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vendredi 7 octobre 2022

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Paludisme : Le professeur Tinto entend vacciner 250 000 enfants en 2023

Le professeur Halidou Tinto, directeur de recherche en parasitologie, directeur régional de l’Institut de Recherche en Science de la Santé (IRSS) du Centre-Ouest, basé dans la commune de Nanoro, également chef de l’unité clinique de Nanoro, est reconnu pour ses travaux sur le candidat vaccin R21/Matrix-M pour l’élimination du paludisme au Burkina Faso et en Afrique. Un vaccin qu’il entend, au regard de l’efficacité des recherches, administrer à 250 000 enfants à partir de l’année prochaine.

Le paludisme est reconnu dans le monde par sa létalité incontestable. Cette pathologie continue de tuer un nombre considérable de personnes dont une majorité d’enfants dans le monde. Les conclusions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour 2020 révèlent que 96% des 627 000 personnes décédées du paludisme ont été recensées en Afrique. Dans le monde, un enfant meurt toutes les 30 secondes du paludisme. Pour lutter contre cette pathologie, plusieurs initiatives ont été développées au Burkina Faso. Parmi elles, les recherches de l’équipe du professeur Halidou Tinto à l’unité clinique de Nanoro. 

Le professeur Halidou Tinto, directeur de recherche en parasitologie, directeur régional de l’Institut de Recherche en Science de la Santé (IRSS) du Centre-Ouest, également chef de l’unité clinique de Nanoro

« Par rapport au paludisme, je dirai que c’est notre domaine de prédilection ici à Nanoro et nous sommes surtout connus mondialement pour cela. Nous travaillons dans le développement des médicaments. (…) Nous sommes dans une perspective de proposer aux populations un traitement du paludisme en une journée, en une dose par exemple. Nous sommes à la recherche également de meilleurs traitements pour prendre en charge le paludisme chez la femme enceinte. Comme vous le savez, chez la femme enceinte, il y a elle-même, mais il y a également son bébé. Donc, il ne s’agit pas de cibles de populations qu’on peut traiter comme tout le monde. Nous avons un grand agenda de recherche dans ce domaine », a déballé le professeur Halidou Tinto. 

Il révèle que son équipe a travaillé dans le développement du vaccin RTSS (un vaccin qui agit contre le plasmodium falciparum, le parasite le plus mortel à l’échelle mondiale et le plus prévalent en Afrique) qui est aujourd’hui recommandé par l’OMS pour une utilisation mondiale. « Vous savez également que nous avons une efficacité assez modeste de l’ordre de 4 ans contre les paludismes graves. Nous pensons que c’est une efficacité intéressante mais pas suffisante au regard de l’ambition que nous avons d’éliminer le paludisme à l’horizon 2030 », a indiqué le chercheur. C’est ainsi qu’après RTSS, son équipe, en collaboration avec ses partenaires d’Oxford, a entrepris de travailler sur une molécule de deuxième génération appelée R21, qui « a rapporté des résultats jamais rapportés sur le plan mondial en matière de recherche sur la vaccinologie du paludisme, qui a une efficacité de 77% sur une année ». « Nous continuons le suivi des enfants sur deux ans. Vous aurez les résultats à la fin de ce mois, sur ce suivi des enfants à qui nous avons administré une dose de rappel », a-t-il confié. 

Les recherches se poursuivent dans l’unité clinique de Nanoro pour atteindre de meilleurs résultats

Vacciner 250 000 enfants à l’horizon 2023

L’objectif principal de son équipe est d’accélérer l’agenda du développement du produit. C’est la raison pour laquelle son équipe a, parallèlement à la phase 2, initié une phase 3 où, en plus du Burkina Faso, d’autres pays comme la Tanzanie, le Mali et le Kenya, ont été inclus, avec pour ambition de reproduire ce qui a été fait en phase 2, c’est-à-dire avoir une efficacité à 77%. Les premiers résultats de cette phase 3 sont attendus en septembre prochain, à en croire le professeur Tinto. « Si nous avons une tendance à aller vers ce qu’on a obtenu en phase 2, éventuellement ce vaccin pourrait déjà être déployé à l’horizon 2023 chez les 250 000 premiers enfants du Burkina Faso qui seront vaccinés et suivis », a déclaré le professeur Tinto. 

