jeudi 30 avril 2026
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Funérailles du Général d’armée Sadio Camara : « Va et dors du sommeil du Juste, de celui qui a mérité de la Nation ! », le discours du Premier ministre malien

Discours du Premier ministre malien à l’occasion des funérailles nationales du Général d’armée Sadio Camara, Ministre d’État, Ministre de la défense et des anciens combattants. Lisez plutôt !

▪ Excellence, Général d’Armée, Assimi GOÏTA, Président de la Transition, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées ;
▪ Honorable, Général de Corps d’Armée, Malick DIAW, Président du Conseil National de Transition ;
▪ Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement ;
▪ Mesdames et messieurs les Présidents des Institutions de la République;
▪ Messieurs les anciens Premiers ministres,
▪ Monsieur le Grand Chancelier des Ordres Nationaux ;
▪ Monsieur le Chef d’Etat-major Général des Armées ;
▪ Excellences, mesdames et messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Missions diplomatiques accrédités auprès de la République du Mali,
▪ Messieurs les Chefs d’Etat-major et Directeurs de service ;
▪ Honorables membres du Conseil National de Transition ;
▪ Respectées Autorités religieuses, coutumières et traditionnelles ;
▪ Officiers généraux et supérieurs, Officiers, Sous-officiers et Militaires de rang ;
▪ Distingués invités, des plus illustres aux plus anonymes, ici présents ;
▪ Mesdames et Messieurs,

Il est des missions qu’on aurait bien aimé ne jamais avoir à effectuer, ne serait-ce qu’une seule fois, de toute sa vie au service de la Nation. De ces missions est celle-là qui m’échoit en ce moment, de prononcer l’oraison funèbre d’un compagnon, d’un ami, d’un collègue et d’un frère d’armes, brutalement et injustement fauché dans la force de l’âge du fait de la lâcheté, de la traîtrise et de la barbarie.

La mort, et nous l’avons appris à nos dépens, est un verdict divin sans appel. Mais face à certaines morts, dans l’incapacité de transiger avec notre Créateur, nous n’avons d’autre choix que de nous interroger : Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Cette interrogation, particulièrement grave, qui délimite le champ de notre modeste condition humaine, recèle à la fois notre cri de détresse, notre impuissance et notre résignation face à la mort, ce passage obligé qui est, malheureusement, notre avenir à tous.

Distingués invités,
Mesdames et messieurs,

Souffrons ! Souffrons seul ou en communion. Mais souffrons quand même de toutes les formes d’expression en pareille circonstance. Exprimons dignement notre colère, cette colère qui est à fleur de notre peau, mais sans jamais la laisser exploser.

Bien au contraire, réjouissons-nous de certaines morts qui inscrivent dans le marbre, pour l’éternité, un nom, qui font la fierté d’une famille et qui couvrent d’honneur toute une institution, toute une Nation.
Ainsi en est-il de la mort du Général d’Armée Sadio CAMARA, celui que les Maliennes et les Maliens de toutes conditions pleurent aujourd’hui.

Oui, l’épicentre de la disparition du Général d’Armée Sadio CAMARA porte un nom : Le Mali. Mais l’onde de choc suscitée par cette perte dépasse largement les frontières nationales, tant l’homme, par son engagement et son parcours, a marqué son pays et au-delà.

Né le 19 août 1979 à Kati, Sadio CAMARA évolue dans un environnement militaire, sous l’influence de son père, enseignant et ancien Directeur des études au Prytanée militaire de Kati (PMK). Il intègre cette prestigieuse école, où il obtient le baccalauréat en série Science Biologique Terminale (SBT) en 1999. C’est dans ce cadre qu’il développe une vocation précoce pour le métier des armes.

Dans la continuité de ce parcours, il rejoint la même année l’École Militaire Interarmes (EMIA) de Koulikoro, où il reçoit la formation initiale des officiers. Sa carrière militaire se construit progressivement à travers un ensemble de formations professionnelles et académiques, tant au Mali qu’à l’étranger. Il bénéficie, notamment d’enseignements en Chine et aux États-Unis, portant sur des domaines stratégiques tels que le commandement, l’anti-terrorisme ou encore les relations civilo-militaires.

En parallèle, il obtient une attestation de langue anglaise avancée en 2006 et une licence professionnelle en création et gestion d’entreprise en 2017.

Promu Sous-lieutenant en 2002, il gravit avec constance les échelons de la hiérarchie militaire : Lieutenant en 2004, Capitaine en 2009, Commandant en 2012, Lieutenant-colonel en 2015, Colonel en 2020, Général de Corps d’Armée en 2024, enfin Général d’Armée, à titre posthume, le 29 Avril 2026. Cette progression témoigne d’un parcours marqué par la rigueur, le mérite et le sens du devoir.

