Burkina : Entre villages retrouvés et espoir retrouvé, le Bam reprend vie

Le jour se lève sur Kongoussi.
Il est 7 h 30 lorsque les Forces vives, les autorités administratives, les agents du Ministère de la Famille et de la Solidarité et plusieurs citoyens se rassemblent dans la cour de la Direction provinciale pour la traditionnelle montée des couleurs.

Dans une atmosphère empreinte de patriotisme, le drapeau national s’élève au son du Ditanyè.

Prenant la parole, 𝗹𝗲 𝗖𝗮𝗺𝗮𝗿𝗮𝗱𝗲 𝗠𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁𝗿𝗲 𝗿𝗮𝗽𝗽𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝗿𝗲𝗰𝗼𝗻𝗾𝘂ê𝘁𝗲 𝗱𝘂 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗶𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗻𝗲 𝘀𝗮𝘂𝗿𝗮𝗶𝘁 ê𝘁𝗿𝗲 𝘀𝗲𝘂𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗺𝗶𝗹𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲. 𝗘𝗹𝗹𝗲 𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗽𝗮𝗿 𝗹𝗲 𝗿𝗲𝘁𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗼𝗽𝘂𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀, 𝗹𝗮 𝗿𝗲𝗰𝗼𝗻𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲𝘀 𝘃𝗶𝗹𝗹𝗮𝗴𝗲𝘀, 𝗹𝗮 𝗰𝗼𝗵é𝘀𝗶𝗼𝗻 𝘀𝗼𝗰𝗶𝗮𝗹𝗲 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝘁𝗿𝗮𝘃𝗮𝗶𝗹.

Elle invite chacun à faire vivre les valeurs de la Révolution Progressiste et Populaire, à renforcer l’unité nationale et à soutenir les Forces de Défense et de Sécurité ainsi que les Volontaires pour la Défense de la Patrie qui ont permis à de nombreuses familles de retrouver leurs terres.
La cérémonie achevée, le cortège reprend la route.
Cap sur Wagari

8 h 14.
Direction le premier village.
Aujourd’hui, contrairement à la veille, le ciel est dégagé.
La pluie semble avoir laissé la place au soleil.
La route, toujours cabossée, paraît néanmoins plus praticable. Les grandes flaques d’eau ont disparu et le cortège avance avec plus d’aisance.
Après un peu plus d’une heure de route, les premières habitations apparaissent.

9 h 24.
Nous sommes à Wagari, nom d’emprunt.
L’accueil est à la hauteur de l’événement.
Une foule des grands jours accompagne le cortège jusqu’à la cour du chef du village.
𝗔𝗽𝗿è𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝘀𝗮𝗹𝘂𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗱’𝘂𝘀𝗮𝗴𝗲, 𝗹𝗲 𝗖𝗮𝗺𝗮𝗿𝗮𝗱𝗲 𝗠𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁𝗿𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗺𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗺𝗲𝘀𝘀𝗮𝗴𝗲 𝗱𝘂 𝗣𝗿é𝘀𝗶𝗱𝗲𝗻𝘁 𝗱𝘂 𝗙𝗮𝘀𝗼.
Le chef du village prend ensuite la parole.
Sa voix est pleine d’émotion.

« 𝑫𝒊𝒕𝒆𝒔 𝒎𝒆𝒓𝒄𝒊 𝒂𝒖 𝑷𝒓é𝒔𝒊𝒅𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒖 𝑭𝒂𝒔𝒐. 𝑫𝒊𝒕𝒆𝒔 𝒎𝒆𝒓𝒄𝒊 𝒂𝒖𝒙 𝑭𝑫𝑺 𝒆𝒕 𝒂𝒖𝒙 𝑽𝑫𝑷. 𝑪’𝒆𝒔𝒕 𝒈𝒓â𝒄𝒆 à 𝒆𝒖𝒙 𝒒𝒖𝒆 𝒏𝒐𝒖𝒔 𝒔𝒐𝒎𝒎𝒆𝒔 𝒓𝒆𝒗𝒆𝒏𝒖𝒔 𝒊𝒄𝒊 𝒅𝒆𝒑𝒖𝒊𝒔 𝒇𝒊𝒏 𝒎𝒂𝒊 2026.»
Puis viennent les préoccupations.
L’eau.
La route.
Le réseau téléphonique.
Autant de besoins qui conditionnent désormais la consolidation de leur retour.

Quelques instants plus tard, la rencontre avec les populations débute sur la place publique.
Comme dans chacun des villages visités, ce sont les femmes qui prennent les premières la parole.
Visiblement émue, leur représentante cherche ses mots.
Puis elle se lance.
Ses doléances rejoignent presque point pour point celles exprimées par le chef du village : le CSPS manque d’électricité, les écoles restent fermées, les forages sont insuffisants, la route demeure difficilement praticable, le réseau téléphonique est inexistant, tandis que les femmes réclament des activités génératrices de revenus, un barrage et des aménagements agricoles.

