Freins sociolinguistiques à la participation des populations à la recherche scientifique au Burkina Faso

Zomenassir Armand BATIONO

Chercheur

Institut des Sciences des Sociétés (INSS)

Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST)

Laboratoire Langue, Education, Arts et Communication (LEAC)

Burkina Faso

zomenassir@gmail.com 

Résumé 

Ce document de vulgarisation est tiré d’un article scientifique publié dans les CAHIERS du CARESFI, Série Sciences Humaines, Sociales et Lettres, Volume 6 – n° 02 – Avril 2026, pp.241-260, par Bationo Zomenassir Armand. Le titre de l’article est « approche sociolinguistique de la faible participation des populations à la recherche scientifique au Burkina Faso.

Au Burkina Faso, il est clairement établi que les populations, dans leur grande majorité, ne savent pas ce qui se passe dans le domaine de la recherche.  À ce sujet, certains pensent que la barrière de la langue y est pour bien de choses. Ce qui suscite des interrogations. Pourquoi la recherche n’est-elle pas connue des populations ? qu’est ce qui peut justifier cet état de fait ? quelles solutions pour y remédier ? pour répondre à cette problématique, nous avons bien voulu inscrire cette étude dans le cadre global de la sociolinguistique. Cent (100) personnes ont été concernées par nos enquêtes. L’objectif visé est d’examiner les causes qui empêchent les populations d’intervenir et de soutenir la recherche. Comme résultats, il ressort que les langues utilisées dans la vulgarisation des travaux de recherches ne sont pas accessibles au grand public. 

Pour cela, une invite est faite pour le respect de l’Initiative d’Helsinki (2019) qui préconise une « infrastructure de communication savante dans les langues nationales » et à la recommandation de l’Unesco (2021) qui invite à « rendre les connaissances scientifiques multilingues librement accessibles à tous et réutilisables par tous ».

Mots clés : langues nationales, politique linguistique, école bi-plurilingue, sociolinguistique, recherche

Introduction

Au Burkina Faso, la recherche a permis d’engranger des résultats suite à la mise en lumière de plusieurs technologies. Elle a aussi produit de nombreux travaux sur les questions de société, de santé, de l’environnement et de l’agriculture. De nombreux efforts sont consentis par les Chercheurs et Enseignants-Chercheurs, pour mettre les produits et technologies issus de la recherche à la disposition des populations. Cependant, ce domaine reste inaccessible à la population. La présente étude se donne pour ambition d’examiner uniquement les causes linguistiques et sociolinguistiques. À ce niveau, plusieurs interrogations se dégagent : Qu’est-ce qui explique cette distance entre Chercheurs et populations ? qu’est-ce qui peut justifier l’inaccessibilité des produits de la recherche aux populations ? quelles solutions pour y remédier ? La réponse à ces interrogations permet d’envisager les hypothèses ci-après :

  • Les produits de la recherche ne sont pas accessibles au grand nombre, car, la langue de la recherche n’est pas celle de la population ;
  • Les langues nationales ne sont pas maîtrisées par les scientifiques ce qui entrave la collaboration interdisciplinaire ; 
  • Une politique linguistique explicite peut trouver un début de solution à cette situation.

L’objectif visé dans cette étude est de trouver, les solutions qui peuvent permettre un décloisonnement entre le milieu de la recherche et la société à travers la levée des barrières linguistiques. C’est pourquoi, nous avons jugé utile d’inscrire notre étude dans le cadre global de la sociolinguistique et de l’ethnolinguistique.

  1. Cadre théorique et esquisse méthodologique

La présente étude s’inscrit dans le cadre de la sociolinguistique et de l’ethnolinguistique. Ce choix permet de tenir compte de l’ensemble des langues du pays et des différentes cultures que présente notre société.  En général, l’ethnolinguistique étudie les liens qui existent entre la langue et la culture. Quant à la sociolinguistique, c’est l’étude de la langue dans le contexte social. La sociolinguistique comporte plusieurs sous-champs parmi lesquels on peut relever la politique linguistique qui sera pris en compte au cours de notre étude. La politique linguistique est très capitale pour les prises de décision.  Aussi, Elle « se situe au niveau de la détermination des objectifs généraux visés et elle peut couvrir toutes les catégories d’activité ou de situations de communication existant dans une société. » L-J. Rousseau (2005 :1). Pour éviter que la politique linguistique ne se positionne comme une fonction symbolique, nous allons l’associer à l’aménagement linguistique qui est l’application ou la concrétisation de la politique linguistique. La politique linguistique peut se résumer comme étant la détermination des grands choix en matière de relations entre langues et société. Par contre, la planification linguistique est sa mise en pratique. L-J. Calvet (1996 : 3).

