lundi 15 juillet 2024
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Adja de Komsilga : « Je n’ai aucun lien avec le Chef de l’Etat »

Elle est l’une des figures les plus connues de la médecine traditionnelle au Burkina Faso. Ses séances de guérison, de délivrances et ses actions relevant du surnaturel ont fait sa renommée tant sur le plan national qu’international. Amsétou Nikiéma plus connue sous le nom de Adja de Komsilga, est devenue depuis quelques années, le point de convergence des malades en tout genre, des personnes en détresse, ou tout simplement des personnes en quête de gloire et de richesse. Dans cette interview exclusive accordée à Minute.bf, la guérisseuse de Komsilga s’exprime à cœur ouvert sur son métier de guérisseuse, l’origine de son don de guérison ainsi que sa vie familiale. Elle revient également sur ses récents déboires avec la justice burkinabè ainsi que ses supposés liens avec le Président du Faso. Interview !

Minute.bf : Si vous devez vous définir, vous-même, quel mot est approprié ?

Adja de Komsilga : Par rapport à ce que je fais, si je dois me définir, je me présente comme Dame Wend na song sida ! (En Mooré pour dire que Dieu défende la vérité). Quand on dit Dame Wend na song sida, c’est quoi ? Lorsque le pouvoir a voulu descendre, il a dit que beaucoup vont douter, vont dire que ce sont des mensonges. Mais, lui (le pouvoir, ndlr), il ne doit pas se justifier envers ceux qui ne croient pas. Non ! Si quelqu’un te (Adja elle-même, ndlr) dit que tu mens, tu dois répondre Wend na song sida, que Dieu défende la vérité. Si ce n’est pas la vérité, même si tu manipules les gens avec des mensonges, la vérité finira par tomber. Mais si ce que tu dis est la vérité aussi, les gens vont douter de toi, mais au finish, ils vont te croire.

Minute.bf : Pouvez-vous nous expliquer comment vous êtes devenue « Adja la guérisseuse » dont le monde entier parle ?

Adja de Komsilga : Avant, je n’étais pas comme cela. J’étais une élève. Quand j’étais à l’école, mon seul rêve c’était de soigner les gens, parce que j’ai vu beaucoup de personnes tomber malade ici au village, et qui n’avaient pas les moyens pour se soigner. La plupart perdait la vie à cause de cela. Donc, mon seul souhait, quand j’étais à l’école, c’était de devenir agent de santé pour soigner les gens.

Depuis que j’étais enfant, j’ai senti que j’étais différente des autres. Je n’étais pas comme eux. Mais je n’arrivais pas à me comprendre moi-même. Je me posais beaucoup de questions. Pourquoi c’est comme cela ? Pourquoi je suis comme cela ? Tout a commencé ainsi.

J’étais avec ma sœur, quand j’avais entre 4 à 5 ans. J’étais toujours enfant mais je me souviens de quelque chose : j’étais chez ma sœur et son mari. Quand on rentrait la nuit, on allumait une lampe pour dormir. Quand on me dit d’aller me coucher et que la lampe est allumée, je voyais des enfants venir vers moi. Ils avaient de longs cheveux, portaient de jolies robes de princesses avec des fleurs et tout là-dessus. Quand ils arrivaient à mon niveau, ils se moquaient de moi. J’étais la seule à les voir. Ils venaient vraiment en nombre et en groupe. Ils aimaient s’habiller en couleur blanche, jaune, rouge, verte… Ils avaient des fleurs sur leur tête et me demandaient si je voulais être comme eux. Je leur répondais que oui, parce que je n’avais pas ces genres de robes que je voulais. Quand je leur réponds ainsi, dans les 3 ou 4 jours qui suivent, forcément quelqu’un allait venir me donner des robes aux couleurs portées par au moins l’un d’entre eux. C’était comme cela, jusqu’au jour où j’ai eu un mal à l’oreille. J’ai eu tellement mal que lorsque quelqu’un faisait le moindre bruit, je criais fort. Je ne savais pas ce qui se passait.

