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vendredi 30 septembre 2022

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Yirgou: Le procureur de Kaya se prononce

 

Le procureur près le tribunal de grande instance de Kaya a accordé une interview au quotidien d’Etat Sidwaya. L’entretien est porté sur le drame de Yirgou. Lisez!

S : Où en êtes-vous avec les enquêtes sur le drame de Yirgou?

Abdoul Kader Nagalo (A.K.N.) : L’enquête a débuté depuis le 1er janvier 2019, puisque nous nous sommes rendus sur le terrain lorsque nous avons été informés que le chef de Yirgou et d’autres personnes ont été abattus. Nous avons donné des instructions aux Officiers de police judiciaire (OPJ) qui sont sur place à Barsalogho pour constater les faits. A la date du 21 février 2019, cette enquête est toujours en cours et les auditions se poursuivent.

S. : Des arrestations ont-elles été opérées ?

A.K.N. : Le but de l’enquête est de parvenir à des arrestations et lorsqu’on écoute les victimes, il y a des noms des présumés auteurs qui sont cités. Mais il faut faire des recoupements pour pouvoir agir conséquemment.
S. : Avez-vous enregistré des plaintes des proches des victimes ?
A.K.N. : Que ce soit des victimes ou des témoins, ils sont en train d’être auditionnés. Les familles des victimes sont représentées par le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) qui nous a rencontrés. Cette structure a aussi un conseil qui pouvait se constituer partie civile dès le début de l’affaire, mais jusqu’à preuve de contraire, officiellement, au niveau de la gendarmerie de Barsalogho, nous n’avons pas été informés d’une quelconque démarche dans ce sens. Il faut cependant préciser qu’en la matière, on n’a pas besoin d’une plainte pour ouvrir une enquête. Le procureur se saisit dès lors qu’il est informé que des infractions ont été commises sur un territoire relevant de sa juridiction et c’est ce qui a été fait.
S. : Quelles difficultés rencontrez-vous dans la mise en branle de la machine judiciaire ?

A.K.N. : Des difficultés, il en existe ! Premièrement, les gens dont les noms sont cités comme présumés auteurs lors des auditions se trouvent être des porteurs d’armes. Il faut trouver la manière qui convient pour procéder à leur interpellation, afin d’éviter que cela ne débouche sur d’autres incidents. Ensuite, les témoins et victimes sont repartis sur des sites d’accueil et leur nombre élevé rend la tâche difficile aux OPJ qui travaillent dans les conditions d’une enquête ordinaire. Alors que si ces derniers avaient les moyens spécifiquement destinés à l’affaire Yirgou, cela aurait pu permettre d’accélérer le travail sur le terrain. Il n’y a pas de disposition particulière. Je me rends personnellement sur le terrain avec mes propres moyens, chaque semaine, pour rencontrer l’équipe d’enquête sur place. Sans oublier que nous avons affaire à des individus armés non identifiés qui peuvent suivre tout ce que nous entreprenons sur le terrain. Pendant ce temps, nous entendons certains hommes politiques dire sur des plateaux de télévision que la justice ne fait pas son travail.

S. : Nous assistons actuellement à une guerre de chiffres concernant le nombre de morts. Le gouvernement avait donné 49 personnes alors qu’une organisation de la société civile, le CISC, vient d’évoquer 210. Quelle est la réalité?

A.K.N. : Je pense qu’au moment opportun, nous allons faire une communication sur les chiffres auxquels nous serons parvenus. Les gens doivent comprendre que nous faisons un travail scientifique. Vous ne pouvez pas sur la base de simples déclarations, avancer des chiffres sur le nombre de morts. Nous ne travaillons pas de la sorte. Nous prenons en compte ce que les OPJ ont constaté sur le terrain. Et nous faisons la part des choses avec des personnes portées disparues. Nous travaillons de sorte à apporter la preuve de personnes décédées. J’ai comme l’impression que le CISC est parti sur la base de déclarations de témoins. Là où c’est regrettable, le 7 janvier dernier, nous avons fait un appel à témoin. Les OPJ sont sur le terrain, si les gens étaient sincères, ils auraient pris attache avec nous pour indiquer les tombes découvertes. Il ne s’agit pas de faire la politique. Il y a un drame qui est survenu, nous devons trouver des solutions pour l’avenir, de sorte que ce genre de situation n’arrive plus. Nous devons donc faire la part des choses entre les personnes décédées et celles portées disparues. Il y a des lieux qu’on nous avait indiqué où il y aurait 10 morts, mais lorsque les OPJ sont allés constater, c’était trois corps et vice versa.

S. : A quand peut-on s’attendre à un jugement de cette affaire?

A.K.N. : C’est le terrain qui commande la manœuvre. Mais généralement dans ce genre de dossier, la procédure prend du temps, puisqu’à la fin des enquêtes, il faut nommer des juges d’instruction qui, à leur tour, ouvriront une information judiciaire. Il n’y a pas d’a priori dans une procédure judiciaire. Tous ceux qui sont présentés comme présumés coupables doivent être entendus pour éviter que des innocents ne soient poursuivis et peu importe le temps que cela prendra.

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