Notre étude s’est intéressée à cent (100) personnes, soit vingt (20) Chercheurs et Enseignants-chercheurs issus des domaines de la linguistique, de la sociologie, de l’histoire, de la santé publique, de l’agriculture, de la nutrition. Nous avons élargi notre champ d’action en choisissant un personnel issu de plusieurs domaines d’expertises pour mieux cerner le problème. A cela s’ajoute quatre-vingt (80) personnes composées d’opérateurs économiques, de commerçants, d’entrepreneurs enquêtés au cours de notre démarche. Ce public a été choisi pour sa capacité à financer ou à sponsoriser la recherche. Chaque groupe a reçu un questionnaire en fonction de ses centres d’intérêt. Pour le groupe des Chercheurs et Enseignants-chercheurs, le questionnaire introduit répond à l’axe de recherche principal suivant :

« Accessibilité et vulgarisation des résultats de la recherche scientifique au Burkina Faso à travers la traduction et la promotion des langues nationales dans le contexte de leur officialisation »

Pour le deuxième groupe qui concerne les populations, le questionnaire administré répond à l’axe de recherche central ci-après : « Connaissance, perception et appropriation de la recherche scientifique nationale et contribution à la valorisation des langues nationales »

  1. Résultats de l’études

Les résultats de l’enquête de l’étude se présentent à deux niveaux. Le premier niveau concerne l’enquête menée au niveau de l’échantillon de la communauté scientifique. Le deuxième niveau s’est intéressé à l’échantillon de la société.

  1. Résultats issus des chercheurs de notre échantillon enquêtés 

Ce résultat fait le point suivant :

Avez-vous déjà transcrit les résultats de vos recherches dans une autre langue que le français ?

 100% des enseignants et chercheurs affirment avoir traduit leur résultat dans d’autres langues internationales comme l’anglais, l’allemand, l’espagnol, le Chinois, le russe. Les linguistes de ce groupe indiquent que certaines revues de spécialité en linguistique imposent une publication avec un résumé traduit dans une des langues locales du pays. Au Burkina Faso, cette traduction se fait autour du mooré, du jula, du fulfuldé et du gulmancema, qui sont des langues de grande diffusion. 95% des chercheurs et enseignants-chercheurs estiment avoir transcrit partiellement les résultats de leurs recherches en langues nationales. Pour certains, c’est une partie des résultats qui ont été traduites à travers des financement de projets et d’ONG pour des besoins de sensibilisations, d’informations, de formations ou d’alphabétisations en milieu rural et urbain. Mais, ils reconnaissent que cela représente une statistique très faible par rapport aux travaux déjà réalisés. 5% des chercheurs et enseignants-chercheurs affirme que leurs résultats non pas été traduit en langue nationale.

 En d’autres termes, on peut dire qu’il n’existe pas de cadre formelle de traduction des résultats des recherche au Burkina Faso. Les recherches se mènent généralement de façon cloisonnée par discipline. Au cours de nos recherches, nous avons consulter cinquante-cinq (55) études menées dans divers domaines. Parmi ces études, aucune n’a mentionner un objectif de traductions des résultats de la recherche en langue nationale. Mais, cela pourrait se comprendre du fait que le français a été la langue officielle du pays depuis les indépendances jusqu’en 2023.

Les résultats de vos recherches sont-ils systématiquement transcrits en langues nationales au Burkina Faso ? Pourquoi ? 

A cette question, on retient qu’en dehors de certains linguistes dont les travaux sont basés sur la valorisation et la promotion des langues nationales, aucun autre résultat de recherches ne se traduit de façon systématique dans une langue nationale. Plusieurs raisons expliquent cela :

Verbatim :

Les théories de recherches utilisées dans les différentes disciplines ainsi que les méthodes d’approches n’ont pas de terminologies stabilisées dans les langues nationales. Ce qui impose une prudence pour la communauté scientifique. La traduction scientifique ne doit pas se faire en se collant aux principes de rédaction du texte de départ. Car, chaque langue a ses normes de construction. En plus de cela, les enseignants-chercheurs et chercheurs n’ont pas tous reçu une formation en linguistique. C’est un domaine d’expertise très complexe qui exige des connaissances en la matière pour s’y aventurer. En effet, en dehors des enseignants et chercheurs linguistes, il est très rare de trouver un enseignant qui a des notions de linguistique en plus des connaissances issues de son domaine d’expertise. De plus, l’absence de logiciels de traductions homologués en langues locales limite les ambitions des chercheurs à s’aventurer sur des terrains inconnus. Aussi, le fait que le français fut jadis la langue officielle du pays jusqu’en 2023, les chercheurs n’ont fait que suivre cette politique linguistique qui a considéré les langues nationales comme des langues de seconde zone. Le financement consacré à la recherche est très souvent insuffisant pour prendre en compte la traduction des résultats en langue.