Après cela, ma sœur était toujours avec son mari et je lui ai dit : est-ce que tu sais que ton mariage ne va pas marcher ? Ce jour-là, je me rappelle, elle m’a frappée. Elle m’a dit que je suis petite pour lui dire ça. Je lui ai répété que l’homme avec qui elle était n’était pas son mari. Elle m’a demandé c’est qui son mari ? Je n’ai pas répondu. Mais par la suite, ça n’a pas fait un an, son mariage s’est brisé. Nous avons ensuite regagné notre famille.

En famille aussi, quand je sors pour être seule, je sens la présence d’une personne que je ne vois pas. Quand je me lève le matin, je regarde le soleil, je lis la journée et je sais déjà ce qui va se passer. C’est comme si c’est un film que je regarde. Je n’arrive pas à expliquer cela aux gens pour qu’ils me comprennent.

Mais ce qui m’a fait bizarre, quand j’étais enfant, même avec mes parents, c’est comme si je n’étais pas en famille. C’est comme si ma famille était hors de ma propre famille, parce que j’ai toujours senti l’amour d’un autre papa, d’une autre maman qui m’aimaient fort. C’est comme si le jour de mon accouchement, mes [vrais] parents sont partis et ceux-là (parents de naissance, ndlr) m’ont adoptée. Je vous jure que je n’arrive pas à expliquer cela pour qu’on me comprenne. C’était ainsi et les enfants refusaient de jouer avec moi. Quand je sortais, les gens se méfiaient de moi. C’est comme si je portais quelque chose de reprouvant. C’était comme cela pendant mes 5 à 7 ans d’enfance. Au CP1, CP2, j’ai commencé à comprendre beaucoup de choses.

Quand je voyais quelqu’un qui était malade, qui avait des soucis, je prenais quelque chose, je lui donnais et il était soulagé. Souvent, quand je le faisais, la personne me demandait qui m’a donné le produit pour lui remettre. Je disais que c’est telle personne mais c’était faux. Quand on partait demander à la personne, elle disait qu’elle ne m’a même pas vue. Je ne sais pas qui me donnait le produit. Je ne sais pas si c’est un génie, un esprit…

Minute.bf : A la lumière de ce que vous venez de dire, considérez vous que vous êtes née avec vos pouvoirs ou bien vous les avez acquis au cours de votre enfance ?

Adja de Komsilga : Avant ma naissance, avant que le pouvoir ne descende sur moi, mon père m’a dit que depuis que ma mère est tombée enceinte, la grossesse était différente des autres. Lorsqu’elle voulait manger, c’était le sorgho blanc qu’on pilait pour sa nourriture. Elle n’arrivait pas à manger autre chose. Quand le moment d’accoucher est arrivé, elle a fait jusqu’à 9 jours de travail. Elle a passé 6 jours au village. Ensuite on l’a envoyée à l’hôpital où elle a fait au moins 3 jours avant d’accoucher. Et pendant ce temps, il y a sa coépouse qui était aussi enceinte. Elle est venue (la co-épouse) rendre visite à ma mère dans la salle d’accouchement et elle est repartie à la maison, elle a également accouché. Au même moment, elle a appris que ma mère a accouché. Les gens ont trouvé cela bizarre.

Mon père a dit qu’à ma naissance il a senti quelque chose. Je sens que mon pouvoir est inné. Je sens que ce que je fais est dans mon sang parce que je ne me comprends même pas. C’est pour cela, quand j’étais petite je me sentais seule, je me méfiais des autres, parce que je sentais que j’étais différente. Cela m’a beaucoup affectée. Ce n’était pas facile.

Minute.bf : On dit que vous travaillez avec des génies. Est-ce vrai ? Si non est-ce que vous pouvez enseigner ce que vous faites à l’université par exemple?

Adja de Komsilga : Il y a des traitements que je montre aux gens pour leur pathologie. Mais pour ce qui est dans mon sang, je ne sais pas. Moi-même je ne sais pas ce qui se passe avec moi. Je ne sens pas le monde comme les autres.

