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mardi 16 avril 2024

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Insécurité dans le Bam : Des populations de Loagha désertent leur village

Situé à quinze kilomètres à l’ouest de la ville de Kongoussi, le village de Loagha a été un point de chute de plusieurs familles de personnes déplacées internes, depuis 2018 jusqu’à la dégradation récente de la situation sécuritaire dans les communes de Kongoussi et Rollo. Loagha a reçu plusieurs centaines de familles déplacées des communes de Kongoussi, Rollo, Bourzanga, Pobé Mengao et Tongomaël suite à la dégradation de la situation sécuritaire dans ces zones. Attaqué trois fois successivement à son tour les 16, 17 et 18 février 2023, hôtes et déplacés vont devoir rejoindre urgemment Kongoussi. Mais, de quelle manière ? Reportage d’une équipe de Minute.bf qui s’est rendue sur les lieux.

C’est aux environs de dix-sept heures que vont retentir les premiers coups d’armes à feu alertant alors la population d’une attaque de leur village le 16 février 2023. C’est de la panique généralisée et il faut vite quitter le village pour passer des heures dans la brousse. Certains ne regagneront les familles qu’autour de vingt-trois heures, espérant plier les bagages le lendemain matin. Le repos sera de courte durée car le village recevra à nouveau les visiteurs de la veille à cinq heures du matin le 17 février. C’est un nouveau sauve-qui-peut.

Il faut impérativement quitter les lieux car le retour de ces imprévisibles groupes armés terroristes est presque inévitable. Mais il faut tout de même sauver ce qui peut l’être. En plus, faut-il avoir de la nourriture au lieu de la prochaine destination. Très vite il faut enlever du mil dans les greniers pour le battre et le vanner. C’est la préoccupation de plusieurs familles de ce déguerpissement inattendu. Un travail en temps normal qui prend des heures mais qui sera fait à la hâte. Pendant que chaque famille était au four et au moulin pour réunir le peu de vivres et de matériels pour quitter les lieux, une fausse alerte a contraint les populations à tout abandonner et à regagner la brousse autour de treize heures. De retour dans les familles, il faut devoir quitter avec ce que l’on a sous la main. Certains ont même préféré continuer directement en ville. Harouna (nom d’emprunt), déplacé venu de Pobé en 2021, en est un exemple. « J’ai laissé le mil que je battais avec mes enfants. Le traumatisme que j’ai eu hier soir à leur arrivée ne me donne plus le courage de retourner dans le village. Je continue à Kongoussi», nous a-t-il précipitamment confié.

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Le village de Loagha vidait de ses populations

À la sortie du village en direction de Kongoussi, piétons, cyclistes, charretiers, motocyclistes, chacun veut se frayer un passage. En face de ce grand monde qui voulait se rendre à Kongoussi, il y a ceux qui ont quitté Kongoussi avec des engins pour voler au secours de leurs proches ou clients. C’est un véritable cafouillage sur la route nationale N°15 en son tronçon Kongoussi-Loagha. À six kilomètres de Loagha, devant l’équipe de Minute.bf, se trouvaient trois femmes qui tractent à tour de rôle une charrette chargée de toutes sortes de bagages. Où se trouve leur âne pour qu »elles tirent elles-mêmes la charrette ? A voulu savoir l’équipe de Minute.bf. « Comme c’est la saison sèche, on a libéré les ânes. Et dans cette situation, on n’a pas de temps pour chercher un âne. C’est pourquoi ont tire nous-mêmes pour aller à Kongoussi », a laissé entendre celle qui tractait de toutes ses forces la charrette, visiblement essoufflée.

La plutard de ceux qui se déplacaient sont des piétons. Il faut donner la priorité aux bagages dans le déplacement des triporteurs et autres engins. Les piétons, eux, n’avaient pas les mains vides. Chacun porte et tient des bagages, des femmes pour la plupart du temps. 

Un sac de haricot abandonné au milieu de la voie

Les enfants, eux, sont partagés entre convoi des animaux et/ou un petits sacs, un sachet ou un bidon vide dans les mains. D’autres sont chargés d’emmener le troupeau en ville. 

Au bord de la voie, du matériel déposé à gauche et à droite de la route, leurs propriétaires ne disposant d’aucun moyen de transport. Ils sont au bord de la route espérant avoir le secours d’un propriétaire de tricycle. Nous avons pu écouter cette conversation entre une dame et un conducteur de tricycle :

  • «Monsieur, pardon, aidez-nous avec ne serait-ce qu’un sac. Pardon ! Pardon !»
  • «Maman, ce n’est pas que je ne veux pas vous aider mais vous voyez même qu’il n’y pas de place dans le bac de l’engin ».

Il a ronflé son engin pour disparaître dans le nuage de poussière. La bonne dame connaissait-elle le conducteur du tricycle? Non, nous a-t-elle repondu, avant de nous faire savoir que l’essentiel pour elle, était que le matériel quitte le village pour une autre destination. 

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Les populations emportaient ce qu’elles pouvaient

Les triporteurs communément appelés tricycles sont les moyens de transport les plus utilisés dans l’évacuation des bagages. Mais dans quelles conditions ? Dans la fuite, les conducteurs des tricycles n’ont pas de temps pour contrôler l’effectivité du matériel à bord. Sur le chemin de retour, nous avons pu dénombrer 2 sacs de mil et un sac de haricot abandonnés au milieu de la voie, à la merci des animaux errants dans les alentours.

La cargaison de chaque tricycle qui empruntait la voie dépassait la charge normale. Il y a eu quelques fois des pannes. Nous en avons dénombré trois. L’état dégradé de la voie compliquait encore la circulation des tricycles déjà surchargés. Un tricycle tombé en panne sur la voie, et que nous avons accosté, n’a pas pu supporter sa charge jusqu’à Kongoussi. Il a renversé son contenu au bord de la voie à environ sept kilomètres de la ville. Pire, le bac s’est complètement détaché du cadre. Fort heureusement, les occupants sont sortis sains et saufs, nous a rassuré un témoin.

Ce tricycle n’a pas pu supporter sa charge

Autour des points d’eau des villages qui sont situés à six ou sept kilomètres de la ville de Kongoussi, c’est un monde fou. Qui pour demander à boire, qui pour abreuver son âne, qui pour se reposer, bref, tout ce monde déboussolé fuyait notre micro.

Abandonner derrière soit, de manière inattendue, la terre qui t’a vu naître, comme celle-ci, est un véritable choc pour ces populations qui penaient à convoyer leurs bagages dans la bourgade de Kongoussi qui accueille déjà des dizaines de milliers de déplacés internes.

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Jacques Sawadogo (Correspondant)

Minute.bf

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