Les lampions se sont éteints ce vendredi 3 juillet 2026 sur les Journées scientifiques du département des Sciences du langage de l’Université Joseph KI-ZERBO. Pendant trois jours, enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants ont mené une réflexion approfondie sur la contribution de ce département à la promotion des langues nationales, cinquante ans après sa création.
« Langues, identité(s) et souveraineté en Afrique », tel est le thème qui a réuni, depuis le 1er juillet 2026, les linguistes du Burkina Faso à l’Université Joseph KI-ZERBO. Organisée à l’occasion du cinquantenaire du département des Sciences du langage, cette rencontre scientifique a offert un cadre de réflexion et d’échanges sur le rôle des langues nationales dans le développement des pays africains, en général, et du Burkina Faso, en particulier.

Intervenant en qualité de panéliste sur la sous-thématique « Enjeux et perspectives de l’officialisation des langues nationales au Burkina Faso », le Dr Cheick Félix Bobodo Ouédraogo, enseignant-chercheur en sociolinguistique, a insisté sur l’urgence de préserver les langues nationales. Selon lui, « toutes les langues du Burkina Faso sont menacées, y compris le mooré », pourtant la langue la plus parlée du pays. Il explique que la vitalité d’une langue ne se mesure pas uniquement au nombre de ses locuteurs, mais surtout à sa capacité à être transmise d’une génération à l’autre.
« Lorsqu’une partie de la communauté cesse de transmettre sa langue à ses enfants, les linguistes s’interrogent sur sa vitalité. Une langue qui ne gagne plus de nouveaux locuteurs est appelée à perdre progressivement ceux qu’elle possède déjà », a-t-il expliqué.
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Le sociolinguiste estime que cette dynamique est déjà perceptible au Burkina Faso. En cause, la place grandissante du français dans les familles, qui est favorisée notamment par son statut de langue de l’école, de l’administration et de la réussite sociale. « Beaucoup de parents introduisent le français dans le foyer avec l’idée de favoriser l’avenir de leurs enfants. Mais dans la pratique, les deux langues ne sont pas sur un pied d’égalité. Le français finit souvent par prendre le dessus », a-t-il analysé.

Cette situation, poursuit-il, entraîne progressivement un affaiblissement des langues nationales. Lorsqu’un enfant ne maîtrise plus suffisamment sa langue maternelle, il l’utilise de moins en moins et sera, à son tour, moins enclin à la transmettre à ses propres enfants. « C’est ainsi que les langues meurent », a-t-il résumé.
Le chercheur a insisté également sur un point souvent mal compris selon lui. C’est le fait que la menace qui pèse sur une langue ne dépend pas de son nombre de locuteurs. « Même une langue largement parlée comme le mooré peut être fragilisée si les jeunes générations cessent de la transmettre. Ce n’est pas le nombre de locuteurs qui compte, mais la dynamique de vitalité. Une langue peut être parlée par des millions de personnes et connaître malgré tout un déclin rapide si la transmission intergénérationnelle s’interrompt », a-t-il averti.
Pour illustrer son propos, Dr Ouédraogo observe qu’une part importante des jeunes générations, fortement scolarisées, utilise désormais le français dans le cadre familial. Il relève également que certains jeunes comprennent difficilement, voire ne parlent plus correctement le mooré, signe, selon lui, d’une évolution qui mérite une attention particulière.
A travers ce colloque qui s’est achevé ce vendredi, le département des sciences du langage a voulu, selon lui, rappelé que la promotion et la sauvegarde des langues nationales constituent un enjeu majeur pour la préservation de l’identité culturelle et le renforcement de la souveraineté linguistique du Burkina Faso.
Oumarou KONATE
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