Enseigner ce que je fais à l’université ? Si ce n’est pas les tisanes qu’on peut enseigner, je ne pense pas que ce soit possible. Les tisanes, tu peux expliquer aux gens pour que même en ton absence, ils puissent se soigner eux-mêmes. Mais mon don, je ne pense pas que je puisse l’enseigner, parce que moi-même je ne connais pas exactement son origine. Il faut savoir qu’en toute chose il y a un secret. Prenons les livres par exemple. Les livres que vous lisez renferment des secrets dont vous seuls qui êtes allés à l’école savez déchiffrer. N’est-ce pas ? Donc, dans tout ce que Dieu fait, il met une barrière, un code que tout le monde ne peut pas déchiffrer. Ceux mêmes qui parviennent à le déchiffrer ne le font pas de leur seule volonté. C’est parce que Dieu les a choisis. Donc, si toi aussi tu te lèves tu veux le faire juste parce que tu as une tisane, ça ne marchera pas, parce que, quand nous on veut te prescrire quelque chose, il y a des paroles qu’on prononce que tu ne connais pas forcément. Comme je vous l’ai dit, moi-même je ne sais pas pourquoi je suis comme cela. Je suis née comme cela. Je suis née avec une marque. Peut-être que mon don est lié à cela. En tout cas je ne sais pas. Je ne peux pas vous l’expliquer.

Minute.bf : Est-ce que dans votre famille, parmi vos aïeux, il y a eu des gens comme vous avant pour que vous héritiez le pouvoir ?              

Adja de Komsilga : Selon ce qu’on m’a dit, mon grand-père était aussi guérisseur. Mais il avait juste hérité de quelques produits de son père. Ce n’était pas un don en tant que tel. C’était des produits qu’il donnait lorsque quelqu’un avait mal aux os ou quand les femmes n’arrivaient pas à enfanter. Ce sont ces genres de choses qu’il a héritées de son père. Quand mon grand-père est décédé, ses produits ont été hérités par mon père. Mais je n’ai jamais connu les produits que mon père faisait. Ils ont dit que ces genres de choses (ce qu’elle fait, ndlr) n’ont jamais existé dans notre famille. Donc quand mon don a commencé, c’était vraiment étrange. C’était du jamais vu et j’ai beaucoup souffert.

Minute.bf : Comment arrivez-vous à concilier votre vie privée avec autant de monde à assister ?                            

Adja de Komsilga : Côté vie privée, à la maison je suis seule, tout le temps, avec ma télé. En famille, les gens ont peur de moi. Ils ne m’approchent même pas. Si je vois les gens assis en train de causer et que je les rejoins, personne ne parle encore, personne ne cause. Ça m’a conduit à me renfermer sur moi-même. Je me méfie, je reste chez moi. Mais je cuisine, je fais tout. Cela ne me dérange pas. Cependant, il arrive souvent que je laisse la cuisine pour aller soigner les gens.

Je n’ai pas d’amis, ni de copines. Mon ami, c’est mon travail. Quelquefois, il y a des gens qui viennent pour me saluer, mais comme je ne suis pas trop causeuse, ils se retournent.  En fait, ce n’est pas comme si je suis trop renfermée mais c’est parce que j’ai remarqué que presque tous ceux qui viennent pour soi-disant causer viennent en réalité pour me découvrir. Ils ne viennent pas pour m’apporter quelque chose d’eux mais ils viennent pour m’écouter. Pourtant je ne peux pas être là tout le temps à parler de moi, il faut que les gens aussi parlent d’eux. C’est ce qui fait que je n’ai pratiquement pas d’amis à part ceux avec qui je travaille.

Et puis, quand je cause avec les gens, j’ai l’impression que je suis dans un autre monde qui ne me plaît pas, qui n’est pas le mien. Même en famille ou au travail, les employés n’arrivent pas à me comprendre, parce que tout le temps ils voient que si je ne suis pas au travail, je suis à la maison et le plus souvent, je suis seule dans ma chambre. Eux-mêmes, ils ne savent pas pourquoi je suis comme cela. Mais cela ne me dérange pas. Ça ne me fait aucun mal. Je suis habituée.

