussi pour produire. L’école burkinabè doit cesser de former des diplômés incapables de transformer leur environnement, a-t-il souligné.
Pour Oxfam, chaque parcours doit désormais conduire à l’acquisition de savoirs solides, de compétences pratiques et à la maîtrise progressive d’un métier. L’enseignement général doit s’ouvrir davantage aux techniques, aux sciences, à la technologie et à la production. « Que chaque apprenti ait un maître ; que chaque formation aboutisse à une compétence ; que chaque compétence contribue à la production nationale », a martelé le représentant d’Oxfam.
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Mathias KAM
Minute.bf







