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jeudi 6 octobre 2022

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Kongoussi: Des femmes déplacées échangent le sexe contre la nourriture

Deal dans la distribution des vivres des Personnes déplacées internes (PDI) : ce n’est pas de l’imagination ni des rumeurs et encore moins des accusations. Ce sont des témoignages de plusieurs déplacés internes de Kongoussi, recueillis par www.minute.bf . Cette ville accueille plus de 40 000 âmes depuis l’avènement du terrorisme dans la province du Bam. Ces personnes ont fui les attaques terroristes à Sakoundo, Kaokana, Bèlèdè, Sirgare, Zitenga… Mais, la mauvaise gestion des vivres destinés aux déplacés internes est un autre supplice pour ces personnes vulnérables. Pendant que certaines d’entre elles en sont régulièrement ravitaillées, d’autres sont nombreuses à ne rien recevoir depuis maintenant plus d’une demi-année. Pis, c’est « le sexe qui est marchandé » en échange des vivres, certaines femmes étant poussées à s’offrir sexuellement, « au vu et au su de leur mari » pour avoir de quoi s’occuper de leur famille. Reportage  !

Début juillet 2021. C’est l’hivernage. A Kongoussi comme dans tout le reste du Burkina, les cultivateurs s’activent à nourrir leurs jeunes semis de terres. Par la même occasion, ils les débarrassent des mauvaises herbes qui nuisent à leur croissance. Mais, cette description correspond un peu plus à la vie de ceux qui ont encore des terres arables.

Les Personnes déplacées internes (PDI), elles, ont bien d’autres préoccupations même si elles auraient souhaité aussi s’adonner à l’agriculture et/ou à l’élevage, leurs principales activités économiques. Mais pour le faire, il faut avoir la terre, les moyens et la force nécessaire. Il faut surtout être dans la sécurité. Les PDI n’ont pas l’esprit à l’agriculture. Ils veulent d’abord vivre dans la dignité. Mais la famine leur impose un nouveau combat dans leur nouvel asile : la survie.

« C’est la faim qui va nous tuer ici », balbutient-ils, les visages pâles et serrés. Des confessions que nous avons reçues de ces déplacés internes, si certains d’entre eux ont été accueillis et servis à leur arrivée par l’aide humanitaire, ce n’est pas le cas pour d’autres qui, depuis les 2 ou 3 ans qu’ils sont à Kongoussi, ont dû se prendre en charge eux-mêmes.

« Nous avons fui les attaques à Zitenga pour nous refugier à Kongoussi. Depuis notre arrivée, c’est seulement 35 000 F CFA que j’ai perçu en tant que déplacé. Les vivres qu’on nous distribuait aussi, depuis maintenant 6 mois, nous n’avons plus rien reçu », raconte Alidou, d’un air abattu. Comme lui, Salimata et Norbert, qui se sont sauvés des agressions terroristes à Sirgare ont également été servis à leur arrivée à Kongoussi avant de ne plus rien recevoir « ces 6 derniers mois ».

Mais Moumouni, lui, n’a même pas eu cette chance. « Quand nous partons demander des vivres, on demande notre site de référence », a fait savoir ce dernier qui dit avoir vainement tenté de se faire recenser en tant que déplacé pour bénéficier de l’aide, alors qu’il a fui son village Zitenga depuis plus de 3 ans avec sa famille. Et comme pour soutenir ses dires, Salimata témoigne : « je connais des déplacés qui, depuis les 3 ans qu’ils sont ici n’ont jamais rien reçu (argent et/ou vivres, ndlr), ne serait-ce qu’une seule fois ».

