Lazare BAKOUAN,
INSS/CNRST, BURKINA FASO
bakouanlazare@gmail.com
Résumé
Ce document de vulgarisation est issu d’un article scientifique publié dans Djiboul, n°003, vol. 2, pp. 120–133, par le Dr Lazare BAKOUAN, intitulé : « Contributions des ouvrages lexicographiques à la promotion des langues nationales du Burkina Faso ».
Les ouvrages lexicographiques occupent une place centrale dans l’instrumentation des langues nationales au Burkina Faso. En assurant la codification orthographique, la fixation du sens des unités lexicales et la standardisation des usages, ils constituent des outils essentiels de normalisation linguistique. Ils contribuent également à la promotion de l’alphabétisation, à l’enseignement bilingue ainsi qu’à la traduction de documents religieux, administratifs et pédagogiques. Notre objectif est de montrer le rôle des ouvrages lexicographiques dans l’instrumentation des langues nationales du Burkina Faso. Pour conduire cette étude, nous avons procédé par une enquête de terrain, à des observations et à une analyse documentaire, complétées par une comparaison des pratiques linguistiques. Au regard des termes de l’étude, les apports des ouvrages lexicographiques à l’instrumentation des langues nationales du Burkina Faso sont faits.
Introduction
Le Burkina Faso est un pays marqué par une grande diversité linguistique. Parmi ces langues, certaines disposent d’ouvrages lexicographiques qui constituent des outils essentiels de promotion et de valorisation des langues nationales. Cette étude présente les apports des ouvrages lexicographie dans l’instrumentation des langues nationales. Il s’agit spécifiquement d’examiner les effets des pratiques lexicographiques sur le système éducatif, les activités de traduction et la presse. Toutefois, malgré ces avancées, leur impact demeure inégalement perceptible au sein des populations. Dès lors, quels sont les apports des ouvrages lexicographiques dans l’instrumentation des langues nationales du Burkina Faso ?
La présente étude s’inscrit dans le cadre de l’aménagement linguistique, entendu comme l’ensemble des actions visant à organiser, normaliser et promouvoir les langues. Selon HAUGEN (1983 : 185), le développement d’une langue passe par quatre étapes fondamentales : la sélection, la codification, l’élaboration et la mise en œuvre. Dans cette perspective, les langues nationales du Burkina Faso s’inscrivent dans des dynamiques de normalisation orthographique et de valorisation fonctionnelle. Les ouvrages lexicographiques jouent ainsi un rôle central dans la codification des normes, la stabilisation des usages et la diffusion des formes standardisées. Ils contribuent également à la promotion et à la reconnaissance des langues nationales dans les domaines de l’éducation et de la culture.
2. Méthodologie
La méthodologie adoptée a reposé sur la collecte et l’analyse des données. La collecte des données s’est appuyée sur deux principales techniques. D’une part, des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de linguistes, de lexicographes, d’enseignants engagés dans l’éducation bilingue, ainsi que de traducteurs et de professionnels des médias. Ces entretiens ont permis de recueillir des informations sur le rôle des dictionnaires dans l’instrumentation des langues nationales du Burkina Faso.
D’autre part, une observation des pratiques linguistiques a été menée dans des écoles bilingues, des centres d’alphabétisation, ainsi qu’auprès de traducteurs et de professionnels des médias, afin d’apprécier l’usage effectif des outils lexicographiques dans les processus de mise en œuvre des langues nationales.
Par ailleurs, une analyse documentaire a porté sur un corpus de textes législatifs, d’ouvrages lexicographiques et de documents traduits. Les données ont été traitées par une analyse de contenu thématique et une analyse comparative, afin d’identifier les fonctions des ouvrages lexicographiques et de confronter les objectifs de la planification linguistique aux pratiques observées.
3. Les apports des ouvrages lexicographiques à l’instrumentation des langues nationales
La loi n°033-2019/AN portant loi d’orientation sur la promotion et l’officialisation des langues nationales du Burkina Faso définit l’instrumentation d’une langue comme la dotation de celle-ci en outils linguistiques et en instruments de référence destinés à guider les usagers et à répondre à leurs besoins spécifiques. Il s’agit notamment de l’alphabet, des règles de transcription, des grammaires, des lexiques de base et spécialisés, des dictionnaires ainsi que des ouvrages culturels, scientifiques, techniques et technologiques.