Comment procédez-vous pour mettre lesdits résultats à la portée des populations ? 

 A ce niveau, on relève que les résultats sont vulgarisés à plusieurs niveaux :

Au niveau de la communauté scientifique, le partage des résultats se fait généralement à travers des journées scientifiques, des séminaires, des colloques nationaux et internationaux, des rencontres scientifiques, des symposiums. Il faut souligner que ce sont des échanges entre techniciens. Et les langues de communications sont généralement le français et l’anglais qui sont des langues de travail au Burkina Faso.

 En ce qui concerne la population, il est régulièrement organisé des journées portes ouverte au niveau des Institutions d’enseignement supérieurs et de recherches (IESR). Cela permet au public de découvrir ce qui se fait dans ces temples de savoirs afin de mesurer la qualité du travail qui s’y déroule. En plus de cela, des foires sont aussi organisées pour la vente de certains produits issus de la recherche, tels que les documents, des semences, des technologies et bien d’autres découvertes. Pendant ces manifestations, il est courant de rencontrer, de façon informelle, des traducteurs en langues nationales.

Sur le plan politique, des études sont permanemment organisées dans les universités et les Centres de recherche pour informer, guider et orienter le politique dans ses prises de décision. C’est au politique d’organiser et de financer la traduction du résultat pour permettre à la société de bénéficier des retombées de la recherche. Par exemple, l’hymne national du pays a été traduit dans plusieurs langues nationales du pays. A cela s’ajoute la traduction de la constitution. Des documents sont régulièrement transcrits en langues nationales pour la formation dans les Centres d’alphabétisation. Cela est rendu possible grâce aux efforts conjugués des ONG et surtout des Partenaires techniques et financiers qui approuve l’idée de l’enseignement des langues nationales.

Pensez-vous que les populations ont-elles accès aux produits de la recherche au Burkina Faso ?

45% des enquêtés pensent que les populations ont pleinement accès aux produits de la recherche. Car pour eux, avoir accès ne signifie pas forcément comprendre ce qui se fait, mais plutôt bénéficier des retombés des travaux de recherches. Pour ces enquêtés, les populations ont accès aux produits de la recherche sans le savoir. Car, la recherche oriente les politiques de développement au niveau social, économique, sanitaire pour le bien-être de la population. On a par exemple la production des semences améliorées, des vaccins, l’introduction de nouvelles méthodes culturales et d’élevages, l’organisation des nouvelles méthodes éducatives et sécuritaires, la formation des élites du pays. A cela s’ajoute, la documentation sur l’histoire du peuplement au Burkina Faso pour un ancrage culturelle national. Par contre, sur le plan linguistique, 100% des enquêtés estiment que les populations ne peuvent pas avoir accès au contenu de la recherche. Car, les niveaux des théories de recherche ne sont pas abordables et accessibles à la compréhension du grand publique qui n’a pas reçu la formation à cet effet. Le niveau d’analphabétisme de la population a été le point le plus important souligné par la quasi-totalité des enquêtés. Pour certains enquêtés, mêmes des chercheurs n’ont pas forcement accès aux théories de recherches qui ne sont pas de leur domaine d’expertise.

 Par ailleurs, Dans le contexte d’officialisation des langues nationales au Burkina Faso, que proposez-vous comme solutions pour la vulgarisation des résultats de la recherche ?

Les réponses ci-après ont été proposées :

D’abord, procéder à une description des langues du pays. En effet, le plus gros handicape de l’accessibilité aux langues demeurent leur description. C’est un domaine complexe qui nécessite la présence d’experts dans le domaine ainsi que des personnes de ressources pour chaque langue. Leur rôle est de stabiliser le vocabulaire, procéder à la création lexicale (néologisme), établir les règles de grammaire des langues, étudier les aspects sociolinguistiques et ethnolinguistiques de ces langues. Au Burkina Faso, une douzaine de langues nationales sont enseignées à l’écoles. Ce qui est peu pour un potentiel d’une soixantaine de langues. On constate que plus d’une vingtaine de langues n’ont pas encore connu une étude pertinente qui leur permet de faire leur entrée dans le système éducatif.

