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mardi 16 avril 2024

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Bourzanga: Des déplacés tirent le diable par la queue

Située au Nord de Kongoussi, Bourzanga est l’une des neuf communes de la province du Bam dans le Centre-Nord. Elle a connu ses premières attaques à caractère terroriste en 2016, ciblant premièrement la brigade territoriale de la gendarmerie. En 2018, les attaques se sont multipliées avec pour cible potentielle les écoles. Elles prendront une autre tournure en 2019 en visant les leaders communautaires et religieux ainsi que les groupes d’autodéfense communément appelés Koglweogo. Depuis lors, les villages de la commune de Bourzanga sont devenus les champs d’opérations terroristes. Une équipe de Minute.bf est allée à la rencontre des déplacés de la cette commune qui est sous tous les feux de projecteurs.

À leur passage, nul n’est épargné, conseillers municipaux, conseillers villageois de développement (CVD), leaders d’opinion, les religieux, etc. Cette situation va contraindre les populations à migrer vers Namsiguia, Bourzanga et Kongoussi. Selon Patenema Paul SAWADOGO, premier adjoint au maire de Bourzanga, l’accueil des personnes déplacées dans cette ville s’est fait de façon progressive. « Nous étions à 42.395 déplacés mais avec les toutes dernières attaques sur Silgagui, il y a 5.938 déplacés qui viennent s’ajouter. Ce qui donne pour le moment un total d’environ 48.330 déplacés internes comme externes », a-t-il confié.

En donnant des détails sur les déplacés, il explique que la ville a accueilli 27 villages sur 43 que compte la commune ainsi que les populations de 13 villages de la commune de Tongomaël. Face à une telle situation, des mesures urgentes ont été prises par la municipalité. Ce sont entre autres la détermination des sites d’accueil, la réhabilitation des sources d’eau non fonctionnelles, des apports de vivres et de latrines. Tout cela de concert avec des ONG et partenaires.

Les déplacés confrontés à plusieurs difficultés

La mairie de la commune de Bourzanga tient, tant bien que mal, à subvenir aux besoins pressants des déplacés internes

Appelé à relever plusieurs défis, le conseil municipal rencontre d’énormes difficultés. « Il y a le problème d’hébergement, d’assainissement, d’eau potable, de santé car il manque le personnel. Il y a la divagation des animaux qui nous cause beaucoup de problèmes; il y a l’éducation, la coupe abusive du bois, la pression démographique, le banditisme et n’en parlons pas de l’insécurité que nous n’arrivons pas à contrôler« , a déploré M. SAWADOGO.

La visite de l’equipe de Minute.bf sur le terrain l’a conduite sur le site d’accueil situé non loin du local de la circonscription d’éducation de base de la ville. Sur les lieux, nous constatons que les hommes étaient assis sur deux nattes étalées sous un arbre de balanites, femmes et enfants sous l’ombre à peine visible des abris de fortune, et, c’était le « silence de mort » qui y régnait. C’est sous la poussière de février au Sahel que nous avons trouvé assis ces populations désœuvrées et déboussolées.

À vue d’œil, tout laisse à croire que ces populations venues de villages d’horizons divers vivent un calvaire indescriptible. Mais la réalité aussi n’est pas loin de là, expliquent-elles. « Mon fils, regarde l’abri dans lequel je suis. Je l’ai conçu à base de morceaux de pagnes et de moustiquaires. Il faut deviner un peu ma souffrance », a déploré un vieux, la soixantaine bien sonnée, déplacé venu de Sam, en indexant l’abris dressé non loin de l’arbre à palabres. Puis, à un autre de décrire leurs pertes. « Nous avons abandonné derrière nous, nourriture, vêtements et bétails », a confié un habitant de Malewalé visiblement déçu. À la question de savoir si les déplacés bénéficient des dons de vivres ou de diverses natures, certains reconnaissent avoir reçu une dotation depuis leur arrivée. Par contre, d’autres disent avoir bénéficié d’un recensement seulement.

Des agents de santé débordés par la prise en charge des déplacés

Le manque d’hygiène sur les différents sites des déplacés internes est source de maladies. Ici, des toilettes à ciel ouvert.

Pour ce qui est de l’hygiène, le manque à gagner est énorme. Bien que des mesures palliatives ont été prises par les hôtes, le conseil municipal et ses partenaires, le problème d’hébergement, d’eau potable et assainissement demeure un sérieux défi à relever. Les hôtes, quant à eux, s’inquiètent pour la famine et le risque d’épidémies. « Tu ne peux pas être là en train de manger pendant que celui qui a demandé refuge chez toi te regarde. C’est difficile. Maintenant, partout où tu passes, ce sont des odeurs des excréments qui te fouettent le nez », s’est inquiété un natif de Bourzanga. Cela a été plausible lorsque nous nous sommes rendus au Centre Médical (CM) de la ville.

Les agents visiblement débordés, le travail se fait sans répit. De la maternité en passant par le dispensaire, le service Vaccination et Malnutrition, les quelques agents assistés des Agents de Santé à Base Communautaires (ASBC) s’évertuent pour soulager les patients. « Les premiers motifs de consultation prouvent clairement que nous avons en face de nous un problème d’hygiène et d’assainissement. Le problème d’alimentation aussi est là car la plupart des enfants reçus souffrent de malnutrition sévère”, a laissé entendre un membre de l’équipe.

Le besoin d’assistance humanitaire en croissance au Burkina Faso

Des abris de circonstance, en paille, pour héberger les déplacés internes de la commune de Bourzanga

Puis à un autre de déplorer l’effectif réduit du personnel et la recevabilité de l’Etat. « Le personnel du centre est insignifiant face au défi actuel. Ce qui est décevant c’est que tous les deux dépôts pharmaceutiques sont presque vides. Le comité de gestion du centre ne dispose plus de moyens pour commander les molécules parce que l’Etat ne verse pas ses crédits à temps », a t-il martelé.

En rappel, selon le dernier rapport du bureau de la coordination des affaires humanitaires du secrétariat des nations unies (BCAH ou OCHA), ce sont plus de deux millions de personnes qui ont besoin d’une assistance humanitaire au Burkina Faso, à cause des attaques armées que connaît le pays depuis 2015. 

Le nombre de personnes ayant besoin d’assistance est donc passé de 1,5 millions en décembre 2019, à 2,2 millions en janvier 2020. Selon l’aperçu des besoins humanitaires, en 2020, ce sont 948 000 personnes qui ont besoin de protection et 1,5 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire en matière de santé.

En janvier 2020, toujours selon ce rapport, ce sont 318 000 élèves qui ont été privés de l’accès à l’éducation, du fait de la fermeture de 2 410 écoles, en raison de l’insécurité.

Jacques Sawadogo (Correspondant)

Minute.bf

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