Burkina : Une trentaine de journalistes renforcent leurs compétences face aux discours de haine et à la désinformation

L’ONG ACRA, en consortium avec l’Université de Milan-Bicocca, a organisé les 4 et 5 août 2026 à Ouagadougou une formation au profit d’une trentaine de journalistes. Pendant deux jours, ces professionnels des médias ont planché sur trois thématiques complémentaires : la vérification des faits, l’utilisation responsable des plateformes numériques, ainsi que la communication non violente et la transformation des conflits. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet PENSE LIBRE, qui entend outiller les acteurs locaux pour promouvoir le vivre-ensemble.

Alors que les réseaux sociaux accentuent la propagation des rumeurs, une trentaine de professionnels des médias ont été formés à Ouagadougou à la double exigence du fact-checking et de la promotion de la cohésion sociale.

Louis Modeste Ouédraogo rappellant la lourde responsabilité qui incombe aux journalistes dans un environnement marqué par la rapidité de la circulation de l’information, en particulier sur les réseaux sociaux

À l’ouverture des travaux, Louis Modeste Ouédraogo, président du Conseil supérieur de la communication (CSC), a rappelé la lourde responsabilité qui incombe aux journalistes dans un environnement marqué par la rapidité de la circulation de l’information, en particulier sur les réseaux sociaux. Il a insisté sur la nécessité d’informer avec rigueur, de vérifier les sources, de respecter l’éthique et la déontologie, et d’adopter une communication sensible aux tensions potentielles. Louis Modeste Ouédraogo, a également réaffirmé l’engagement du CSC à accompagner les rédactions dans l’amélioration de leurs pratiques, tout en souhaitant que les acquis de la formation soient largement partagés au sein de chaque média.

Les médias, acteurs à part entière du changement social

Le coordonnateur pays d’ACRA Burkina, Poingar Couldjim Madibé, a rappelé que le projet PENSE LIBRE, mené avec l’Université de Milan-Bicocca, l’Institut des Sciences et Techniques Endogènes Africaines (ISTEA) au Burkina Faso et le Centre de Recherches en Anthropologie et Sciences Humaines (CRASH) au Tchad, vise à renforcer la tolérance et le dialogue interculturel et interreligieux. « Les médias ne doivent pas être de simples relais d’information. Ils sont aussi des acteurs de changement, des éducateurs, des veilleurs citoyens et des partenaires essentiels dans la prévention des conflits », a-t-il souligné.

Le représentant de la ministre en charge de la famille appelant les participants à plus de responsabilité dans le rendu de l’information

Le représentant de la ministre de la Famille et de la Solidarité, Amidou Koné, responsable technique chargé de la paix et de la cohésion sociale, a abondé dans ce sens en soulignant le rôle central des médias dans la préservation du lien social. Amidou Koné a mis en garde contre les effets délétères des informations non vérifiées ou des propos stigmatisants, qui peuvent exacerber les divisions. À l’inverse, a-t-il poursuivi, une information rigoureuse et respectueuse de la dignité humaine peut rapprocher les communautés et favoriser le dialogue. Le représentant du ministre de la Famille a également salué la forte présence des femmes journalistes, dont la contribution est indispensable à une couverture médiatique équilibrée et sensible aux réalités de toute la société.

Enfin, il a rappelé que le ministère agit, via le Secrétariat technique de la promotion de la paix et du vivre-ensemble (ST/PPVIE), pour promouvoir la prévention des conflits et la culture de paix.

Poingar Couldjim Madibé, Coordonnateur Pays Acra Burkina s’est dit satisfait de l’issue de la formation

Trois communications pour couvrir tous les angles de la lutte contre la désinformation

La première session, animée par Jordan Méda, journaliste à Faso Check, a porté sur les techniques de vérification des faits et l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans ce processus. Il a défini les notions de désinformation, mésinformation et malinformation, avant de présenter des méthodes concrètes pour authentifier une information. Jordan Méda a aussi alerté sur les limites de l’IA, invitant les participants à toujours croiser les résultats obtenus avec d’autres sources fiables. Monsieur Meda a enfin rappelé que tous les faits ne sont pas vérifiables, ce qui impose une prudence accrue dans le traitement de l’actualité.

La deuxième intervention, confiée à Richard Thiombiano, spécialiste en cohésion sociale, avait pour thème : « Médias, cohésion sociale et prévention de l’extrémisme violent : quelle responsabilité pour les communicateurs à l’ère de la désinformation et de l’IA ? ». Il a montré comment déconstruire les contre-récits et valoriser les initiatives locales de paix, tout en outillant les journalistes sur les bonnes pratiques en matière de communication de crise.

Amélie Judith Nacoulma jugeant l’initiative « venue à point nommé » au regard du contexte national

Enfin, Abdoulaye Dao, directeur général de la publicité et de l’observation des contenus (DGPOC), a animé une communication sur le cadre réglementaire de la lutte contre la désinformation et les discours de haine. Il a invité les professionnels à privilégier des discours constructifs et a passé en revue les dispositions du Code pénal applicables à la diffamation, selon sa gravité.

L’avis des participants…

À l’issue de la formation, organisateurs et participants ont exprimé leur satisfaction. Amélie Judith Nacoulma, responsable des programmes à la radio Ave Maria, a jugé l’initiative « venue à point nommé » au regard du contexte national. Elle a souligné l’utilité des éclairages reçus sur la désinformation et la malinformation, et s’est engagée à transmettre ces connaissances à ses collègues restés en rédaction, en particulier sur les sujets religieux qu’elle traite fréquemment.

Un aperçu de la formation

François Yogo, journaliste à Canal 3 Burkina, a également salué la formation, qu’il attendait avec impatience. Il a mis en avant l’importance du fact-checking à l’ère de l’IA et s’est dit ravi d’avoir pu approfondir les règles et outils nécessaires. Il a encouragé les organisateurs à multiplier ce type d’initiatives, essentielles pour permettre aux journalistes de traiter l’information dans des conditions optimales. Chaque participant a reçu une attestation de fin de formation.

Présente au Burkina Faso depuis une vingtaine d’années, l’ONG ACRA poursuit ainsi son action en faveur de la paix et du vivre-ensemble dans la sous-région. L’objectif affiché est que les journalistes formés deviennent à leur tour des relais, en partageant leurs acquis au sein de leurs rédactions respectives pour élargir l’impact de cette initiative.

Lire aussi : Lutte contre la désinformation : L’Association EDEL en conférence internationale sur le sujet dans l’espace AES

Nadège KINDA
Minute.bf

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