Incendie du véhicule de Serge Bayala : L’ex-chef de sécurité du président Damiba reconnu coupable

La Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga II a rendu son verdict concernant le procès de l’incendie du véhicule du coordonnateur national du cadre « Deux Heures pour Nous, Deux Heures pour Kamita », Serge Lianhoué Imhotep Bayala, ce vendredi 5 juin 2026. Le tribunal a condamné le capitaine AKZ, ex-chef de la sécurité du président Damiba (au moment des faits), à 11 ans de prison dont 5 ans ferme. 3 autres co-prévenus ont quant à eux été condamnés à 5 ans de prison assortis de sursis. Les débats avaient eu lieu le 4 avril 2026.

À la barre, le sergent B. était le seul comparant. Il a plaidé non coupable, rejetant les charges portées à son égard. Il a affirmé devant les juges avoir agi dans le but de secourir ses frères d’armes, se lavant les mains d’avoir participé à l’incendie du véhicule de Serge Lianhoué Imhotep Bayala.

Lors de son interrogatoire, la Chambre lui a demandé d’expliquer comment les faits s’étaient déroulés le jour de l’incendie. Le sergent B. a répondu au tribunal qu’il n’en savait rien. « Comment êtes-vous arrivés à la Zone 1, lieu du forfait ? », a rebondi le tribunal. « Ce jour-là, on revenait d’une mission vers 7 heures. On était au camp quand le capitaine Z. a appelé pour dire qu’il y avait une mission urgente pour nous le soir et qu’on devait se mettre en civil. Le moment venu, nous avons embarqué dans un pick-up et, arrivés vers l’échangeur de Ouaga 2000, nous avons pris l’inconnu pour aller à la Zone 1 », a expliqué le sergent B. à la barre.

« À quelle heure êtes-vous arrivés à la Zone 1 et qu’avez-vous fait sur les lieux ? », a poursuivi le juge dans son interrogatoire. « Je ne me rappelle plus », a-t-il signifié. « Quel a été votre rôle quand vous êtes arrivés sur les lieux ? N’est-ce pas vous qui avez tenté de briser les vitres du véhicule ? » « Je ne sais pas, monsieur le Président, j’ai juste agi pour secourir les autres », s’est défendu le sergent B.

Selon les éléments du dossier présentés à l’audience par le procureur, le capitaine AKZ a embarqué quatre éléments depuis la résidence privée de l’ex-président Paul Henry Sandaogo Damiba. Une cinquième personne, dont l’identité reste inconnue à ce jour, a ensuite été intégrée au groupe. Le commando s’est dirigé vers la Zone 1, quartier où réside Imhotep Bayala, avant de procéder à l’incendie du véhicule.

D’après les détails exposés par le parquet, sur place, le capitaine AKZ, chef du commando, supervisait l’opération depuis son pick-up.

Instruction fut donc donnée par lui aux quatre éléments de procéder à la destruction du véhicule. Le sergent B. et ses compagnons étaient chargés de passer à l’acte. C’est alors qu’ils ont procédé à la crevaison des pneus du véhicule, l’ont aspergé d’essence (payée par le sergent B. avec le numéraire du capitaine AKZ) avant d’incendier le véhicule.

Le procureur a également révélé des appels téléphoniques entre le sergent B. et le caporal P. prouvant qu’il se trouvait sur les lieux de l’incendie.

« C’était une chasse à l’homme qui était engagée contre ma personne… »

Dans sa déclaration, la victime, Serge Lianhoué Imhotep Bayala, a affirmé à la barre que les origines de ses menaces remontaient au verdict du procès du président Thomas Sankara. Selon lui, des individus se réclamant de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (ex-RSP) ont tenté de le brutaliser ce jour-là.

« Monsieur le Président, je crois qu’au-delà du véhicule, c’est une chasse à l’homme qui était engagée contre ma personne ; c’est ma vie qu’on voulait supprimer parce que mes opinions dérangeaient leur confort », a-t-il déploré.

Revenant sur son déplacement après l’incendie, la victime a expliqué à la chambre qu’un de ses amis avait mis son véhicule à sa disposition pour un temps. Toutefois, la victime a fait savoir que, dans le cadre de ses activités, durant 18 mois, il a utilisé un autre véhicule, dont la location s’élève à 5 millions de F CFA.

L’agent judiciaire de l’État (AJE), pour sa part, a décliné le fait de comparaître comme civilement responsable, remettant en cause la citation à comparaître.

Il a fait observer, de ce fait, que la victime Bayala est illégitime pour demander à l’État des réparations dans cette affaire, soulignant que les documents du véhicule ne portent pas son identité.

Dans ses réquisitions, le procureur a estimé que le sergent B. a fait preuve d’inconstance dans ses propos et a demandé au tribunal de le maintenir dans les liens de la prévention. Le parquet a ainsi requis que le sergent B., ainsi que le caporal AS et le caporal P., soient reconnus coupables de destruction volontaire de bien privé par incendie et de mise en danger de la vie d’autrui.

En répression, il a demandé une peine de 5 ans d’emprisonnement assortie de sursis, une amende ferme de 2 millions de francs CFA, fixant la contrainte judiciaire à 9 mois.

S’agissant du capitaine AKZ, actuellement en fuite, le parquet a demandé à la chambre de le déclarer coupable de complicité de destruction volontaire de bien privé en bande organisée par incendie et par instigation, ainsi que de mise en danger de la vie d’autrui. Il a requis à son encontre une peine de 11 ans d’emprisonnement ferme, une amende de 5 millions de francs CFA également ferme, et une contrainte judiciaire de 12 mois, et a demandé au tribunal de lancer un mandat d’arrêt contre lui.

Le tribunal, statuant publiquement, contradictoirement, en matière correctionnelle et en premier ressort, a déclaré le capitaine AKZ coupable de complicité de dégradation volontaire de bien privé par incendie et de mise en danger de la vie d’autrui. Il a donc été condamné à 11 ans de prison, dont 5 ans ferme, avec une amende ferme de 2 millions de francs CFA. Le tribunal a lancé un mandat d’arrêt contre lui et fixé la contrainte judiciaire à 9 mois.

Ses co-prévenus, le caporal SA, le sergent B. et le sergent P. ont tous été reconnus coupables des faits de dégradation volontaire de biens privés par incendie et de mise en danger de la vie d’autrui. Ils ont été condamnés chacun à 5 ans de prison avec sursis, avec une amende ferme de 2 millions de francs CFA et la contrainte judiciaire de 9 mois.

En guise de réparation, les coupables ont été condamnés à verser solidairement à la victime, Lianhoué Imhotep Bayala, la somme de 12 700 000 F CFA.

Conformément à la législation en vigueur au Burkina Faso, les coupables disposent de 15 jours pour interjeter appel de cette décision, s’ils n’en sont pas satisfaits.

Jean-François SOMÉ
Minute.bf

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