Le Tribunal de grande instance de Ouaga II a rendu son verdict, le mercredi 1er juillet 2026, à l’issue d’une audience correctionnelle de près de onze heures. Sur le banc des accusés, 22 prévenus répondaient de faits de racolage en vue de la prostitution, de proxénétisme et d’exercice illégal de professions réglementées. Après les débats et les réquisitions du ministère public, le tribunal les a tous déclarés coupables.
Dans son réquisitoire, la procureure a présenté ce procès comme une mise en garde collective. Elle a souligné que les difficultés économiques, bien que réelles, ne sauraient justifier des atteintes à la dignité humaine. « Les difficultés financières peuvent nous amener à faire des choix que nous n’aurions pas envisagés. Ces choix ne nous définissent pas, ni notre valeur, ni notre avenir », a-t-elle déclaré. Elle a invité les prévenus à retrouver leur autonomie « avec courage et honnêteté » après l’exécution de leur peine s’ils venaient à être condamnés.
Treize femmes étaient poursuivies pour avoir publié sur WhatsApp des photos et vidéos dénudées, accompagnées de leurs numéros de téléphone et de tarifs, afin de proposer des relations sexuelles contre rémunération. À la barre, plusieurs ont reconnu les faits, admettant avoir reçu des clients à leur domicile, dans des résidences ou des hôtels. Le parquet a requis contre chacune trois mois d’emprisonnement ferme et une amende de 600 000 FCFA.
Cinq autres prévenus répondaient de proxénétisme. L’un d’eux louait une villa meublée en connaissance de son usage prostitutionnel et en percevait les loyers. Une prévenue servait d’intermédiaire entre clients et prostituées, arguant vouloir fidéliser sa clientèle de restaurant. Enfin, trois hommes administraient des groupes WhatsApp destinés à mettre en relation des clients avec des femmes proposant des prestations sexuelles.
Le parquet a requis sept ans d’emprisonnement ferme et 6 millions d’amende contre les deux premiers, et cinq ans ferme avec la même amende pour les trois administrateurs de groupes.
Exercice illégal de professions réglementées
Le dossier comprenait aussi un volet sanitaire. Trois prévenus ont reconnu détenir et vendre des produits pharmaceutiques sans autorisation. Le parquet a requis contre chacun douze mois de prison ferme et un million d’amende.
Un quatrième prévenu, initialement poursuivi pour le même motif, a vu ses faits requalifiés en ouverture illégale d’un établissement de pharmacopée traditionnelle. Le parquet a requis une simple amende de 250 000 FCFA.
Les avocats de la défense ont plaidé la clémence, évoquant l’état de santé de certains prévenus, la surpopulation carcérale, leur attitude respectueuse à l’audience, ainsi que leur situation familiale, notamment pour les mères de famille. Dans leurs derniers mots, les prévenus ont présenté des excuses au ministère public, au peuple burkinabè et au Chef de l’État, promettant de ne pas récidiver.
Les peines prononcées par le tribunal
À l’issue des délibérations, le tribunal a rendu sa décision. Un prévenu (pharmacopée traditionnelle) a été condamné à payer 250 000 FCFA d’amende avec sursis. Deux prévenus (exercice illégal de pharmacien) ont été condamnés à 6 mois de prison avec sursis et 500 000 FCFA d’amende avec sursis chacun.
13 prévenues (prostitution par racolage) ont été confirmés à 3 mois de prison avec sursis et 500 000 FCFA d’amende ferme chacune. 5 prévenus (proxénétisme) condamnés à 3 ans de prison avec sursis et 1 million d’amende ferme chacun.
Le tribunal a également ordonné la confiscation au profit du Trésor public des biens saisis, notamment ceux liés à la villa meublée, placés sous scellés sous le numéro 165 du 19 juin 2026.
Enfin, les 22 condamnés ont été déclarés solidairement responsables des dépens. Ils disposent de dix jours pour faire appel de cette décision, conformément au Code de procédure pénale.
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Jean-François SOMÉ
Minute.bf