Minute.bf : Avec le monde, comment organisez-vous le travail ? Y-a-t-il, par exemple, des jours dédiés à chaque type de maladie ?

Adja de Komsilga : Selon l’organisation de mon travail, les lundi je soigne, mais pas de façon intensive. Je soigne un peu et puis je donne du repos aux patients afin qu’ils puissent reprendre des forces, parce qu’ils ne doivent pas être concentrés tout le temps sur leur traitement. Ça leur rend malheureux. Donc, les lundi matin, je sors, je fais des bénédictions, je verse de l’eau, je donne des traitements, ou même je laisse carrément les soirs pour sortir et faire un peu de Douahs. Les mardi je soigne mais pas de façon intensive également. Ce sont les jeudi et dimanche que je soigne intensivement et toutes sortes de maladies. Les mercredi et samedi, c’est pour les consultations, parce qu’il y en a qui viennent pour des consultations et d’autres pour des soins. Les consultations et les soins ne sont pas pareils.

Minute.bf : Comment gérez-vous les patients VIP (les militaires gradés, les stars, les hautes personnalités etc.) ?

Adja de Komsilga : Nous avons prévu des rendez-vous privés pour ceux qui le désirent. Il y a des gens qui sont vraiment populaires et qui ne peuvent pas venir devant tout ce monde pour expliquer leur situation. Et cette catégorie de personnes, je les reçois les vendredi et lundi soir. Ce n’est pas parce qu’ils sont riches, mais c’est pour protéger leur image.

Minute.bf : Dans la pratique, est-il arrivé des cas que vous n’avez pas pu soigner ?

Adja de Komsilga : Jamais ! Je n’ai jamais rencontré un cas de maladie que je n’ai pas pu soigner. Quand le patient arrive et qu’on fait les consultations, la maladie dont il souffre se révèle automatiquement et avec son remède. Et il retrouvera la santé, mais à condition qu’il suive les recommandations qu’on lui donne.

Minute.bf :  Vous avez dit lors de votre récente sortie à l’université que vous soignez même le SIDA, vous l’avez déjà fait ou vous vous engagez à le faire ?

Adja de Komsilga : J’ai déjà soigné des cas de SIDA. Il y a des personnes qui sont venues de l’extérieur, qui souffraient de cette maladie et que j’ai réussi à soigner. Ils ont même ramené leurs analyses après pour confirmer qu’effectivement la maladie est finie. Je ne peux pas dire des choses que je n’ai pas faites. Si je le dis c’est parce que je l’ai déjà fait.

Minute.bf : On peut donc dire que pour une première fois dans l’histoire de la santé, une Burkinabè notamment une guérisseuse a réussi à soigner le SIDA ?

Adja de Komsilga : En tout cas, moi je suis arrivée à soigner cette maladie. Quand le patient est arrivé, je l’ai soigné sans savoir même que c’était de cette maladie qu’il souffrait. C’était l’année passée, dans la période où j’avais mes déboires avec la justice. Après les soins, la personne est revenue ici mais ne m’a pas trouvée puisque j’étais à Ouagadougou. Elle m’a attendue et c’est à mon retour qu’elle m’a dit que son SIDA est fini. Pourtant sa maladie était même déjà très avancée quand elle venait pour les soins. Quand elle m’a dit ça, je lui ai dit d’aller faire d’autres examens dans différents lieux pour s’assurer. Elle est allée multiplier les examens et puis elle est revenue me dire, examens médicaux à l’appui, que les médecins ont effectivement confirmé que sa maladie est guérie. Il y a même des témoins.

