Pour célébrer son jubilé d’or, le département des Sciences du langage de l’Université Joseph Ki-ZERBO a réuni, du 1er au 3 juillet 2026 à Ouagadougou, la crème des chercheurs et enseignants-chercheurs en linguistique à l’occasion d’un colloque scientifique international. Venus du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Bénin, du Togo, du Sénégal, du Maroc, du Gabon et de la Côte d’Ivoire, les participants ont mené, durant trois jours, la réflexion sur la contribution des sciences du langage à la préservation et à la valorisation du patrimoine linguistique africain.
Parmi les interventions au cours de ce colloque figure celle du Dr Seybou Djibo, enseignant-chercheur en histoire et études stratégiques à l’Université André-Salifou de Zinder, au Niger. Invité comme paneliste, il a défendu une position selon laquelle la langue française appartient désormais aux peuples africains francophones. « Le français, c’est désormais notre propriété, c’est notre butin de guerre », a-t-il déclaré.
Pour l’universitaire nigérien, la vitalité actuelle du français repose largement sur les pays africains francophones. Il soutient que cette langue est aujourd’hui davantage pratiquée et portée par les sociétés africaines, tandis que la France accorde une place de plus en plus importante à l’anglais dans plusieurs domaines.
À partir de ce constat, il affirme que les peuples africains se sont pleinement approprié le français, qui, dit-il, ne relève plus exclusivement de l’héritage français, mais fait désormais partie du patrimoine des pays qui l’utilisent quotidiennement. « Sans nous, le français n’allait pas exister. Des indépendances à ce jour, si vous faites le tour du monde, vous verrez que le français n’est pas considéré, on ne parle pas le français. C’est seulement en Afrique qu’on parle le français. Même en France, les gens ne s’intéressent plus au français. Donc c’est désormais notre propriété. Ils nous ont tout pris. Nous, on leur a pris le français », a-t-il dit.

Pour illustrer son propos, Dr Djibo cite les marchés, les administrations et les espaces publics de nombreuses villes africaines où le français sert de langue de communication entre des personnes appartenant à différentes communautés linguistiques. Même lorsqu’il est influencé par les réalités locales, il demeure, selon lui, un outil de compréhension mutuelle largement partagé.
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Du reste, selon l’historien nigérien, le français parlé en Afrique ne saurait être considéré comme une simple reproduction du français de France. À ses yeux, les peuples africains l’ont progressivement transformé, enrichi et adapté à leurs réalités sociales, culturelles et linguistiques. Cette appropriation, explique-t-il, a donné naissance à des usages et à des expressions propres aux sociétés africaines, au point que cette variété du français constitue désormais, selon lui, un patrimoine des Africains eux-mêmes.
L’enseignant-chercheur plaide ainsi pour que le français soit considéré comme une composante du patrimoine linguistique des pays africains, au même titre que les langues nationales. Il estime que ces dernières doivent être davantage valorisées et promues, sans pour autant remettre en cause le rôle que continue de jouer le français dans l’administration, l’enseignement et les relations internationales.
Oumarou KONATE
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