Centre-ouest/Sissili : « Difficile » acquisition des semences et intrants agricoles en ce début de saison

La question du retard dans la mise à disposition des intrants agricoles se pose toujours dans le Centre-ouest, précisément à Tabou, dans la Sissili. A la date du 29 juin 2022, des producteurs agricoles nous confiaient que la distribution des semences améliorées ne venait que de commencer tout en relevant que les intrants comme l’engrais n’étaient pas encore disponibles.

Sur son domaine nouvellement labouré à la charrue, Bernard Kaboré s’attelait à semer son petit-mil, le « masongo », une variété améliorée qu’il dit récemment acquis. Point de temps à perdre pour l’homme qui se plaint que ce soit « maintenant » que les semences sont distribuées.

Pourtant, relève-t-il : « l’année passée, dès le mois de mai, on avait déjà reçu les messages sur la disponibilité des semences. » Visiblement pas content de cette situation, M. Kaboré a fulminé : « il faut qu’on parle de ce retard-là parce que dans la Sissili, ici, la saison commence tôt. Pour que les choses se déroulent bien, il faudra qu’on sème à temps. Maintenant qu’on est en fin juin, c’est un peu compliqué. Je suis en train de semer sans la certitude que la pluie va nous accompagner jusqu’au bout. »

Bernard Kaboré en train de semer le « masongo »

Comme lui, Seydou Ouédraogo, le président de la société coopérative d’agriculteurs et d’éleveurs Burkini, a dénoncé une campagne agricole 2022-2023 qui commence « très difficilement au niveau de l’acquisition des intrants. »

En effet, si au niveau des semences améliorées, c’est le retard que dénoncent les agriculteurs, au niveau des intrants, c’est leur indisponibilité qui les inquiète. « Le sac d’engrais qui coûtait entre 18 000 et 20 000 F CFA au maximum a grimpé à 35 000 F CFA sur le marché (…) Le carton d’herbicide nous revenait à 24 000 F CFA mais aujourd’hui, ce que nous appellons la colle, qui permet d’empêcher la levée de l’herbe fait 60 000 F CFA le carton », a revélé M. Ouedraogo avant de lâcher : « les prix ont flambé. »

Seydou Ouedraogo s’interrogeant sur la non-disponibilité des intrants agricoles

Quid de la subvention de l’Etat ? 

Nos interlocuteurs se posent la même question. « L’engrais, le MPK subventionné fait 16 000 F CFA mais comment le trouver ? », s’interroge impuissamment, Bernard Kaboré.

Face à cette situation, Seydou Ouedraogo a laissé entendre que leur zone réputée pour sa « forte production de maïs » s’est vue obligée de changer ses habitudes, sachant que cette spéculation « consomme beaucoup d’engrais soit 4 sacs l’hectare. » Il a clairement signifié que des producteurs de maïs « ont basculé dans la production du mil, le sorgho ou autres spéculations qui consomment moins d’engrais. »

Incompréhension, nos interlocuteurs se souviennent que le gouvernement a entreposé « plus de 27 000 tonnes d’engrais » dans la Centrale d’achat. « Mais pourquoi jusqu’à la date d’aujourd’hui l’engrais n’arrive pas dans les mains des producteurs ? », se demande à son tour M. Ouedraogo.

Le champ de Seydou Ouedraogo en train d’être préparé au moyen d’un tracteur

Du retour à l’engrais organique

Conscient de l’impact de la crise ukrainienne, un des pays d’où provient l’engrais chimique, Seydou Ouedraogo pense que les agriculteurs doivent se sentir interpellés et revenir aux « pratiques anciennes. » L’engrais organique, à l’entendre, a l’avantage de nourrir les plantes et de régénérer les terres dégradées.

« Je pense qu’il faut qu’on revienne à l’engrais organique », a-t-il suggéré, confiant qu’il fait recours au « bokachi. » Il s’agit de « fumier recyclé » que l’on peut obtenir en 15 jours durant lesquels on mélange de la bouse de vaches, de la fiente de poule, de son de maïs, de cendre, de poudre de charbon, de feuilles mortes de karité, du sucre blond, de la levure dolotière que l’on arrose d’eau.

Franck Michaël KOLA

Minute.bf

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