Tout au long de sa carrière, le Général CAMARA occupe de nombreuses fonctions opérationnelles et de commandement. Il dirige, notamment des unités à Kangaba, Kidal et Ménaka, avant d’assumer d’autres responsabilités telles que les commandements du Groupement territorial de Bamako et du Prytanée militaire de Kati. Son expérience est également enrichie par sa participation à plusieurs opérations militaires au Mali et au Niger, contribuant ainsi à renforcer ses compétences tactiques et sa connaissance du terrain.

Son engagement et son professionnalisme sont reconnus à travers de nombreuses distinctions honorifiques, dont le grade de Grand Officier de l’Ordre national du Mali, la médaille pour le renforcement de la coopération militaire russe ainsi que plusieurs distinctions honorifiques militaires dont la Croix de la Valeur militaire, la médaille du mérite, la médaille de sauvetage et les médailles commémoratives de campagne.

Distingués invités,
Mesdames et messieurs,

Il n’est nul besoin de trahir un quelconque secret d’État pour reconnaître le rôle déterminant joué par le Général d’Armée Sadio CAMARA dans le processus de refondation de l’outil de défense du Mali.
Son engagement s’inscrit pleinement dans la dynamique impulsée par les autorités de la Transition en vue de la reconquête de la souveraineté nationale.

Officier de terrain profondément marqué par les réalités opérationnelles, il a vécu avec une acuité particulière l’occupation du Nord du Mali à partir de 2012. Cette période a constitué pour lui une épreuve fondatrice, nourrissant une conviction inébranlable : celle de la nécessité de restaurer la dignité et la capacité opérationnelle des Forces armées maliennes. Il n’a jamais accepté l’affaiblissement de l’institution militaire, qu’il percevait comme le résultat de dynamiques politiques complexes, parfois influencées par des intérêts extérieurs peu en phase avec les réalités nationales.

Dès qu’il en a eu l’opportunité, le Général CAMARA s’est affirmé comme un acteur majeur de la montée en puissance des Forces armées et de sécurité. En étroite collaboration avec les plus hautes autorités de l’État, il a contribué à redéfinir les priorités stratégiques du pays en matière de défense.

Progressivement, il s’est imposé comme l’une des figures les plus emblématiques de la lutte pour la reconquête de la souveraineté pleine et entière du Mali. Sa personnalité, à la fois modeste mais déterminée, a marqué l’opinion publique. Sa présence, sobre et constante, incarnait une volonté ferme de restaurer la paix et de lutter sans relâche contre les menaces sécuritaires. Pour de nombreux citoyens, il représentait cette constance dans l’effort, cette résilience face à l’adversité et cette fidélité indéfectible à l’intérêt national.

Le Général Sadio CAMARA a su, par ailleurs, conjuguer avec aisance ses fonctions militaires et ses responsabilités au sein du Gouvernement. En tant que ministre en charge d’un département régalien, il a évolué dans un environnement particulièrement exigeant, marqué par la lutte contre le terrorisme et par les enjeux géopolitiques liés à la redéfinition des alliances régionales, notamment dans le cadre de la coopération avec les États du Sahel.

Malgré le poids des responsabilités inhérentes à ses fonctions, il a fait preuve d’une constance remarquable dans son engagement. Son action traduisait une implication totale, dépassant souvent les contraintes personnelles et témoignant d’un sens aigu du devoir.

Il appartenait à cette catégorie de dirigeants pour lesquels la fonction ne constitue pas seulement une charge, mais une mission. Convaincu de la justesse de son combat, il s’y est consacré avec une intensité rare, au point de donner parfois l’impression d’en porter tout le poids.

Cette exigence, voire cette intransigeance lorsqu’il s’agissait de défendre les intérêts supérieurs de la Nation, a contribué à faire de lui une figure centrale, mais également une personnalité exposée.

Mon Général,

  • Vous êtes tombé en martyr ;
  • Vous êtes tombé les armes à la main ;
  • Vous avez honoré votre serment jusqu’au sacrifice ultime ;
  • Vous avez donné votre sang pour cette terre du Mali que vous avez tant aimée ;
  • Vous êtes parti en héros.

D’ailleurs, depuis l’annonce de la nouvelle de votre disparition, les messages de condoléances, de sympathie et de compassion nous parviennent du monde entier :

  • des diasporas maliennes et africaines ;
  • des amis du Mali et de l’Afrique des libertés ;
  • des mouvements panafricanistes ;
  • des célébrités et des anonymes ;
  • des artistes dont des œuvres chantées envahissent déjà la toile.

Qu’ils soient remerciés pour cet élan de solidarité que nous apprécions à sa juste valeur.

