La 7e édition du Festival des identités culturelles (FESTIC) a ouvert ses portes le 14 mai 2026 à Ouagadougou, pour quatre jours de célébration. Cette année, c’est la communauté Bissa, surnommée les « gens de l’arachide » qui était invitée à faire découvrir son riche patrimoine. À travers la Nuit de la résilience, la communauté Bissa a exploré la richesse de sa culture.
« Les identités culturelles à l’ère du village planétaire », c’est sous ce thème que la 7e édition du Festival des identités culturelles (FESTIC) a pris son envol. Du 14 mai au 18 mai 2026, la communauté Bissa, les « gens de l’arachide » sont à l’honneur.

Wendlassida Ouédraogo, promoteur du festival, n’a pas caché sa satisfaction à l’issue des premières rencontres. « Je suis comblé par ce que nous avons appris ce soir. Pour moi, ne serait-ce qu’une seule personne en repartant à la maison avec quelque chose de plus, c’est déjà beaucoup. Parce que ce dernier, à son tour, va parler à d’autres personnes. Et ainsi de suite, ça va se répandre », a-t-il confié. L’objectif, selon lui, est de permettre aux communautés de mieux se connaître les unes les autres.

Le Premier ministre de Sa Majesté Naaba Koom de Garango, visiblement ému par la mobilisation, a partagé son étonnement. « Cette journée-là m’a donné beaucoup de leçons, dans le sens qu’il y a des choses que je ne savais même pas, même étant chef coutumier. Je ne les savais pas. Aujourd’hui, j’ai appris beaucoup de choses à travers les deux interventions. Vraiment, j’en suis content. Je vais pouvoir, à mon retour, raconter beaucoup de choses à mes frères à Garango », a-t-il déclaré, avant d’adresser ses félicitations aux organisateurs.

Origines et organisation sociale : les clés de l’identité Bissa
Invité à éclairer l’origine de la communauté, le sociologue Jack-Serre Balboné a livré une synthèse précieuse. « Sur la base de données orales et parfois de bribes d’écrits, le peuple Bissa viendrait de l’Égypte ancienne. La langue Bissa ainsi que certains pas ou modes artistiques se retrouvent en Afrique du Sud », a-t-il expliqué. Revenant sur la marche le long du Nil, il a précise que « l’ancêtre des Bissa arrive d’Assouan, en Égypte, aux sources du Nil, entre le Soudan et l’Éthiopie. Par vagues, le peuple Bissa se retrouve dans plusieurs pays, dont le Burkina Faso ».

S’appuyant sur les travaux du Professeur Moussa Willy Bantenga, Jack-Serre Balboné a précisé qu’une vague composée de Bissa et de San serait venue de Yendi, au nord du Ghana, pour occuper l’actuel site des Bissa au Burkina Faso.
Jack-Serre Balboné a également souligné le poids du symbolisme dans la société Bissa. « Les noms de village sont rattachés à des patronymes. Torla ? On pense tout de suite aux familles Bancé. Léda ? Aux familles Zampaligré. Asséma ? Aux familles Zakané, Daboné, etc. »
Sur le plan de la chefferie, il insiste sur une particularité majeure. « En pays Bissa, il n’existe pas de chef suprême auquel tous les autres font allégeance, mais des chefs centraux ou cantonaux. Il s’agit d’une société de management et non de commandement. L’ADN du pluralisme culturel Bissa en matière de gestion des hommes est toujours omniprésent et constitue la colonne vertébrale de cette chefferie, même sous sa version moderne », a-t-il expliqué.
2 millions de personnes, de la vallée du Nakambé à l’Italie
Le Colonel-major Amado Dabré a dressé un panorama de l’histoire migratoire des Bissa. « Les Bissa sont une population d’environ 2 millions de personnes vivant principalement au Burkina Faso (1,6 million), avec une forte diaspora au Ghana (250 000), en Côte d’Ivoire (200 000), au nord du Togo (12 000), au Nigeria et une diaspora significative en Italie », a-t-il détaillé. Peuple caractérisé par sa vocation agro-pastorale, il a aussi une forte tendance à la migration internationale, installé le long de la vallée du Nakambé.

Selon le Colonel-major Dabré, la diaspora Bissa est particulièrement dynamique. « Ce dynamisme est parti de la Côte d’Ivoire et du Ghana, où les contraintes ont amené les Bissa à ériger domicile pour des raisons économiques. Ensuite, la prospérité économique a encouragé la migration vers l’Europe, notamment l’Italie, qui est devenue pratiquement un deuxième Bissaku pour les Bissa », a-t-il expliqué.
De l’Italie, les Bissas ont migré vers l’Allemagne, la France, l’Angleterre, et même les États-Unis. « Ce qui surprend, c’est l’apport social et économique de ces immigrés : la solidarité, l’éveil de conscience, le frottement à d’autres communautés. Et puis l’apport économique, car la majorité des fonds rapatriés vient d’Afrique, le Ghana à 42 % et ensuite d’Europe, notamment l’Italie », a fait savoir Colonel-major Dabré.

Le Colonel-major Amado Dabré conclut sur une note résolument tournée vers l’avenir. À l’en croire, ce parcours historique et anthropologique mouvementé et riche explique le dynamisme particulier de la communauté Bissa. « Une dynamique qui est loin de s’estomper, car non seulement les éléments incitatifs aux départs sont de plus en plus nombreux et convaincants, mais aussi de nouveaux horizons semblent s’ouvrir à une jeunesse Bissa plus entreprenante, qui fait fi des politiques xénophobes dans la plupart des pays du monde », a-t-il conclu.
Mathias KAM
Minute.bf