Pour détendre l’atmosphère, une troupe artistique offre une prestation qui arrache sourires et applaudissements.
Puis vient le temps du message gouvernemental.
Le Camarade Ministre invite d’abord toute l’assistance à rendre un vibrant hommage aux Forces de Défense et de Sécurité ainsi qu’aux VDP.
« 𝑳𝒆 𝒕𝒓𝒂𝒗𝒂𝒊𝒍 𝒏’𝒆𝒔𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒆𝒏𝒄𝒐𝒓𝒆 𝒕𝒆𝒓𝒎𝒊𝒏é, 𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒍𝒂 𝒗𝒊𝒄𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒔𝒆 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒕𝒓𝒖𝒊𝒕 𝒄𝒉𝒂𝒒𝒖𝒆 𝒋𝒐𝒖𝒓. 𝑽𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒓𝒆𝒕𝒐𝒖𝒓 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒗𝒐𝒔 𝒗𝒊𝒍𝒍𝒂𝒈𝒆𝒔 𝒆𝒔𝒕 𝒅é𝒋à 𝒖𝒏𝒆 𝒗𝒊𝒄𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒔𝒖𝒓 𝒍𝒆 𝒕𝒆𝒓𝒓𝒐𝒓𝒊𝒔𝒎𝒆. 𝑳𝒆 𝑷𝒓é𝒔𝒊𝒅𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒖 𝑭𝒂𝒔𝒐 𝒎’𝒂 𝒄𝒉𝒂𝒓𝒈é𝒆 𝒅𝒆 𝒗𝒐𝒖𝒔 𝒅𝒊𝒓𝒆 𝒒𝒖’𝒊𝒍 𝒗𝒐𝒖𝒔 𝒔𝒐𝒖𝒕𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒆𝒕 𝒒𝒖’𝒊𝒍 𝒓𝒆𝒔𝒕𝒆 à 𝒗𝒐𝒔 𝒄ô𝒕é𝒔. »

Pendant son intervention, un détail attire notre attention.
Assise à même le sol, une vieille dame file tranquillement le coton selon la méthode traditionnelle.
Elle poursuit son travail sans détourner son regard du Ministre.
À chaque phrase, elle marque une pause, applaudit, puis reprend son fil.
Autour d’elle, des dizaines de téléphones portables immortalisent l’instant.
Les jeunes improvisent des prises de vue.
Les femmes sourient.
Le village semble retrouver le goût des rassemblements.

10 h 22
Le cortège reprend la route.
Quarante-cinq minutes plus tard nous arrivons à Gangasso.
Avant même d’entrer dans la cour royale, un détail saute aux yeux.
𝗦𝘂𝗿 𝗽𝗹𝘂𝘀𝗶𝗲𝘂𝗿𝘀 𝗺𝘂𝗿𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗶𝗻𝘀𝗰𝗿𝗶𝘁𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗺𝗲𝘀𝘀𝗮𝗴𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗯𝗶𝗲𝗻𝘃𝗲𝗻𝘂𝗲 𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝘀𝗼𝘂𝘁𝗶𝗲𝗻 𝗮𝘂 𝗣𝗿é𝘀𝗶𝗱𝗲𝗻𝘁 𝗱𝘂 𝗙𝗮𝘀𝗼.
𝗔𝘂 𝗺𝗶𝗹𝗶𝗲𝘂 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝗰𝗲𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗳𝗹𝗼𝘁𝘁𝗲 𝘂𝗻 𝗱𝗿𝗮𝗽𝗲𝗮𝘂 𝗯𝘂𝗿𝗸𝗶𝗻𝗮𝗯𝗲̀ 𝗰𝗼𝗻𝗳𝗲𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻é 𝗱𝗲 𝗺𝗮𝗻𝗶è𝗿𝗲 𝗮𝗿𝘁𝗶𝘀𝗮𝗻𝗮𝗹𝗲.

Symbole discret, mais puissant.
Ici, l’espoir est revenu avant même certaines infrastructures.
Dans la cour royale, une jeune fille, le Napogo en langue mooré accueille la délégation avec une aisance qui impressionne.
Le Camarade Ministre visiblement ému de voir une jeune fille assurer cette haute fonction traditionnelle délivre le message du Président.
Les applaudissements couvrent presque sa voix.