En fait, ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a des maladies qui ne sont pas naturelles. Et le SIDA fait partie de ces maladies-là. Les sorciers sont capables de tout. Ils sont capables de te jeter n’importe quel sort. Mais tant que ton mal découle de leurs œuvres, moi je peux te guérir. Ça, je ne vois même pas une maladie que je ne peux pas guérir, quand c’est du ressort de la sorcellerie. Et quand je parle du SIDA, ce n’est même pas le seul cas que j’ai soigné et qui est guéri. Il y a beaucoup d’autres cas similaires. Mais il y en a aussi que j’ai soigné et ils ne se sont pas encore totalement remis. La maladie a baissé en intensité chez eux, mais pas encore totalement guérie. Toutefois, quand ces personnes vont en consultation, les médecins leur disent que le mal est en train de finir et que les signaux sont positifs.

Minute.bf :  Vous organisez couramment des prières au cours desquelles vous faites des sacrifices de chameaux. A quoi cela répond ?

Adja de Komsilga : Justement, merci pour la question ! C’est une question qui revient à chaque fois. Beaucoup de personnes parlent du sacrifice des chameaux sans véritablement savoir ce qu’il y a derrière. Chacun se fait les idées qu’il veut. Le sacrifice des chameaux m’a été recommandé par les esprits, par ceux qui m’ont attribué le don de guérison. On n’a pas toujours sacrifié des chameaux. Non ! Nos sacrifices ont commencé par des poulets. Après les poulets, il m’a été demandé des sacrifices de moutons puis des bœufs et maintenant des chameaux. Avant de faire une prière, il y a un nombre de bêtes que les esprits demandent. Cela peut être des poulets, des bœufs ou des chameaux. Tout cela vient des esprits. Ce sont des prescriptions et nous ne faisons que suivre. Et puis ce qu’il faut savoir c’est que l’argent de l’achat des chameaux ne vient pas de moi. Ça vient des cotisations de la population qui vient se soigner ici. Il y a même des gens qui arrivent et qui se proposent d’acheter eux-mêmes leur propre chameau pour le sacrifice.

Quelqu’un peut venir pour se soigner, par exemple, et quand on va consulter, on se rend compte qu’il faut un sacrifice de chameau. La personne peut se proposer d’acheter par exemple 09 chameaux sur le champ pour le sacrifice. C’est ainsi qu’il y a des personnes qui achètent 05, d’autres 10, d’autres même 30 ou plus, pour qu’on fasse le sacrifice au nom de tous les patients qui sont dans le besoin mais dont les ressources sont limitées. Pour les prières par exemple, chaque mercredi nous prions pour environ 1 500 personnes, les dimanche, on reçoit souvent jusqu’à 8 000, voire 15 000 patients pour les prières du mois.

Nous faisons les sacrifices au moins quatre fois le mois. Si dans ce nombre, il y a au moins une dizaine, voire une vingtaine qui sont appelées à faire le sacrifice du chameau, imaginez-vous le nombre de chameaux qui seront sacrifiés dans le mois. Faites le calcul. Maintenant projetez-vous sur 05 mois et vous verrez que le nombre de chameaux aussi va croître. Donc, on ne fait pas le sacrifice des chameaux au hasard. C’est bien calculé et avec un objectif bien précis. Ce sont ceux qui viennent qui se cotisent de l’argent pour payer leurs chameaux. Mais les gens ne comprennent pas cela et s’imaginent des choses comme quoi c’est quelqu’un qui achète les chameaux pour envoyer ici. D’autres même disent qu’on le fait pour le chef de l’État. Ça me fait marrer. Ce n’est pas cela.

Par exemple, il y a un Douah qui arrive dans une semaine. Et à cette occasion, nous voulons tuer des bœufs pour la prière. En préparation de ça, actuellement sur le site, les cotisations ont déjà commencé. Chacun donne ce qu’il a. Il y en a qui vont donner 100 000 F CFA, d’autres 50 000 F CFA. Certains même vont donner 1 000 F CFA ou 100 F CFA. On va rassembler ça pour acheter les bêtes. C’est pourquoi on arrive à faire ces sacrifices sans grandes difficultés. Ce sont des choses, qui, quand tu les respectes, tes prières aussi sont exaucées. Mais quand tu collectes l’argent et que tu le détournes, les choses ne s’arrangent pas. C’est comme cela. Ce n’est pas sorcier.