À partir de cette définition, les ouvrages lexicographiques apparaissent comme des instruments essentiels de l’instrumentation des langues nationales au Burkina Faso. Ils permettent notamment :
- l’existence écrite de la langue à travers un système alphabétique et des règles orthographiques ;
- la fixation du sens et de l’orthographe des mots, facilitant leur usage dans l’éducation et la traduction.
3.1. Vulgarisation des travaux sur les langues nationales
De nombreux efforts ont été réalisés dans le domaine des langues nationales. Aujourd’hui, plusieurs langues sont décrites et disposent chacune d’un système orthographique standardisé. Cela a favorisé l’alphabétisation des populations ainsi que le développement de l’enseignement bilingue. Par ailleurs, la production d’ouvrages pédagogiques et la traduction de divers documents (hymne national, code de la route, code électoral, Bible, etc.) montrent que les travaux de vulgarisation de la linguistique descriptive contribuent significativement à la promotion des langues nationales au Burkina Faso. Les efforts des différents acteurs dans la promotion des langues nationales sont importants. Grâce à ces travaux, la Bible est aujourd’hui traduite et utilisée dans certaines communautés religieuses. De nombreux fidèles préfèrent d’ailleurs la lire ou l’écouter dans leurs langues maternelles lorsqu’elle est disponible. Par ailleurs, l’hymne national est connu et chanté en langues nationales par une partie de la population. Dans le domaine administratif, certaines initiatives ont permis l’utilisation des langues nationales dans les processus d’alphabétisation, notamment pour l’obtention de certains documents comme le permis de conduire. Enfin, des efforts de vulgarisation ont également concerné la traduction de textes officiels tels que la Constitution, le code électoral et la politique linguistique en langues nationales.
Cependant, il convient de reconnaître que ces efforts ne touchent pas encore l’ensemble des populations. En dehors de la traduction de la Bible, utilisée dans certaines communautés religieuses, les autres productions atteignent encore difficilement leurs publics cibles. Par ailleurs, la diffusion et la visibilité des travaux réalisés dans les langues nationales restent limitées, ce qui réduit leur appropriation par les populations. Cette situation interroge également l’efficacité des politiques de promotion et de vulgarisation mises en œuvre.
3.2. Les ouvrages lexicographiques comme outil didactique et de traduction
Les ouvrages lexicographiques dans les langues nationales du Burkina Faso sont indispensables dans les domaines de l’éducation et la traduction-interprétation. Ces ouvrages qui sont des objets culturels, de l’histoire et contribuant à construire le sens participent d’une manière considérable à la promotion des langues nationales à travers leurs utilisations pour aboutir à des projets de langues. Ceux-ci constituent un atout majeur pour un travail de qualité dans ces domaines que sont l’éducation, la traduction et de la communication.
3.2.1. Apports des ouvrages lexicographiques dans le domaine l’éducation
Dans un souci de performances du système éducatif, le Burkina Faso a adopté les langues nationales aussi bien dans le système non formel que formel. Au-delà des ouvrages purement pédagogiques et didactiques, les techniciens des langues ont élaboré des lexiques et dictionnaires traitant des langues nationales pour une école burkinabè de qualité. Ces ouvrages ont été d’un apport inestimable pour les acteurs de l’éducation dans les différents systèmes dans l’enseignement au Burkina Faso. Ceux-ci ont permis de véhiculer le savoir dans l’enseignement bilingue et dans l’alphabétisation. Ils ont également permis de créer des normes standardisées pour l’orthographe de plusieurs langues nationales du Burkina Faso. Ils ont été également en ce qui concerne les langues qui ne possèdent pas de codes orthographiques d’avoir une esquisse orthographique et ou grammaticale de la langue. Ces ouvrages sont également un véhicule de l’histoire et de la culture de différentes communautés linguistiques des apprenants.
