Burkina : Une trentaine de journalistes formés à la prévention de la dengue

Une trentaine de professionnels des médias ont été formés, du 5 au 7 octobre 2026 à Ouagadougou, sur la prévention et la lutte contre la dengue. Initié par le ministère de la Santé, à travers la Direction de la protection de la santé de la population (DPSP), le SP/Palu et et Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées (PNLMTN), cet atelier visait à renforcer les capacités des médias en matière de communication sur les risques et d’engagement communautaire (CREC) face aux maladies à potentiel épidémique. Selon les données nationales du Ministère de la Santé et celles d’Africa CDC, ainsi que de l’OMS, le Burkina Faso figurait parmi les pays africains les plus touchés par la dengue en 2023 et 2024. Plus de 80 % des cas enregistrés en 2023 et 2024 ont été notifiés dans deux régions, notamment le Kadiogo et le Guiriko. Pour le Ministère de la Santé, la situation nécessite une implication accrue des différents acteurs, notamment des médias, dans la sensibilisation des populations et la prévention de la maladie.

La dengue est une maladie virale transmise principalement par la piqûre du moustique Aedes aegypti communément appelé moustique tigre. Contrairement à certaines idées reçues, ce moustique pique principalement pendant la journée, notamment tôt le matin et en fin d’après-midi. Il est reconnaissable à ses rayures noires et blanches.

En 2023, le Burkina Faso a enregistré 154 867 cas de dengue et 709 décès, contre 83 371 cas et 102 décès en 2024, selon les données présentées au cours de l’atelier. La tranche d’âge des 20 à 40 ans figurait parmi les plus touchées en 2023. Pour le Chef de service de la surveillance épidémiologique, Lassané Kafando, cette formation avec les hommes de médias revêt une importance particulière en ce qu’elle permet d’outiller les journalistes afin qu’ils puissent mieux sensibiliser les populations et contribuer à éviter que l’épidémie de dengue vécue en 2023 ne se reproduise. « Il faut dire que la situation épidémiologique du pays est marquée par des maladies tropicales négligées qui surviennent de façon disparate au cours de différentes années. Ainsi, un système de surveillance épidémiologique au niveau du ministère de la Santé assure la collecte, l’analyse et l’interprétation des données en vue de détecter toute situation qui peut affecter la santé des populations. C’est dans ce cadre que, depuis la semaine épidémiologique 33, nous assistons à une augmentation des cas de dengue au niveau du pays », a-t-il expliqué.

Une vue des officiels

25 780 cas suspects enregistrés en 2026

Durant les trois jours de formation, les hommes et femmes de médias ont renforcé leurs connaissances sur la dengue, son mode de transmission, ses manifestations cliniques ainsi que les moyens de prévention. Trois communications ont été animées par des agents de la Direction de la protection de la santé de la population (DPSP), du SP/Palu et du Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées (PNLMTN).

La première communication, présentée par Ousseini Barry de la DPSP, était consacrée à la situation de la dengue, l’état de la lutte et les perspectives collectives. Elle a permis aux participants de mieux comprendre la maladie et les facteurs favorisant sa propagation. Le communicateur a notamment indiqué qu’il existe quatre sérotypes de dengue, numérotés 1, 2, 3 et 4. Une personne peut ainsi contracter la dengue plusieurs fois au cours de sa vie.

Ousseini Barry a également expliqué que le moustique Aedes aegypti peut se reproduire dans différents récipients susceptibles de contenir de l’eau pendant une certaine durée, communément appelé « gîte larvaire ». Les œufs peuvent, selon lui, rester à sec pendant un certain temps avant d’éclore lorsque les conditions deviennent favorables.

Parmi les principaux gîtes larvaires, les pneus occupent une place importante. « Lors de la classification des conteneurs de gîtes larvaires, il est ressorti que les pneus occupent la première place en matière de production de gîtes larvaires, soit de 30 % à plus de 50 %, suivis des seaux, boîtes et bidons. Ce qui est plus remarquable, c’est que le moustique se reproduit plus dans des conteneurs artificiels que naturels », a-t-il indiqué.

De la semaine épidémiologique 1 à la semaine 39 de 2026, le Ministère de la Santé a rapporté 25 780 cas suspects de dengue, dont 7 226 cas probables avec un TDR positif et 17 décès. Ces chiffres témoignent d’une baisse de la maladie par rapport aux années précédentes, selon le présentateur.

Plusieurs facteurs favorisent la prolifération du moustique, notamment l’urbanisation rapide, la forte densité de population, le stockage de l’eau à domicile dans des récipients non couverts, les déchets, les pneus, les boîtes et les bouteilles, ainsi que la saison des pluies.