Minute.bf :  Certaines personnes vous tancent d’être l’oracle du président du Faso, Ibrahim Traoré, vous confirmé à cela ?

Adja de Komsilga : Quand tu atteins un certain niveau dans la vie, il y a des choses qui ne te disent plus rien. Il y a des choses que tu ne considères plus. De toutes les manières, tu ne peux pas empêcher les gens de raconter ce qu’ils veulent à ton sujet. Mais ce qu’ils disent est faux. Je n’ai aucun lien avec le chef de l’État (Capitaine Ibrahim Traoré, ndlr). Il y a des jours où je fais des consultations pour le pays et même au-delà du pays. En cela, j’arrive à voir ce qu’il va advenir dans le futur pour le pays et même en dehors. J’arrive par exemple à prédire les catastrophes à venir et aussi les défis auxquels on sera confronté. Ces consultations, je les fais devant tout le monde et chacun écoute. Mais comme ici sur le site, il y a assez de monde, je ne peux pas savoir si ce que je dis remonte jusqu’au Président ou pas. Ça, je ne le sais pas.

Minute.bf :  Vous avez récemment été au cœur d’une affaire judiciaire qui a enflammé la toile, quels enseignements tirez-vous de cet épisode ?

Adja de Komsilga : Ce qui s’est passé m’a beaucoup conseillée. Cela m’a aidée à comprendre beaucoup de choses. Mais c’est un sujet que je n’aime pas aborder. Ce n’est pas facile de sortir d’une telle épreuve et toujours continuer à aider les gens. Il y a des situations quand tu les vis, tu te poses la question de savoir s’il vaut toujours la peine de te sacrifier pour les gens. Tu te sacrifies pour eux mais en retour ils n’ont aucune reconnaissance à ton égard. Mais comme j’aime à le dire, ce travail, je ne le fais pas pour quelqu’un. C’est une mission qui m’a été assignée et moi je ne fais que l’exécuter. C’est tout ce que je peux dire à ce sujet.

Minute.bf :  L’on vous lie également au guérisseur Seydou Bikienga de Nagréongo. A ce qu’il paraît vous êtes un pur produit de lui. Que répondez-vous à ces affirmations ?

Adja de Komsilga : C’est faux ! Moi je suis allée à Nagréongo quand je venais de recevoir mon don. Je suis allée recueillir ses bénédictions pour venir commencer mon travail, parce que j’étais encore toute petite quand j’ai reçu le don de guérison. Ça s’est manifesté sous la forme d’une maladie. Quand ça a commencé, mes parents m’ont envoyée chez un premier guérisseur qui m’a donné des produits. Mais cette personne n’a même pas voulu que j’accomplisse la mission qui m’était assignée. Elle a fait beaucoup de choses qui ne se devraient pas. Suite à ses actes, ma maladie s’est aggravée. En fait, ce n’était pas une maladie ordinaire. C’était sous forme de transes et de révélations. Chose que ma famille n’a jamais appréciée. Mes parents se disaient que j’étais une folle. Voilà pourquoi ils m’ont conduite chez les guérisseurs pour trouver un remède. Mais aucun guérisseur n’a réussi à me soigner. Quand on arrive, chacun donne un remède qui ne produit jamais d’effet.

Le guérisseur dont je parle a fait en sorte que les gens me traitaient à l’époque de folle. Il m’a même enchaînée chez lui avec des fous. Ainsi, j’étais enchaînée jusqu’à ce qu’un vieillard interpelle mon père pour lui dire de me faire libérer sinon les esprits qui me suivent vont s’attaquer à lui. Il n’a pas voulu comprendre. Il est tombé gravement malade par la suite. Le lendemain de sa guérison, il est venu automatiquement me chercher.