Dans les écoles et centres d’alphabétisation, dix langues sont utilisées comme médium dans l’enseignement formel et le non formel. Il s’agit du mooré, dioula, fulfulde, dagara, lyélé, kassim, nuni, gulmancema, bissa, buamu Toutes ces langues possèdent des lexiques ou dictionnaires qui ont permis de traduire et d’adapter certains ouvrages d’alphabétisation aussi bien pour les apprenants que pour les enseignants.
3.3. Apports dans le domaine de la traduction
La traduction selon DUBOIS (2007) : « consiste à « faire passer » un message d’une langue de départ dans une langue d’arrivée. Il se différencie de l’interprétation par le fait que la traduction ne concerne que les textes écrits et l’interprétation concerne la langue parlée. »
La traduction est l’une des principales tâches d’un ouvrage lexicographique. Même si certains lexiques et dictionnaires des langues du Burkina Faso sont antérieurs à la traduction de plusieurs documents, il est important de savoir que ces outils continuent de servir à l’amélioration des traductions qui ne sont pas définitives. Les ouvrages lexicographiques au Burkina Faso ont servi à la traduction et à l’interprétation de plusieurs types de documents. On peut citer les ouvrages religieux, les documents et textes officiels, les enseignes, l’adaptation de certains ouvrages pédagogiques.
3.3.1. La traduction dans le christianisme
Les ouvrages lexicographiques ont contribué et contribuent à traduire plusieurs documents religieux. Actuellement, nous avons la traduction de la Bible, du nouveau testament et de certaines prières chrétiennes dans les langues nationales du Burkina Faso.
- La Bible a été entièrement traduite en mooré, dioula, gulmancema, San.
- Le Nouveau testament quant à lui en lyèlé, kassim, nuni, fulfulde, lobiri, marka, koronfé, dogossé, puguli, karaboro, buamu, ninkaré, cerma, dagara, birifor, dyan, kusaal, dzuungo, kaanse, siamu, turka, sicité, toussian, winyè.
- L’Ancien testament existe entièrement dans les langues suivantes : bissa, birifor, kassim, karaboro, lobiri, nuni, sisaala.
3.3.2. La traduction des ouvrages didactiques et des textes administratifs
La politique éducative au Burkina Faso recommande le bilinguisme dès les premières années pour l’enfant afin de faciliter la transmission du savoir instrumental. De nos jours, on compte plus de 271 écoles bilingues dans lesquelles les connaissances sont transmises en français, langue officielle et d’enseignement et dans une des dix langues nationales d’enseignement. Dans le domaine de l’éducation bilingue et de l’alphabétisation, plusieurs documents ont été traduits pour les apprenants et leurs enseignants. On note un manque important d’ouvrages adaptés ; ce qui pourrait aider les apprenants à apprendre leurs réalités quotidiennes.
La traduction des textes officiels ou administratifs en langues nationales du Burkina Faso :
Elle a connu une véritable évolution sous le régime de Thomas SANKARA. Celui-ci s’étant inspiré de plusieurs modèles comme ceux de la Tanzanie et du Madagascar a fait traduire l’hymne national, les lois, les décrets et les arrêtés dans l’objectif de valorisation des langues nationales. Les différents régimes qui ont succédé à celui de Thomas SANKARA ont adopté la même vision. De nos jours, au-delà de la traduction des lois, des décrets, des arrêtés et de l’hymne national, nous avons la traduction de la constitution, du code électoral et du code de la route dans certaines langues burkinabè. -La traduction et la mise en musique de l’hymne National : Cette traduction de l’hymne National afin de le chanter dans les langues du Burkina Faso a été l’initiative du régime du Président Thomas SANKARA. Cela a permis de rendre le Ditanyè, l’hymne national Burkinabè populaire et accessible à tous les citoyens du Burkina Faso. Il fut traduit et mis en musique dans 13 langues nationales. Ce travail d’experts a concerné toutes les langues qui possédaient un code orthographique à l’époque. Il s’agit du bissa, du bobo, du buamu, du dagara, du dioula, du fulfulde, du gulmancema, du kassim, du lobiri, du lyèlé, du mooré, du nuni, du san.