Officiers Généraux ;
Officiers, Sous-officiers ;
Militaires du rang des Forces Armées et de Sécurité ;
Jeunes du Mali,

Plus que jamais, l’heure est à la mobilisation et à la cohésion. Le serment que nous avons prêté de défendre la Patrie, au prix de notre sang, nous commande aujourd’hui un sursaut national et une union sacrée autour de notre pays, que nous aimons plus que tout au monde, pour faire échec à la forfaiture et au dessein maléfique des ennemis de notre Nation.

Ceux qui attaquent nos garnisons, nos domiciles, nos lieux de culte, les symboles de l’Etat et tentent d’asphyxier notre économie ne cherchent rien d’autre que l’effondrement de notre pays. Pour arriver à cette fin, ils s’allient à des ennemis intérieurs et extérieurs qu’il nous faut vigoureusement débusquer, dénoncer et anéantir. Cette mission n’est pas au-dessus de nos forces.

Nous ne cèderons pas à la peur. Notre pays, malgré l’adversité, reste debout, uni et déterminé à aller de l’avant, n’en déplaise à ses ennemis.

Mon général,

Ta mort sera enseignée à tes cadets, dans toutes nos écoles militaires, afin que ton exemple de dévouement et de générosité serve de boussole à tous ceux qui embrasseront le métier des armes.

Certes, le Général Sadio CAMARA n’est plus de ce monde. Cela nous attriste et nous bouleverse profondément. Mais son idéal sera porté par des millions voire des dizaines et des centaines de millions de femmes et d’hommes ; de jeunes et d’ainés à travers le Mali, la Confédération des Etats du Sahel (AES), l’Afrique et le monde entier.

Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Le Général Sadio CAMARA n’avait pas un ministère religieux, à l’image d’un Imam, d’un Prêtre ou d’un Pasteur. Toutefois, notre frère d’armes était un érudit, un ascète et presqu’ un saint homme.

Tous ceux qui le connaissent savent qu’il lisait régulièrement le Saint Coran. Sa grande humilité et sa propension naturelle à rendre service à son prochain avaient trouvé un terrain d’expression sur le plan religieux.

Discrètement mais régulièrement, le ministre d’État Sadio CAMARA a apporté un soutien à la construction et à la rénovation de plusieurs mosquées à travers le pays.

En bon musulman, il évitait soigneusement que son état d’âme entache la qualité des interactions qu’il avait avec ses collaborateurs, ses collègues ou toute autre personne.

Tel était le ministre d’État, ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le Général d’Armée Sadio CAMARA, soucieux de répandre des ondes positives autour de lui. Nous restons convaincus d’une chose, que l’Homme était un juste qu’une Grande récompense attend dans le Saint paradis.

Mon Général,

Tu as été cet homme de mission aux qualités irréprochables sur les plans éthique, professionnel, opérationnel et humain.

Au-delà de tes fonctions, tu te distingues par tes qualités humaines et tes valeurs : intégrité, loyauté, courage, sens de la justice et respect de la dignité humaine. Officier de terrain et homme d’État, tu incarnes une figure de discipline et d’engagement au service de la Nation.

L’année 2020 marque un tournant dans ton parcours. Dans un contexte de crise nationale, tu t’engages, aux côtés d’autres militaires, dans la refondation de l’État. À partir de ce moment, tu t’imposes sur la scène nationale comme une personnalité marquante, suscitant respect et admiration par ton calme, ta discrétion et ta détermination.

Surnommé par nos concitoyens « la Force tranquille », « l’Homme au turban » ou encore « le Silencieux », tu as consacré ta vie à la consolidation des Forces armées et de sécurité du Mali, avec l’ambition d’en faire une référence à l’échelle régionale et continentale.

Le Mali perd en toi un homme, un combattant, un leader, un symbole, un modèle. Mais ceux qui se réjouissent déjà à l’idée d’un hypothétique effondrement du Mali ont tout faux. Le Mali est ETERNEL et nous ferons la preuve que des millions de Sadio CAMARA se bousculent déjà au portillon pour prendre valablement la relève.

La flamme que tu as su allumer ne s’éteindra JAMAIS. Elle sera entretenue par toute une Nation debout dont la détermination décuple avec l’adversité de son environnement.

Comme tu le sais, mon Général, les Grands Hommes ne meurent pas. Ils se retirent au Panthéon de l’Histoire et veillent sur nous. Se faisant, ils deviennent des Phares qui éclairent le chemin des pauvres navigateurs éparpillés sur la surface des Océans, cherchant avec peine des repères pour rentrer à la maison.

Mission accomplie, mon Général ! Tu peux te retirer en toute sérénité. Nous gardons la Maison conformément à tes souhaits.

Va et dors du sommeil du Juste, de celui qui a mérité de la Nation !

Qu’Allah t’accueille en Son Paradis éternel ! Amen !

Bamako, le 30 avril 2026

Minute.bf

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