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jeudi 23 mai 2024

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Retour aux sources : Un dignitaire Pougouli propose la création d’un Sanctuaire à Ouagadougou

Ils sont connus pour la puissance et l’efficacité de leurs fétiches. On les reconnait aussi par leur capacité à « réveiller » les morts. Eux, ce sont les Pougouli, une communauté burkinabè essentiellement basée dans les régions du Sud-Ouest et des Hauts-Bassins. A la faveur de la 21e édition de la Semaine nationale de la Culture (SNC), Minute.bf s’est entretenu avec un membre de cette communauté. Pratiques culturelles, tradition ancestrale, contribution de la tradition à la lutte contre le terrorisme, sont, entre autres, sujets que nous abordons avec Walia Jedoah dans cette interview. Lisez plutôt !

Minute.bf : Parlez-nous des Pougouli?

Walia Jedoah : Les Pougouli viennent du Ghana. Et du Ghana, ils ont fait escale chez les Sissala et de là-bas, ils sont partis chez les Bôbô avant d’entrer dans le Sud-Ouest. Le Pougouli appartient à la grande famille Lobiri. Au Burkina Faso, nous sommes dans deux régions que sont les Hauts-Bassins et le Sud-Ouest.

Minute.bf : Qu’est ce qui distingue le peuple Pougouli des autres peuples ?

Walia Jedoah: On reconnaît le Pougouli par la puissance de son fétichisme. Notre culture est centrée sur le fétichisme. Dans notre culture rien ne peut se faire sans recours à nos fétiches sacrés. C’est la base. Et c’est ce qui nous démarque des autres.

Minute.bf : Que représente ce bâton pour les Pougouli ?

Ce bâton est un fétiche Pougouli. On a recours à ça pour faire les consultations. Ça se tient avec la main gauche et la consultation se fait à deux personnes. Ils s’asseyent face à face . L’un attrape un bout et l’autre prend l’autre bout. C’est à travers cette consultation qu’on connait l’astrologie de la personne. Quand une femme met son enfant au monde, c’est avec ça qu’on connait l’astrologie de l’enfant, pour savoir de qui il est la réincarnation. Parce que chez nous, un Pougouli ne meurt pas, il se réincarne pour revenir sous forme d’un enfant.

Également, s’il y a une maladie dans un village, c’est aussi avec ça qu’on cherche l’origine du mal. Si quelqu’un décède de façon mystérieuse, c’est avec ça qu’on consulte pour savoir l’origine de sa mort. Ce fétiche, c’est la base de la consultation chez les Pougouli. Mais il n’y a pas que les Pougouli qui ont recours à cela. Même en territoire Moosé, c’est avec ça qu’ils consultaient avant. Même chez les Bissa c’est comme ça. Jusqu’à nos jours, il y a des communautés qui consultent toujours avec ça.

Minute.bf : Qu’en est-il de la queue ?

Walia Jedoah : La queue est aussi d’une grande valeur chez les Pougouli. C’est avec cette queue qu’on réveillait les cadavres. Avant, et même jusqu’à nos jours, quand un Pougouli meurt à l’extérieur et qu’on ne veut pas qu’il soit enterré là-bas, on prend cette queue et on tape sur la tête du mort. Il se met debout mais il ne parle ni ne mange, jusqu’à destination. Arrivé, on utilise cette même queue pour le taper et il se couche pour qu’on puisse faire ses funérailles. Mais quand il s’agit d’un vieux d’un certain âge qui est mort à l’extérieur, on utilise cette même queue pour le taper. Il se lève et entre dans le véhicule.

On lui remet ensuite une autre queue et quand on arrive au village, on le tape avec la queue et il se couche. On procède enfin aux rites funéraires. Quand vient l’heure de l’enterrer, on le tape encore avec cette même queue. Il se lève et va se coucher dans sa tombe. S’il y avait des derniers mots que le vieux n’avait pas pu dire à sa femme, on donne cette queue à un initié qui pénètre la tombe pour communiquer avec le vieux qui lui dit tout et lui il revient pour donner l’information à la famille du défunt. C’est mystique, mais c’est la science africaine.

Minute.bf : Parlez-nous aussi des cauris ?

Walia Jedoah : Les cauris ont un rôle de formol dans les sociétés africaines en général et particulièrement chez les Pougouli. Les légendes disent que nous ancêtres viennent de l’Égypte. Et c’est une pratique égyptienne que d’utiliser les cauris pour conserver les cadavres. Chez nous les Pougouli, on écrase les cauris et on les associe à d’autres substances pour enduire le corps du cadavre. Quand on le fait, il peut taper deux semaines sans que même une seule mouche ne s’approche de lui. Il ne dégage aucune odeur non plus. C’est un système de formol africain.

Minute.bf : La corne et les poils de porc-épic ont quelle utilité chez les Pougouli?

Walia Jedoah : Le poil du porc-épic est un missile africain. On l’utilise pour jeter un sort. Associé à la tête du serpent Cobra et d’autres substances dont je ne vais pas dévoiler les noms, il est très efficace pour lancer un sort à une personne. Les gens de la nuit (sorciers, ndlr) utilisent ça généralement. La corne, c’est son antidote. Il contient un produit à l’intérieur qui permet de conjurer le sort qui a été lancé. C’est pourquoi chaque poil de porc-épic est inséré dans une corne précise pour savoir quel type de sort a été lancé et quel antidote utiliser pour y remédier.

Minute.bf : Quelle est la valeur de la besace en peau de chèvre ?