Il a rappelé que l’objectif premier de son institut n’est pas seulement le vaccin contre le paludisme, mais surtout, de proposer des solutions aux problèmes de santé de façon générale. Le paludisme étant « la première maladie du Burkina Faso, la première cause de consultation, d’hospitalisation et de décès », la priorité de recherche de cet institut porte sur cette maladie létale.

Au-delà du paludisme, l’institut mène aussi des recherches sur plusieurs autres pathologies dont les infections bactériennes, la malnutrition chez les enfants, mais également les « maladies du nouveau monde » que sont l’hypertension, le diabète, etc. « De façon générale, nous intervenons pour proposer des solutions aux problèmes de santé des populations du Burkina Faso, mais également de l’Afrique », a fait savoir le Pr. Tinto.

L’Etat doit « s’approprier la recherche »

Le soutien de l’Etat au domaine de la recherche laisse à désirer. En ce qui concerne ses travaux, le Pr. Tinto est clair. « L’Etat fait ce qu’il peut. Nous sommes des fonctionnaires et nos salaires sont payés par l’Etat burkinabè, ce qui est déjà bien, mais il faut avouer que dans la mise en œuvre de nos activités de recherche, nous avons très peu d’intervention de l’Etat à ce niveau et nous souhaitons que l’Etat puisse davantage s’impliquer, s’approprier la recherche dans nos pays », a-t-il affirmé. Halidou Tinto explique que lorsqu’un pays n’investit pas dans la recherche, il ne contrôle pas l’agenda de cette recherche. Il reconnait que le Burkina Faso a des priorités aujourd’hui qui, peut-être, n’intéressent pas les bailleurs de fonds comme l’Union européenne, la fondation Bill and Melinda Gates qui les soutiennent dans leurs recherches. « Il faut qu’en ce moment le Burkina déploie des ressources pour que nous répondons à ces priorités qui sont propres au Burkina mais pas (forcément) propres à toute l’Afrique ou à toute l’humanité », a-t-il conseillé. 

Pour rappel, le Professeur Tinto a reçu plusieurs prix dans le domaine de la recherche. Il est le lauréat de « The Name in Science 2021 » à Oxford, en Angleterre. Il a été aussi désigné au Canada par l’International Achievements Research center (IARC) pour le Prix du Meilleur scientifique de l’année 2021 pour son candidat vaccin contre le paludisme. Il a également reçu le titre honorifique de « Game Changers » par la revue Jeune Afrique. Des prix qui le rendent aujourd’hui « fier » du travail abattu par toute son équipe. « Lorsque vous avez votre travail qui est reconnu au-delà de votre pays, par vos pairs à l’international, cela veut dire qu’il n’y a pas de subjectivité dans votre travail. C’est dire que ce que vous faites impacte positivement l’humanité », s’est-il réjoui, avouant que ces prix sont aussi une interpellation « à maintenir le cap ». Il a saisi l’occasion pour rendre hommage à tous les jeunes chercheurs de son institut parce que, dit-il, « seul, je ne peux pas abattre ce travail ».

L’unité clinique de Nanoro est une unité spécialisée de l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS), qui s’est spécialisée dans la recherche clinique, c’est-à-dire tout ce qui a trait au développement de nouveaux outils de prévention et de prise en charge des maladies, que ce soit les vaccins, les médicaments, mais également les tests de diagnostic sur le paludisme ou toute autre maladie. L’institut travaille également sur les infections bactériennes. 

Armand Kinda

Minute.bf

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