Master AGAC : Lazard Kola analyse les apports du streaming au 7e art burkinabè

L’étudiant Lazard Kola a soutenu son mémoire de fin de cycle de Master en Arts, gestion et administration culturelles (AGAC), ce lundi 22 juin 2026 à l’Université Joseph Ki-Zerbo. À l’issue de sa présentation, le jury a jugé le travail recevable en lui décernant la mention « Très bien » avec la note de 16/20. Le jury était composé du Dr Souleymane Ganou, Président, du Dr Jacob Yarabatioula, Directeur de mémoire, et du Dr Arouna Yaméogo, membre critique.

« Apports des plateformes de streaming dans l’industrie du cinéma au Burkina Faso : enjeux, défis et perspectives », tel est le thème choisi par Lazard Kola dans le cadre de ses recherches pour l’obtention du diplôme de Master en Arts, gestion et administration culturelles (AGAC). Après plusieurs mois de recherches et d’analyses scientifiques rigoureuses, l’impétrant a présenté, dans la matinée de ce lundi, les résultats auxquels il est parvenu.

Lazard Kola a défendu les résultats de ses recherches en AGAC

À travers cette immersion scientifique, il s’est agi pour lui d’analyser l’impact des plateformes de streaming sur l’industrie cinématographique burkinabè, notamment à travers l’évolution des pratiques de consommation, les dynamiques économiques du secteur et la visibilité des productions nationales.

Selon lui, les résultats de l’étude mettent en évidence un paradoxe. Les consommateurs burkinabè s’intéressent aux productions locales, mais ignorent largement les plateformes nationales, auxquelles ils préfèrent les offres internationales.

« Le principal enseignement de cette étude est que le public burkinabè connaît globalement les plateformes de streaming. En effet, sur les 135 personnes interrogées dans le cadre de notre enquête, 123 ont déclaré connaître les services de streaming de manière générale. Cependant, lorsqu’il s’agit des plateformes locales, le constat est différent : 83,6 % des personnes enquêtées ne connaissent pas les plateformes burkinabè. Par ailleurs, les réalisateurs et les producteurs intègrent progressivement ces plateformes dans leurs circuits de diffusion. Notre enquête révèle que plus de 80 % des réalisateurs et producteurs ont déjà soumis leurs œuvres à des plateformes internationales, africaines ou burkinabè », a-t-il déclaré.

Parents, amis et connaissances ont fait le déplacement pour le soutenir

En revanche, l’étude montre que la plupart des réalisateurs et producteurs interrogés ont déjà adopté le streaming dans leurs stratégies de diffusion. Pour mieux exploiter ce potentiel, l’impétrant recommande de renforcer la promotion, l’accessibilité et la qualité des contenus proposés.

« À l’endroit des réalisateurs et des producteurs, je recommande d’améliorer davantage la qualité technique et scénaristique de leurs œuvres. Les plateformes de streaming, qu’elles soient locales ou internationales, accordent une importance primordiale à la qualité des contenus proposés. Sans un niveau de qualité satisfaisant, il est difficile d’y accéder et d’y être compétitif », a fait savoir l’étudiant.

Lazard Koala invite le public à faire davantage confiance aux promoteurs locaux

En ce qui concerne le public, il l’invite à faire davantage confiance aux promoteurs locaux en s’abonnant aux plateformes burkinabè. Ce soutien est essentiel, selon lui, pour favoriser le développement de l’industrie cinématographique nationale et renforcer la visibilité des productions locales.

Le jury salue un travail de qualité…

Pour le directeur de mémoire, le Dr Jacob Yarabatioula, Lazard Kola est un étudiant « exceptionnel » qui a permis d’explorer la place des plateformes de streaming dans la promotion et l’exploitation des œuvres cinématographiques.

« Ce travail a été très apprécié par le jury et je pense que les connaissances scientifiques qui en découlent méritent d’être appropriées par les différents acteurs du secteur », a-t-il soutenu.

Dr Jacob Yarabatioula, Directeur de mémoire, a indiqué Kola Lazard est un étudiant « exceptionnel »

Selon M. Yarabatioula, au-delà de l’appropriation des plateformes de streaming par les acteurs, la recherche a également mis en évidence la fragilité des plateformes locales de diffusion. À l’en croire, des initiatives comme Faso Movie ou Yennenga, qui avaient bénéficié d’investissements estimés entre 33 et 35 millions de francs CFA, n’ont pas résisté à l’épreuve du temps et ont pratiquement cessé d’exister.

« Le travail a donc révélé, à la fois, la fragilité des plateformes locales et le faible recours aux plateformes régionales et internationales par les producteurs burkinabè. L’ensemble de ces constats fait ressortir plusieurs défis majeurs. Il est notamment nécessaire de renforcer la découvrabilité des plateformes locales et d’encourager les acteurs du cinéma à investir davantage les espaces internationaux afin de faire connaître leurs œuvres », a-t-il souligné, se disant convaincu que le streaming participe à la création de richesses et à la valorisation du Burkina Faso.

Pour sa part, le président du jury, le Dr Souleymane Ganou, a estimé que ce travail permettra de mieux comprendre comment rendre une production cinématographique véritablement rentable à travers sa diffusion sur une plateforme numérique. Selon lui, cette démarche offre également une plus grande visibilité aux œuvres.

Dr Souleymane Ganou président du Jury a apprécié le travail de Lazard Kola

Au regard des évolutions des usages et des comportements des populations, le Dr Souleymane Ganou pense qu’il est nécessaire de renforcer la découvrabilité des productions nationales.

« Je pense qu’il faut travailler sur ce qu’on appelle la découvrabilité des contenus cinématographiques burkinabè. Il ne suffit pas seulement de les positionner sur une plateforme ; il faut également travailler à rendre visibles les productions cinématographiques burkinabè afin de favoriser leur large consommation », a-t-il ajouté.

En perspective, Lazard Kola envisage d’approfondir sa recherche en thèse.

Jean-François SOMÉ
Minute.bf

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