lundi 27 avril 2026
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SNC 2026 : Le Tampani, « téléphone mystique » du pays Nuni, resonne au village des communautés

Depuis le 25 avril dernier, la 22e édition de la Semaine nationale de la culture (SNC) bat son plein dans la belle cité de Sya. L’un des espaces les plus prisés de cette fête reste le village des communautés, cadre d’expression et de rencontre entre différentes communautés du Burkina Faso et d’ailleurs. Dans ce village, chaque communauté expose ses richesses et ses spécificités culturelles. Et parmi elles, la communauté nuni retient l’attention avec le Tampani, célèbre tambour parleur sacré, et « cellulaire mystique » des temps anciens.

Pour tenir le stand de la communauté nuni à cette 22e édition de la SNC, les anciens ont dépêché depuis Léo, une importante délégation conduite par Jean-François Zio. Il est le président de la communauté nuni, et se tient aux côtés de Ibrahim Salia pour la présentation de cet objet de valeur aux festivaliers. Selon ses explications, le Tampani est bien plus qu’un simple instrument de musique en pays Nuni. C’est un instrument sacré précieusement conservé et transmis à travers les générations. « C’est un bien précieusement conservé dans chaque village pour des objectifs bien précis », explique-t-il.

Jean-François Zio (sur la gauche) et Ibrahim Salia ( à droite) animent le stand de la communauté nuni

Le Tampani se décline en deux genres, à l’image de l’être humain : le mâle et la femelle. Il participe à l’équilibre de la société, notamment dans sa reproduction et sa pérennité. Il peut ainsi être invoqué par les couples qui ont des difficultés d’enfantement. Mais sa fonction la plus intrigante reste celle de communication.

« C’était le cellulaire mystique en pays nuni. Quelle que soit la distance, lorsqu’un initié le fait retentir pour une situation, que ce soit de joie, de tristesse ou de danger, les personnes concernées reconnaissent automatiquement le message. Si c’est un décès, il y a une manière de jouer ; pour un mariage, c’en est une autre. Même à 200 kilomètres, si l’appel vous concerne, vous l’entendez et vous revenez », a indiqué M. Zio évoquant une connexion invisible entre le tambour et les membres de la communauté.

Dans les contextes de guerre, le Tampani revêtait une dimension encore plus puissante en pays Nuni, aux dires du guide. Son retentissement signalait le danger et insufflait une énergie surnaturelle aux guerriers. « Quand un initié entend le Tampani, il sent sa force se décupler. Il revient aussitôt avec détermination pour défendre la cité. En cas d’attaque, le son devient un véritable stimulant, qui donne la rage de vaincre », relate-t-il.

Le tampani évolue toujours en couple : le mâle (a droite ) et la femelle (à gauche)

Objet sacré, le Tampani obéit à des règles strictes. Son entretien est confié à des initiés, détenteurs des savoirs et des rites nécessaires. « Aujourd’hui, c’est Salia Ibrahim qui en a la charge. Lui seul peut accomplir certains rituels. Par exemple, chaque vendredi, le Tampani doit être joué, indépendamment des événements », a précisé M. Zio ajoutant que l’instrument ne s’exprime jamais seul. Il est accompagné d’un ensemble d’éléments sonores notamment des tambourins, des castagnettes, des crochets, qui sont tout aussi sacrés que le tambour lui-même.

Pour la communauté nuni, le principal défi demeure aujourd’hui la transmission de cet héritage culturel. La modernisation, la scolarisation et l’influence des religions importées contribuent progressivement à l’érosion de certaines pratiques. « Aujourd’hui, les jeunes sont moins disponibles pour l’initiation. L’école ne permet pas de les avoir à temps plein, et certaines religions ont tendance à diaboliser ce patrimoine ancestral », déplore le guide Jean-François Zio.

Jean-François Zio, président de la communauté Nuni

Toutefois, malgré ces difficultés, la communauté entend préserver son identité culturelle. Elle affirme s’organiser pour assurer la relève et éviter la disparition de ces pratiques. « Nous travaillons à cela et nous gardons espoir que la relève sera assurée », souligne M. Zio.

Pour information, les Nuna (pluriel de Nuni) constituent un sous-groupe du grand ensemble ethnoculturel gurunsi. Ils sont majoritairement établis dans la partie sud du Burkina Faso, à proximité de la frontière avec le Ghana. Le pays nuni s’étend sur environ 11 125 km². Il est délimité au sud par le pays sissala et la frontière Burkina Faso-Ghana, à l’est par le pays kasena, au nord par les territoires moose et léla, et à l’ouest par les pays winyè (kô), bwaba et dagara. Il s’agit d’une communauté conservatrice, fortement ancrée dans ses traditions ancestrales.

Oumarou KONATE et Franck Michaël KOLA

Minute.bf

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