Des signes d’alerte à ne pas négliger

Les participants ont également été sensibilisés aux signes d’alerte nécessitant une prise en charge médicale urgente. Il s’agit notamment de douleurs abdominales intenses, de vomissements persistants, de saignements du nez ou des gencives, de sang dans les vomissures ou les selles, d’une respiration rapide ou difficile, ainsi que d’une grande fatigue, d’une agitation ou d’une somnolence. Une attention particulière doit être accordée à la période où la fièvre commence à baisser, celle-ci pouvant coïncider avec l’apparition de complications. En présence de signes d’alerte, il est donc recommandé de se rendre rapidement dans une formation sanitaire.

La deuxième communication, animée par Harouna Ouédraogo, ingénieur du génie sanitaire, a porté sur les stratégies de lutte anti-vectorielle dans le cadre de la riposte contre la dengue au Burkina Faso.

Il ressort de cette communication que plusieurs actions sont menées par les différents acteurs pour réduire les gîtes larvaires. Elles comprennent notamment la pulvérisation intra-domiciliaire, la pulvérisation spatiale, la désherbation des concessions et des espaces urbains, ainsi que les rencontres préparatoires avec les acteurs clés à différents niveaux. Les acteurs engagés dans la lutte bénéficient également de matériel destiné à faciliter la poursuite des opérations de prévention et de lutte contre les gîtes larvaires.

La troisième communication, consacrée aux méthodes traditionnelles de prévention de la dengue au Burkina Faso, a été animée par Wendégoudi Mathias Ouédraogo, agent du Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées. Le communicateur a expliqué le cycle de transmission de la dengue. 

De ses dires, le moustique s’infecte en piquant une personne infectée. Après une multiplication du virus dans son organisme, celui-ci gagne les glandes salivaires du moustique, qui peut ensuite transmettre le virus à une autre personne lors d’une nouvelle piqûre. Plus rarement, la transmission peut se faire de la femme enceinte à l’enfant ou par transfusion sanguine. Une transmission sexuelle a également été évoquée comme étant extrêmement rare.

Quatre principales méthodes de prévention ont été présentées. Il s’agit de la lutte physique ou gestion de l’environnement qui consiste principalement à réduire ou détruire les gîtes larvaires, la lutte chimique. Elle est efficace et durable, sans risque de résistance et à moindre coût, elle contribue également à lutter contre d’autres maladies vectorielles et à améliorer la salubrité. Toutefois, elle reste dépendante de la mobilisation des populations, chronophage et parfois difficile à mettre en œuvre en milieu urbain.

Ensuite, s’ensuit la lutte biologique, notamment avec le Bti, présente l’avantage d’être écologique, durable et non toxique pour l’homme. Son principal inconvénient reste le coût lié à la production ou à l’acquisition du produit.

Également, la lutte chimique, à travers les insecticides et larvicides, permet une action rapide, particulièrement utile en période d’épidémie et ciblée sur des foyers précis. Elle présente cependant des limites liées à la résistance des moustiques, aux risques toxicologiques pour l’homme et certains organismes comme les abeilles et les poissons, ainsi qu’au coût des produits et de la logistique.

Une trentaine de journalistes ont été sensibilisés

et la protection individuelle contre les piqûres. La mobilisation sociale et communautaire, notamment à travers l’assainissement de l’environnement, constitue également un levier important.

Enfin, la protection individuelle repose notamment sur l’utilisation de produits répulsifs, de pommades ou de pulvérisateurs, ainsi que sur le port de vêtements longs permettant de couvrir au maximum les parties exposées du corps.

Les journalistes appelés à déconstruire les idées reçues

Au terme des trois jours de formation, les professionnels des médias se sont dits satisfaits des connaissances acquises sur la dengue et se sont engagés à contribuer à la sensibilisation des populations et à la déconstruction de certaines idées reçues.

La dengue ne se transmet pas directement par le contact avec une personne malade. Elle est principalement transmise par la piqûre d’un moustique Aedes infecté.

Autre idée reçue déconstruite : le moustique vecteur de la dengue ne pique pas uniquement la nuit. Il est particulièrement actif pendant la journée, notamment tôt le matin et en fin d’après-midi.

Il est également possible de contracter la dengue plusieurs fois. Les quatre sérotypes du virus peuvent provoquer la maladie et une infection ultérieure par un autre sérotype peut augmenter le risque de forme grave. Enfin, une petite quantité d’eau stagnante dans un vieux pneu, une boîte, une bouteille ou tout autre récipient peut suffire à créer un gîte favorable à la reproduction du moustique.

Il faut retenir que la dengue sévit depuis plusieurs décennies dans différentes régions du monde, notamment en Asie, en Amérique du Sud, dans l’océan Indien et en Afrique. Au Burkina Faso, les premières manifestations de la dengue remonteraient à 1925. Des cas importants auraient ensuite été notifiés dans les années 1980 à Ouagadougou, puis lors des épisodes de 2013 et 2016, avant l’importante épidémie de 2023. Elle peut se guérir, mais n’a pas de traitement spécifique.

Nadège KINDA 

Minute.bf

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