Ensuite, mettre en place un logiciel de formation en langues. Avec l’avènement de l’Intelligence Artificielle (IA), il est nécessaire de faciliter l’apprentissage des langues nationales avec ce nouvel outil qu’il faut d’abord nourrir d’informations pour lui permettre de générer le type de formation demandées. Mettre en place un logiciel de traduction en langues nationales (au moins pour les trois grandes langues du pays). Cela permettra de résoudre partiellement le problème d’interdisciplinarité dans les Universités et les Centres de Recherches au Burkina Faso, en offrant un accès libre aux chercheurs et enseignants-chercheurs à une plateforme de traduction appropriée pour les recherches.

En plus de cela, il faut instaurer progressivement l’enseignement des langues nationales dans le système éducatif en vue d’une augmentation de l’environnement lettré en langues. Ces langues doivent connaitre une évaluation au différents examens organisés dans le pays. Pour faciliter l’accès aux langues, disposer de bibliothèques numériques et des liens d’accès faciles et fiables.

Prévoir des financements pour la vulgarisation des résultats de la recherche. Cela permettra au grand public d’avoir accès aux données de la recherche pour ceux qui veulent s’inspirer des études pour atteindre des objectifs de développement.

Enfin, il va falloir que la population accompagne cet élan de politique linguistique en parlant leur langue. Car, il ne suffit pas seulement de disposer de résultats qui ne peuvent pas atteindre la population pour des raisons de barrières linguistiques. De nos jours, de nombreuses familles ne comprennent pas leur langue. Ce qui constitue le plus gros problème qu’il faille d’abord résoudre avant toute action de vulgarisation de la recherche. 

  1. Résultats émanent des populations enquêtées 

Questionnaire :

Etes-vous déjà rendu dans une Université ou dans un Centre de Recherche au Burkina Faso ou ailleurs ? si oui, à quelle occasion ? si non pourquoi ?

A cette question, 85% des enquêtés disent ne s’être jamais rendu dans une université. Les causes de cette situation sont multiples : verbatim : « nous ne sommes pas des étudiants », « c’est un milieu pour des hautes études, ce n’est pas fait pour nous », « ce n’est pas un marché, il n’y a pas d’activité économiques à ce niveau ». Pour ces enquêtés, les activités menées dans les universités ne sont pas attractives pour le commun des populations. Car, il n’y a que des études à ce niveau.

Cependant, 15% de cette population a déjà fréquenté les universités et les centre de recherches pour prendre part à des soutenances, des journées portes ouvertes, à des foires. D’autres y sont allé pour des livraisons de fourniture de bureaux aux administrations, pour assister à des compétitions sportives et à des achats de produits de jardinage et de reboisement. On constate que ces enquêtés s’intéressent à ces temples de savoirs pour des raisons diverses.

En termes de commentaires, on peut retenir que la configuration des IESR ainsi que les activités qui s’y mènent ne sont pas attractives pour le grand publique. Pour nos enquêtés, seuls les étudiants et enseignants sont autorisés à fréquenter ce milieu. Ce qui est dommage. Cette situation explique aussi le niveau de cloisonnement qui existe entre les IESR et le grand publique.

Connaissez-vous le rôle de la recherche dans le pays ?

100% des enquêtés pensent que le rôle des chercheurs et enseignants chercheurs est de faires de la recherche et surtout d’enseigner dans les universités. Certains pensent que la recherche est un domaine extraordinaire qui travaille secrètement pour les pouvoirs en place. Pour d’autres, c’est un domaine qui est hautement sécurisé et protégé dans lequel il faut avoir un niveau très élevé pour y être. De telles réponses ne sont pas explicites et ne permettent pas d’évaluer objectivement les différents propos.

Avez-vous connaissance du travail qui se fait dans ces institutions ?

35% de nos enquêtés pensent que la recherche est surtout basée sur la médecine. Par exemple, la recherche sur les vaccins, le sérum, les médicaments. 17% estiment que la recherche développe des technologies et améliore les semences, les plantes et anticipe sur les problèmes liés à la gestion de l’environnement. 48% pensent que les chercheurs sont des savants. Ils ont la capacité de trouver les solutions aux problèmes de l’humanité.