Puis la délégation rejoint l’école primaire où attend une foule immense.
𝗟𝗲𝘀 𝗵𝗮𝗯𝗶𝘁𝗮𝗻𝘁𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗿𝗲𝘃𝗲𝗻𝘂𝘀 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘂𝗿 𝘃𝗶𝗹𝗹𝗮𝗴𝗲 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝗷𝗮𝗻𝘃𝗶𝗲𝗿 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝗮𝗽𝗿è𝘀 𝗽𝗿è𝘀 𝗱𝗲 𝘁𝗿𝗼𝗶𝘀 𝗮𝗻𝗻é𝗲𝘀 𝗱’𝗮𝗯𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲.
Si les visages affichent désormais le sourire, les stigmates du terrorisme restent visibles.
Nous faisons le choix de ne pas filmer ces blessures des hommes.
Mais impossible d’ignorer celles laissées sur les bâtiments.
À l’intérieur des salles de classe, le temps semble s’être arrêté.
Des cahiers rongés par les termites.
Des stylos abandonnés.
Des sacs d’écoliers encore suspendus.
Un vieux globe terrestre dont il ne reste que le support.
Une porte fracturée qui résiste encore.
Pendant quelques secondes, le silence s’impose.
On imagine ces enfants affolés qui, un matin, ont quitté leur école en courant pour sauver leur vie.
Puis nos regards reviennent vers la population.
Devant cette même école meurtrie se tient aujourd’hui une foule immense.
Cette image vaut tous les discours.
Ces populations ont choisi de revenir.
Elles ont choisi de reconstruire.
Elles ont choisi d’espérer.
Comme partout, les femmes prennent la parole.
Les préoccupations sont presque les mêmes : l’eau, l’école, le CSPS, les activités génératrices de revenus, les aménagements agricoles et le réseau téléphonique.

𝗟𝗲 𝗖𝗮𝗺𝗮𝗿𝗮𝗱𝗲 𝗠𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱 𝘀𝗼𝗶𝗴𝗻𝗲𝘂𝘀𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗻𝗼𝘁𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗵𝗮𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗼𝗹é𝗮𝗻𝗰𝗲.
𝗘𝗹𝗹𝗲 𝗿𝗮𝘀𝘀𝘂𝗿𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗼𝗽𝘂𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗲́𝗼𝗰𝗰𝘂𝗽𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗿𝗲𝗹𝗲𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝘀𝗼𝗻 𝗱𝗲́𝗽𝗮𝗿𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗳𝗲𝗿𝗼𝗻𝘁 𝗹’𝗼𝗯𝗷𝗲𝘁 𝗱’𝘂𝗻 𝘁𝗿𝗮𝗶𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗶𝗹𝗶𝗴𝗲𝗻𝘁 𝗲𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝘀 𝘀𝗲𝗿𝗼𝗻𝘁 𝗲𝘅𝗮𝗺𝗶𝗻é𝗲𝘀 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗹𝗲𝘀 𝗺𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁è𝗿𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗽é𝘁𝗲𝗻𝘁𝘀.
Au terme de ces deux jours de terrain, une évidence s’impose.
Le retour des populations n’est plus une perspective.
Il est devenu une réalité.
Dans cette commune seulement, près de soixante villages ont déjà été réinstallés, illustrant l’ampleur des progrès réalisés dans la reconquête du territoire.
Un habitant nous glisse discrètement :

« 𝗜𝗹 𝘆 𝗮 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗲𝗹𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗺𝗼𝗶𝘀, 𝗽𝗲𝗿𝘀𝗼𝗻𝗻𝗲 𝗻’𝗮𝘂𝗿𝗮𝗶𝘁 𝗶𝗺𝗮𝗴𝗶𝗻é 𝗲𝗺𝗽𝗿𝘂𝗻𝘁𝗲𝗿 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗿𝗼𝘂𝘁𝗲… 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗺𝗼𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗲𝘃𝗲𝗻𝗶𝗿 𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲 𝗶𝗰𝗶. »
Ici les populations parlent peu des jours de leur déplacement.
Le traumatisme est encore présent.
Nous choisissons de respecter ce silence.
Car leur plus beau témoignage n’est peut-être pas dans les mots.
Il est dans leur présence.

12 h 11.
Retour vers Kongoussi.
Cette fois, ce n’est plus la pluie qui accompagne le cortège.
C’est une longue colonne de poussière qui nous suit jusqu’aux portes de la ville.

12 h 46.
À peine arrivés, une nouvelle étape nous attend.
Direction le Lycée municipal de Kongoussi.
Des centaines de nouveaux bacheliers y vivent leur immersion patriotique obligatoire.
Pendant près d’une heure, nous quitterons les souvenirs des villages retournés pour découvrir une autre jeunesse en train de se préparer à servir la Nation.
À suivre…

DCRP-MFS

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