Walia Jedoah : La peau de chèvre est un avenant du bâton. Elle est également utilisée pour les consultations en pays Pougouli. On ne peut pas l’utiliser et puis ne pas voir ce qu’on recherche. Elle est généralement utilisée lors des funérailles. Cette besace est aussi une armure qu’on utilise sur les champs de bataille et aussi pour conserver les médicaments traditionnels qui ont des totems.

Minute.bf : Et celle du chat?

Minute.bf : Le chat incarne la pureté chez nous les Pougouli. C’est un fétiche de protection. Et dès le bas-âge, presque tous les enfants Pougouli ont ça pour se protéger des mauvais esprits et des mauvais événements. Quand tu as ça sur toi, même si tu fais un crash d’avion, tu vas sortir indemne. Tant qu’on n’enlève pas ça sur toi, tu ne peux pas mourir. Souvent vous voyez des gens qui ont fait un accident très grave, et vous-mêmes vous vous demandez comment la personne a fait pour survivre. C’est l’effet de cette peau. Mais une fois que tu enlèves la peau sur lui, il meurt. C’est aussi avec cette peau de chat que les initiés Pougouli du premier degré se déplaçaient la nuit. Avant, lorsqu’il y avait urgence dans un village voisin ou qu’il y avait de l’eau qui a barré la voie, c’est avec ça qu’on envoyait des personnes initiées pour aller donner les commissions, sans vélo ni moto. Avec la peau de chat, on peut aussi arrêter la pluie et changer la direction du vent.

Minute.bf : Que faites-vous du sorgho rouge ?

Walia Jedoah : Les gens ne connaissent l’utilité du sorgho rouge que pour faire du dolo ou pour faire du to. Chez nous les Pougouli, ça a une plus grande valeur. Le mil rouge est un puissant anti-poison. Quand un vieillard meurt, on prend un gourdin et on tape son ventre. Puis, on le courbe et il vomit du sang. On prend ce sang et on mélange avec le son du mil rouge et d’autres produits. Puis, on prépare ça et on fait boire aux gens. Et quel que soit la nocivité du poison qu’on te fera ingurgiter, rien ne pourra t’arriver. C’est aussi très efficace pour combattre les maladies sanguines. Beaucoup d’ethnies connaissent même cette pratique. C’est ce qui fait qu’avant, les gens tombaient rarement malades. Avant, des maladies comme l’asthme, le diabète, la tension et autres, on considérait ça comme des maladies de riches ou de blancs. C’est ça qui protégeait les gens.

Minute.bf : Ces pratiques continuent-elles aujourd’hui?

Walia Jedoah : Ces pratiques continuent. Même jusqu’à demain ça va toujours continuer. Parce que la force du Pougouli c’est sa tradition. Et notre tradition, on la perpétue de génération en génération. Tout ce que je vous explique est toujours pratiqué au village. Seulement, c’est occasionnellement qu’on le fait. C’est vrai qu’il y a des pratiques qu’on a abandonnées mais pas tout.

Minute.bf : Quel peut être l’apport de ces pratiques traditionnelles dans la lutte contre le terrorisme que notre pays mène actuellement ?

Walia Jedoah : La tradition a beaucoup à apporter à la lutte contre le terrorisme. Les gens se demandent pourquoi malgré tous ces pouvoirs, on ne peut pas combattre le terrorisme. C’est tout simplement parce qu’on est déconnectés de nos racines. Il faut qu’on revienne aux sources. Il faut qu’on revienne à nos pratiques ancestrales. C’est cela qui pourra nous sauver. Il faut le dire, les terroristes utilisent aussi des fétiches. Il y a des initiés qui sont dans leurs rangs et qui les aident avec des pouvoirs mystiques. Donc, il faut que nous aussi on réponde à cela par le mysticisme, avec nos fétiches. Mais pour que ça marche, il faut qu’on revienne à nos origines. Il faut qu’on s’excuse auprès de nos ancêtres pour les avoir trahis et abandonnés et qu’on revienne à eux.

Minute.bf : Que pensez-vous de l’instauration de la journée du 15 mai qui est dorénavant consacrée à la tradition ?

Walia Jedoah, membre de la communauté pougouli

Walia Jedoah : Je trouve que c’est une très bonne chose. D’ailleurs, je profite de votre micro pour saluer la vision du gouvernement. C’est ça qu’il faut faire. On va travailler à trouver le point de repère du Burkina et puis appeler les ancêtres au secours. Vous verrez que la solution viendra.

Minute.bf : Vous parlez de point de repère, de quoi s’agit-il exactement ?

Walia Jedoah : Tout pays a un point de repère. Un point vers lequel toutes les énergies convergent. C’est le point central, le point du soleil. Un endroit où les ancêtres peuvent facilement être appelés et ils vont répondre rapidement. Dans nos recherches personnelles, nous avons découvert que le point de repère du Burkina Faso se trouve à Ouagadougou. Mais dans quelle partie de Ouagadougou exactement ? Nous n’avons pas encore trouvé. Mais nous cherchons toujours. Quand nous l’aurons trouvé, nous souhaitons qu’on y construise un Sanctuaire. Et nous, traditionalistes, on va travailler à sacraliser ce point de repère là. Ce sera le point de repère de la tradition ancestrale, où, on va faire venir une partie de la terre des tombes de tous nos illustres ancêtres qui se sont battus pour notre territoire. On va convoyer leurs énergies vers cet endroit et ils pourront facilement communier. Quand on va les appeler, ils seront là pour nous répondre. Toutes les grandes nations ont des points de repère où ils invoquent leurs ancêtres. C’est leur repère. Il faut qu’on trouve le nôtre.

Propos recueillis par Oumarou KONATE

Minute.bf

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