Toutes ces réponses permettent de découvrir que le milieu de la recherche est bien connu des populations en fonction de leurs intérêts.

Avez-vous déjà été mis au courant que vous pouvez financer la recherche dans notre pays ? Connaissez-vous des résultats émanent de la recherche ? lesquels ?

 A cette question, 100% des enquêtés ont répondu par la négative. Cependant, 11% des enquêtés ont mentionné avoir parrainé des activités de recherches telles que les foires, les journées des communautés et culturelles au sein des IESR. Aussi, 19% des personnes enquêtées disent avoir reçues des lettres de demandes d’invitation et de soutiens financiers par certaines IESR pour l’organisation d’événements scientifiques. 4% ont déjà pris en charge des bourses de formations d’étudiants dans les universités. Ce qui constitue déjà un premier pas vers la découverte des résultats de la recherche.

Aussi, de nombreux résultats de recherches ont été cités. Il s’agit entre autres, du vaccin contre le paludisme (RTS, S), les semences améliorées, la production d’étudiants bien formés pour la relève. 

Savez-vous que les chercheurs et enseignants-chercheurs travaillent sur nos langues nationales ? 

A cette question, 100% de nos enquêtés ont répondu par l’affirmative. On peut dire que cette réponse est tributaire à une vaste campagne au Burkina Faso pour le retour aux sources en commençant par la langue. En effet, en 2023, les nouvelles autorités du pays ont décidé de renouer avec les valeurs traditionnelles jadis noyées par la culture occidentale véhiculer par le français depuis les années 1960.

Savez-vous lire et écrire dans votre langue nationale ? Quelles sont les langues nationales que vous parlez ?

Parmi les enquêtés, aucune personne ne sait lire et écrire en langue nationale. Cependant, chaque enquêté a, au moins, plus de deux langues nationales dans son répertoire linguistique. Ce qui signifie que les langues nationales sont utilisées de façon orale dans la communication. La langue nationale mooré est présente dans le répertoire linguistique de l’ensemble des enquêtés. C’est la première langue véhiculaire du pays.

Pensez-vous que les langues nationales peuvent vous permettre d’avoir accès aux résultats de la recherche ?

100% des enquêtés ont répondu par l’affirmative. Certains pensent que le simple fait d’expliquer les résultats en langue pourrait permettre aux citoyens burkinabè de comprendre beaucoup de choses dans ce domaine. De nombreuses personnes ne comprennent pas le français. Ils sont incapables de comprendre les enjeux de la recherche au Burkina Faso. Par contre, une bonne communication en langue peut éveiller les consciences des populations qui pourront s’intéresser à ce domaine.

  1. Discussion    

Au cours de cette étude, il est apparu que la barrière de la langue demeure le premier obstacle à la vulgarisation des résultats. Les Chercheurs et les Enseignants-chercheurs ne sont pas tous formés à la traduction systématique des résultats de leurs recherches.  Les principales langues utilisées dans ces domaines sont le Français et l’anglais qui sont des langues de travail du pays.  Ces langues ne sont pas bien connues des populations à cause du taux d’analphabétisme élevé. Ce qui justifie notre première hypothèse à savoir que les produits de la recherche ne sont pas accessibles au grand nombre, car, la langue de la recherche n’est pas celui de la population. 

Les langues nationales ne sont pas toutes décrites. Celles qui le sont, ont besoin d’autres études pour affiner la syntaxe, l’orthographe. Il manque encore ce matériau essentiel pour faciliter leurs usages par les scientifiques. A ce jour, une douzaine de langue est décrite au Burkina Faso sur un potentiel de cinquante-neuf langues. Ce qui est largement insuffisant pour la vulgarisation des travaux scientifiques. Aussi, une telle situation freine la collaboration entre chercheurs et accentue le cloisonnement entre disciplines. Ce qui justifie notre deuxième hypothèse à savoir que les langues nationales ne sont pas maîtrisées par les scientifiques ce qui augure une non collaboration interdisciplinaire.

Aussi, des solutions ont été proposées par les Chercheurs et les populations pour une amélioration de l’accès aux résultats des recherches. Les Chercheurs souhaitent une formation adéquate dans ce domaine, voire l’usage de logiciel de traduction pour faciliter leurs tâches. Ils envisagent aussi l’usage de l’Intelligence Artificielle (IA) à cet effet. Pour les populations, une traduction orale permet d’atteindre un grand nombre de personnes en attendant la mise en œuvre de réformes adéquats à ce niveau. Des traducteurs attitrés dans chaque langue du pays peuvent contribuer à l’information, à la sensibilisation et à la communication sur les résultats des recherches au Burkina Faso. Ainsi, la position des deux groupes enquêtés relance l’épineuse question de la politique linguistique. Ce qui justifie notre troisième hypothèse à savoir qu’une politique linguistique explicite peut trouver un début de solution à cette problématique entre langues et recherche.