C’est dans ces moments difficiles que quelqu’un nous a référés à Seydou Nagréongo. Quand nous sommes arrivés chez lui et qu’on lui a expliqué les raisons de notre présence, il nous a rétorqué en paraboles. Il nous a dit, en langue Mooré, qu’on ne peut pas envoyer un poulet acheter des condiments au marché, alors que le poulet lui-même fait partie des ingrédients. C’est tout ce qu’il nous a dit. Il ne m’a donné ni produits, ni médicaments, rien du tout.

Quand on est revenu, je suis venu expliquer ces paroles à mon grand-père pour qu’il m’aide à comprendre. Ce dernier m’a dit que le guérisseur a voulu dire qu’une personne qui a un don de guérison ne peut pas aller demander des soins à une autre personne qui a aussi le même don. Pour mieux comprendre le dicton du guérisseur, mes parents sont repartis le voir. Quand ils sont repartis, le guérisseur les a une fois de plus accueillis avec un autre proverbe : « lorsqu’il y a un lièvre qui suscite la convoitise de tous les chasseurs, c’est que ce lièvre est celui du chef ». Ils sont revenus avec cet autre proverbe. Je suis allée auprès d’une vieille pour en comprendre la signification. Elle m’a expliquée que ça signifie que seul Dieu peut m’aider à résoudre mon problème sinon qu’eux tous ne peuvent rien faire. Elle m’a aussi prévenue que j’aurai d’énormes difficultés à fonder un foyer.

Malgré toutes ces explications, je ne croyais toujours pas ce qui m’arrivait. Je voulais comprendre. C’est ainsi que mes parents ont encore entendu parler d’un voyant qui habite dans le village de Rapadma. Ils ont voulu m’y conduire mais les esprits m’ont dit de ne pas y aller. Quand les parents ont voulu m’obliger, je leur ai clairement dit que s’ils tentaient de me contraindre, le véhicule aurait une panne. Ils n’ont pas cru et m’ont quand même embarquée dans le véhicule. En cours de chemin, le pneu a crevé. Ils ont changé de véhicule. Mais le pneu de ce véhicule aussi a une fois de plus crevé. On a changé un troisième véhicule ce jour-là mais c’était le même scénario. Ils se sont résolus à me laisser à la maison et eux sont partis pour consulter. Quand ils sont arrivés, le vieux leur a dit de me laisser tranquille s’ils voulaient la paix dans leur famille. Il leur a demandé de me laisser accomplir la mission que les esprits m’ont assignée. Il leur a aussi dit de me conduire seulement en brousse et de m’y laisser.

Quand ils m’ont emmenée ici, dès que je suis arrivée, j’ai dit que c’est là que je vais soigner les gens. Ils m’ont fait construire deux cases ici et ils m’ont isolée. Personne ne voulait manger avec moi. Jusqu’à présent personne ne veut dormir avec moi non plus. Ils disent que quand ils dorment avec moi, il y a des choses qui se passent. Jusqu’à ce jour, personne ne dort avec moi. Ils disent qu’ils voient des choses mais moi je n’ai jamais rien vu d’anormal. Sinon Seydou Nagréongo ne m’a ni soignée ni donnée un quelconque pouvoir. Mais je ne manque pas d’aller le saluer, en tant que notre grand-père et aîné dans ce domaine.

Minute.bf : Le Burkina Faso vit depuis huit ans une situation de crise sécuritaire, quelle peut-être votre contribution à la résolution de cette crise ?

Adja de Komsilga : Pourquoi vous me posez une telle question ? Je ne suis pas une politicienne, moi. (Rires). Il n’y a que les politiciens qui peuvent vous répondre. Moi je fais mes prières, je demande que la paix revienne dans notre pays. Mes prières ont aussi révélé beaucoup de vérités mais les gens ne veulent pas les entendre. Donc, ce n’est plus à mon niveau…

Moi je ne peux pas nier que je ne prie pas pour le pays. J’ai toujours fait des prières pour la paix dans notre pays. C’est notre pays à tous. Et peu importe ce que les gens diront sur moi, que je suis la Wackman (oracle) ou même la copine du président, cela ne m’arrêtera pas. Je continuerai de prier pour mon pays, parce que, comme je l’ai dit, ce que je fais je ne le fais pas pour moi-même. Je le fais pour ceux qui se battent au quotidien et qui risquent leurs vies pour nous sortir du pétrin dans lequel on est.

