Le Forum national sur le foncier, initié par la Commission épiscopale Justice et Paix (CJP-Burkina), a refermé ses portes le vendredi 27 février 2026, après trois jours de débats intenses. Les participants ont formulé sept recommandations fortes adressées à l’État et à la société civile pour une réforme foncière inclusive, gage de cohésion sociale dans un Burkina Faso en quête de refondation.
« La bombe foncière est en train d’être désamorcée, lentement mais sûrement ». C’est par cette image forte que Mgr Yikyi Alexandre Bazié, président de la CJP-Burkina, a clos les travaux du forum, exprimant l’espoir né de ces journées d’échanges.

Pendant trois jours, experts, représentants ministériels, leaders coutumiers et membres d’organisations de la société civile ont planché sur un thème crucial : « Foncier et cohésion sociale : quelle contribution de la société civile dans un contexte de réformes ».
Avant d’entrer dans le vif des conclusions, l’homme d’Église a tenu à incliner « respectueusement (son) cœur et (son) esprit devant la mémoire de celles et ceux qui ont payé le prix ultime pour notre pays, pour la défense de notre terre ». Un hommage appuyé a été rendu aux Forces de défense et de sécurité (FDS) et aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) tombés, ainsi qu’à la mémoire des personnes déplacées internes (PDI) disparues dans la précarité. « Que leur sacrifice renforce notre détermination à œuvrer pour la paix », a-t-il ajouté.
La terre, une « maison commune » à gérer avec justice
Mgr Bazié a rappelé la vision qui a guidé les travaux : « La terre n’est pas seulement un bien économique ; elle est un don de Dieu, un espace de vie, de mémoire et de fraternité ». Une philosophie qui fait écho à l’encyclique Laudato Si du Pape François, invitant à considérer la terre comme une « maison commune » dont l’homme n’est que l’intendant. Gérer le foncier avec équité, c’est donc, selon lui, « protéger la dignité des plus vulnérables, prévenir les conflits et semer les graines de la paix ».

Cette conviction a nourri des échanges qualifiés de « francs, riches et constructifs » par le président de la CJP-Burkina. Ils ont abouti à l’adoption de sept recommandations clés, destinées à éclairer les décideurs publics et à guider l’action de la société civile.
À l’issue des travaux, les participants recommandent :
- Au Gouvernement : de traduire et vulgariser toutes les procédures administratives d’obtention des actes fonciers, à travers la formation, l’information et l’assistance des citoyens.
- Au Gouvernement : d’alléger les procédures d’élaboration des documents de planification spatiale.
- À l’État : d’opérationnaliser le programme de restructuration et d’apurement du passif foncier.
- À l’État : de veiller au respect de la destination des espaces publics dans les plans d’aménagement urbain.
- À l’État et aux Organisations de la Société Civile (OSC) : d’assurer une collaboration fructueuse avec les promoteurs immobiliers pour mettre en œuvre les programmes de logement.
- Aux Organisations de la Société Civile : d’organiser un forum national dédié spécifiquement au droit foncier des femmes.
- À l’État : de diligenter l’opérationnalisation du Système d’Information Foncière (SIF) et des autres plateformes numériques sur le foncier, tout en veillant au renforcement des capacités des acteurs.
L’État salue des propositions « opportunes » et promet un suivi
Prenant la parole en qualité de parrain, Sibiri Hebié, Secrétaire Technique de l’Autorité Nationale de Coordination du Foncier (ANCF), s’est félicité de la « pertinence des analyses produites ». Il a souligné l’opportunité du thème choisi, qui fait écho aux réformes engagées par l’État dans le cadre de la refondation nationale, notamment la création de l’ANCF, l’apurement du passif foncier et la digitalisation des procédures.
« Le foncier, plus qu’une question technique, est un enjeu stratégique de souveraineté, de sécurité et de justice sociale », a-t-il déclaré. Il a pris l’engagement que les recommandations issues du forum seraient « examinées avec attention ». Un mémorandum sera transmis aux autorités compétentes pour servir d’« instrument de dialogue, de plaidoyer responsable et de suivi », afin qu’il ne reste pas un simple document d’archives.

Enfin, citant le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, le président de la CJP-Burkina a rappelé que « s’occuper des derniers, c’est s’occuper de tout le monde ». Une philosophie qui, espère-t-il, guidera la mise en œuvre des réformes pour que la terre devienne un véritable « levier de cohésion » au Burkina Faso.
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Mathias KAM
Minute.bf