Autre grand souci pour certains PDI de Kongoussi en cette saison des pluies, le toit sous lequel dormir. A les entendre, il y en a qui sont frappés du double malheur : ils ne sont pas pris en compte au rang des PDI pour bénéficier de la ration alimentaire et n’ont aucun logement. « Nous ne bénéficions pas des dons, nous n’avons pas de toits pour dormir. Depuis deux ans que je suis ici, j’ai tenté de trouver refuge sur un site reconnu en vain », lâche avec déception Marcel, un des nombreux déplacés originaires de Zitenga. C’est dans cette même situation que se trouve Moumouni qui dit avoir tout essayé pour trouver refuge sur un des sites de déplacés.

Pourtant, les efforts aussi bien au niveau gouvernemental, des ONG que des bonnes volontés ne manquent pas. En 2020, avec l’appui de ses partenaires, ce sont 306,6 millions de dollars US que l’Etat a mobilisé pour prendre en charge 2,4 millions de Burkinabè dont 1 074 993 PDI. Ces chiffres sont du Conseil national de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR), une branche technique du ministère de l’action humanitaire. Pour cette année 2021, ce ministère a évalué à 607,9 millions de dollars US le coût de la réponse humanitaire. Parmi les 3,5 millions de personnes qui bénéficieront de ce plan, on note 1,4 millions de PDI. Toute chose qui pose cette interrogation : où rentrent toutes ces sommes pour que des déplacés, principaux destinataires, se retrouvent dans une telle situation ? Difficile d’y répondre.

« L’aide n’arrive pas à destination… »

« Ce n’est pas que les autorités ne font pas des efforts. Nous entendons dire qu’il y a des dons de vivres pour nous mais nous ne voyons rien », a déploré Salimata avant de lâcher sèchement : « l’aide n’arrive pas à destination ».

Même conviction chez Norbert qui reconnait que « l’aide n’a jamais manqué ». « Depuis maintenant 6 mois, ils ont cessé de nous payer ou de nous donner des vivres. Comme nous ne sommes pas instruits, les gens prennent le malin plaisir à passer nos noms sous silence au moment de faire l’appel pour la distribution des vivres. Pourtant, j’ai bel et bien ma carte de déplacé », a déploré Norbert, brandissant sa carte comme s’il voulait prouver son statut de personne vulnérable. Pour lui, ils sont victimes de « détournement » de la part des gestionnaires.

 « Pouvez-vous comprendre que des gens s’enrichissent, se construisent des maisons en détournant des vivres destinés à des personnes en souffrance, pendant que de vieilles personnes, des femmes qui ont l’âge de leur mère, languissent sous le poids de la faim et de la misère ? », regrette-t-il.

Outre l’argument du « détournement », les déplacés ont dénoncé une forme « d’iniquité » dans la distribution des vivres. C’est le sentiment d’Alidou, qui estime que « les vivres sont distribués de façon discriminatoire ». « Nous avons vu distribuer des sommes de 52 500 F CFA à Kongoussi ici mais nous n’avons rien reçu. Il y a des gens à qui on en donne et redonne mais nous, rien ! Quand nous avons essayé de comprendre, on nous a juste demandé de quitter les lieux », a-t-il dénoncé, notant pourtant qu’ils sont tous « dans la même galère, tous des déplacés ».

« Ils couchent avec nos femmes en échange des vivres »

Et à la vieille Fatimata de renchérir : « la distribution est loin d’être égale et équitable ». A l’en croire, il y a des déplacés qui « n’ont pas de famille à prendre en charge mais qui reçoivent beaucoup plus » que ceux qui en ont sous la main. Alidou dit être dans le dernier cas. « Je suis handicapé physique mais j’ai sous ma responsabilité 24 personnes. Au moment de nous recenser, ils ont juste noté 11 personnes. Ce n’est pas parce que je suis dans cette situation que je dois mentir sur les chiffres. Avant d’être déplacé, je m’occupais de toute ma famille sans aucun souci. Et je ne mendiais pas pour le faire », précise-t-il.

« La réalité », selon Norbert, est que « les uns mangent et les autres dorment le ventre creux ». « La distribution est faite à la tête du client », a-t-il critiqué tout en révélant que « plusieurs fois, des vieilles personnes ont pleuré à chaudes larmes dans la maison de l’action sociale » pour n’avoir pas été prises en compte pendant que d’autres sont « largement servies ».