La résolution de la question des langues en lien avec la recherche est complexe mais surmontable. Elle demande un certain nombre de mesures sérieuses pour permettre aux populations de s’intéresser et d’investir dans ce domaine. Ce qui sous entends des décisions au plus haut niveau de l’Etat. C’est pourquoi nous convenons avec L-J. Rousseau (2005 :1) qui attire l’attention sur le rôle de l’Etat pour la mise en place de cette réforme. Pour être viable, cette politique doit intégrer l’enseignement des langues dans le cursus scolaire pour être en phase avec les besoins du moment. Toute chose qui invite le domaine de la recherche à repenser les méthodes de vulgarisation des produits issus de la recherche à travers le concept langues scientifiques. Selon M. Gordin (2015), ce concept représente plusieurs réalités. Il s’agit « soit de formes spécifiques d’une langue employées pour exercer la science, soit de l’ensemble des langues dans lesquelles la science est pratiquée ». Ce qui répond à l’Initiative d’Helsinki (2019) qui préconise une « infrastructure de communication savante dans les langues nationales » et à la recommandation de l’Unesco (2021) qui invite à « rendre les connaissances scientifiques multilingues librement accessibles à tous et réutilisables par tous ».

Conclusion 

Le domaine de la recherche n’est pas bien connu des populations. Ce qui constitue une entrave à leur implication dans les activités de recherches. Au cours de notre étude, nous avons relevé ce problème à deux niveaux. D’une part, les produits des recherches ne sont pas vulgarisés dans la langue de la population d’où la méconnaissance, par ces derniers, des grands travaux qui se mènent au sein des IESR. D’autre part, il existe un véritable cloisonnement qui ne favorise pas l’interdisciplinarité. Ce qui fragilise les initiatives de collaborations qui pourraient faciliter la traduction des résultats en langues nationales au profit des populations. Néanmoins, des solutions ont été proposées. Il s’agit de former les enseignants et les chercheurs en langues nationales, de mettre à la disposition des IESR des logiciels de traduction de résultats et de s’adapter à l’avènement de l’Intelligence Artificielle. Au niveau de la population, il faudra procéder à la sensibilisation, à l’enseignement des langues dans le système éducatif pour préparer les jeunes générations à la nouvelle donne d’officialisation des langues nationales. Toutes ces mesures permettront, sans doute, de lever progressivement les différentes barrières en vue d’une accessibilité réelle au domaine de la recherche à la population. 

BIBLIOGRAPHIE

BATIONO Zomenassir Armand (2026). « Approche sociolinguistique de la faible 

participation des populations à la recherche scientifique au Burkina Faso ». Les CAHIERS du CARESFI, Série Sciences Humaines, Sociales et Lettres, Volume 6 – n° 02 – Avril 2026, pp.241-260

BEACCO, Jean-Claude. & BYRAM Michael, (2007). De la diversité linguistique à l’éducation 

plurilingue : Guide pour l’élaboration des politiques linguistiques éducatives en Europe,Division des Politiques Linguistiques. Conseil de l’Europe : Strasbourg.

CALVET, Louis -Jean, (1996), Les politiques linguistiques, Paris : PUF. 127 p. 

GADJO Laurent (2009). « Politiques éducatives et enjeux socio-didactiques : l’enseignement bilingue francophone et ses modèles ». Glottopol : revue de sociolinguistique en ligne (n° 13, juillet 2009), pp. 14-27

GORDIN, Michael D., (2015) Scientific Babel : How Science Was Done Before and After 

Global English, Chicago, IL, The University of Chicago Press.

L’INITIATIVE D’HELSINKI, (2019). Initiative d’Helsinki sur le multilinguisme dans la 

communication savante (un appel à signer) 

UNESCO (2021), Recommandation de l’UNESCO sur une science ouverte, 34 pages

ROUSSEAU Louis-Jean (2005). Élaboration et mise en œuvre des politiques linguistiques. 

Séminaire Francophonie-Russophonie sur les politiques linguistiques, May 2005, Saint-Pétersbourg, Russie. ‌hal- 02424020‌

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