Minute.bf :  Quelles propositions avez-vous pour intégrer les tradipraticiens dans la chaine de la médecine au Burkina Faso ?

VidéoAdja de Komsilga répond à travers cette vidéo

Minute.bf : Quels sont les défis qui se présentent à vous dans votre travail ?

Adja de Komsilga : Je fais l’objet de plusieurs sortes d’attaques. Et ce sont des attaques qu’on ne peut pas expliquer à quelqu’un. Si tu te lèves le matin et que tu es vivant, dis Alhamdoulliah ! Si tu rentres le soir en bonne santé Alhamdoulliah. C’est comme cela. C’est inexplicable.

Minute.bf : Il y a des tombes ici. Cela veut dire que vous ne réussissez pas à guérir tous les malades. Cela peut aussi signifier que vous ne refusez pas un malade quel qu’en soit son état. Quels conseils vous avez à l’endroit des accompagnants et des malades qui veulent venir chez vous ?

Adja de Komsilga : Il y a des malades, quand ils arrivent et que tu vois leur état de santé, tu sais automatiquement que la personne ne va pas s’en sortir. Mais quand tu leur expliques, ils refusent de repartir. Si tu veux accepter un malade, il faut également accepter son corps, si tu ne veux pas accepter son corps, c’est que tu ne veux pas accepter le malade. Des fois, cela nous fatigue. On est obligé même d’acheter des terrains pour en faire des cimetières, parce qu’il y en a qui n’ont plus de famille. Ils n’ont personne derrière eux. Quand ils viennent, ils ne veulent plus repartir. Ils préfèrent rester ici et mourir, parce qu’ils savent que vous n’allez pas les laisser pourrir dehors. Donc c’est toi qui vas faire de ton mieux pour trouver un terrain pour l’enterrement. Cela nous fatigue. C’est pourquoi je lance un appel à tout malade qui veut venir ici, qu’il vienne au moment où on peut encore lui trouver un remède à son état de santé. Ne laissez pas la maladie s’aggraver avant de vouloir soigner. Nous ne sommes pas Dieu. C’est Dieu, lui-même, qui a créé la vie et la mort.

Minute.bf : Nous sommes à la fin de l’entretien, est-ce que vous avez un message à l’endroit du peuple Burkinabè et de ceux qui apprécient votre travail à travers le monde ?

Adja de Komsilga : Comme mot de fin, je dis d’abord merci à vous de Minute.bf qui êtes venus jusqu’ici, réaliser l’entretien. Merci ensuite à toutes les personnes qui nous soutiennent dans notre travail parce que cela nous encourage, cela nous donne la force et le courage de toujours travailler. Parce que quand tu travailles et que tu sais qu’il y a des gens qui te soutiennent, cela te donne beaucoup de courage. Ce n’est pas l’argent qui peut donner le courage, mais l’amour. C’est une chose qui ne s’achète pas au marché. Donc je vous remercie beaucoup.

Je remercie aussi le peuple burkinabè et je demande à Dieu de nous ramener la paix, de sauver notre pays, de protéger les Forces de défense et de sécurité (FDS) ainsi que les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), et de protéger tous ceux qui ne sont pas militaires ni VDP et qui font le combat. Je lui demande de faire toujours tomber l’ennemi sur cette terre.

Interview réalisée par Oumarou KONATE et Franck Michaël KOLA

Minute.bf

9 Commentaires

  1. Que Dieu lui donne ce qu’elle veut aussi edans ce monde. Du fait qu’elle donne aux autres ce qu’ils viennent lui demander, alors que Dieu lui donne ce qu’elle veut en dehors de sa mission.

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