Pour survire dans ces conditions, des femmes sont obligées de se livrer à la « prostitution ». Le plaisir sexuel est donc échangé aux vivres. « Ils couchent avec nos femmes en échange des vivres », a regretté avec difficulté et amertume Norbert, quand les femmes elles-mêmes confirmaient ses propos en ces termes : « c’est la vérité, il faut tout déballer, faut tout dire ». « Mon fils, tu penses que c’est de bon cœur que je te confie cela ? Je n’ai aucune fierté à te le raconter », fulmine-t-il.

 « Ma propre femme est passée par là », a-t-il confié, impuissant avant de se résigner : « je le sais mais qu’est-ce que je peux bien y faire ? ». Sur ces propos d’ailleurs, Norbert se fait sa propre opinion de ce qu’est devenu le Burkinabè. « Il n’y a plus de Burkindi (intégrité). L’intégrité a foutu le camp. Voici ce à quoi nous sommes résumés maintenant : profiter de la souffrance de ses frères Burkinabè ».

De la résilience des déplacés de Kongoussi face à l’adversité

Conscients de la délicatesse de leur situation, ces PDI développent des activités pour ne pas croupir sous les caprices de l’aide humanitaire, eu égard des arguments susmentionnés.

Les femmes s’arrachent les petits travaux ménagers même si avec l’abondance de la main d’œuvre, le gain laisse à désirer. « Nous faisons la lessive et autres travaux ménagers pour avoir l’argent que nous utilisons pour acheter des vivres, le bois de chauffe et même de l’eau », a confié Fatimata, qui ajoute qu’elles sont soutenues par leurs enfants qui entreprennent, eux aussi, « de petits boulots dans la ville ». Des enfants qui compte tenu de la situation ont abandonné l’école.

Moumouni a également révélé que ce sont ses enfants qui parcourent les sites miniers pour l’orpaillage qui lui glissent souvent des modiques sommes de 2 500 ou 5000 F CFA, ce qui lui permet de subvenir à une partie des besoins de sa famille qui vit en location depuis plus de 3 ans, sans aucune aide extérieure.

Toujours dans ce sens, les PDI saluent la résilience de l’ensemble de Kongoussi, sans quoi, les choses auraient été plus compliquées. A les entendre, de l’alimentaire aux vêtements, les populations de Kongoussi leur ont témoigné une « grande solidarité ». « Les habitants de Kongoussi, nos hôtes nous viennent très souvent en aide. C’est grâce à eux que nous sommes en vie. Même les vêtements, ce sont eux qui nous ont trouvé de quoi cacher notre nudité », a salué Salimata. Mais tous ces soutiens n’effacent pas la volonté profonde de ces déplacés internes de regagner leurs localités respectives. « Nous demandons aux autorités de ce pays, la sécurité, la nourriture, des vêtements(…) et par-dessus tout, la sécurité pour retourner chez nous parce qu’on ne se sent mieux que chez soi », dira Salimata.

Ces PDI ont aussi souhaité l’installation d’ « un détachement militaire à Zitenga ». « Que vaut un cultivateur sans son champ ; un éleveur sans son troupeau et les lieux de pâturage ? », questionne Norbert, la voix tremblotante. Il nous plonge dans un bref silence, le regard hagard. Quelques secondes après, il nous revient : « Nous voici là, à ne rien faire en cette période d’hivernage et nous sommes obligés de compter sur des aides pour vivre ».

Franck Michaël KOLA

Minute.bf

NB: Les identités utilisées sont des noms d’emprunt pour des raisons sécuritaires

6 Commentaires

  1. Je suis vraiment touché de cette situation déplorable je ne sais pas quoi dire mais le grand Dieu les vois et les jugera merci beaucoup je vous contacterai sur votre WhatsApp

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