La constitution : L’appropriation du contenu de laconstitution, la loi fondamentale du Burkina Faso, contraint tout citoyen au respect des lois de la République. Pourtant, le nombre de locuteurs sachant lire et écrire le français au Burkina Faso est estimé à environ 20% de la population (Rapport de la francophonie sur la langue française dans le monde, 2010). Rédiger la constitution en français seulement ne permet pas aux populations de s’approprier le contenu. Les autorités burkinabè, dans un élan d’équité ont vu la nécessité de traduire cet ouvrage, socle de la démocratie dans les langues nationales du Burkina Faso, les langues que parlent les populations. C’est ainsi que sous des critères du poids démographique, de leurs configurations spatiales et de l’existence de littératures sur la langue, treize 13 langues nationales parmi les 59 que compte le pays ont été traduites afin que les populations s’en approprient le contenu. Ces langues sont le bissa, le bobo, le buamu, le dagara, de dioula, le fulfulde, le gulmancema, le kassim, le lobiri, le lyèlé, le mooré, le nuni, le san.
Le code électoral : L’objectif de tout parti politique c’est de conquérir le pouvoir politique et le conserver. Les urnes restent la plus belle manière d’atteindre cet objectif. L’équité dans les élections suppose aussi que chaque citoyen comprenne la langue dans laquelle « se fait la politique ». C’est le code électoral qui fixe les principes des urnes et des élections. Pour que les populations burkinabè, en majorité analphabètes du français s’approprient le contenu de cet ouvrage, sa traduction est une nécessité. Depuis 2016, le code électoral du Burkina Faso a été traduit en langues nationales. Cette traduction dans les trois principales langues nationales du pays (mooré, dioula, fulfulde) permet aux alphabétisés qui ne savent pas lire et écrire le français de comprendre son contenu afin de pouvoir participer au débat politique, renforcer la démocratie au Burkina Faso d’une part, d’autres part, faire la promotion de nos langues nationales.
Depuis la veille des indépendances, les langues nationales étaient déjà utilisées dans les médias au Burkina Faso. Celles-ci de nos jours interviennent aussi bien dans les médias audiovisuels que dans la presse écrite. Les professionnels des médias, dans le souci de l’efficacité utilisent les ouvrages d’ordre lexicographiques pour leurs travaux. -La presse audio-visuel en langues nationales : Selon A. BALIMA (2005), la Radio Ouaga émettait depuis la période des indépendances dans 18 langues et occupait 20% des programmes. En 1959, cette radio émettait déjà dans les trois langues à grande diffusion telles que le mooré, le dioula et le fulfulde. Les années 1960 à 1962 vont marquer sur cette chaine le « gurunsi » le lobi, le bobo, le senoufo, le bissa et le samo. L’auteur mentionne que les langues nationales à cette époque étaient utilisées pour la promotion de la santé, de l’hygiène publique, la protection de l’environnement, la scolarisation et la vaccination des enfants. C’est dire toute l’importance que les autorités de l’époque accordaient déjà à l’utilisation des langues nationales dans la communication.
Aujourd’hui, la presse audio-visuelle en langues nationales a fait des exploits. Au-delà des médias publics, les médias privés sont à encourager dans ce domaine. Ils ont très vite compris que les langues nationales dans un pays comme le Burkina Faso, où le taux d’analphabétisme est élevé sont incontournables pour l’atteinte de leur public cible. Sur le territoire national, rares sont les radios privées qui n’ont pas d’émissions en langues nationales.
L’impact des ouvrages lexicographiques sur ce domaine n’est pas facile à évaluer. Cependant, il faut reconnaitre que l’existence de ces ouvrages a non seulement facilité le travail des professionnels des médias mais surtout leur permettre d’offrir aux usagers un travail de qualité. De nos jours, toutes les composantes des médias, presse écrite, comme presse audio-visuelle, utilisent les langues nationales.
La presse écrite en langues nationales : l’utilisation des langues nationales dans la presse écrite a permis aux locuteurs des langues nationales ne sachant que lire dans les langues du Burkina Faso d’avoir accès aux journaux. Selon A. BALIMA (2005), « l’apparition de la presse écrite en langue nationale apparait comme l’antidote de la centralité de la presse écrite ».Ce dernier précise qu’en 2005 déjà, on dénombrait 23 journaux en langues nationales. De nos jours, le nombre de presse écrite en langues nationales à non seulement augmenté mais surtout, les langues concernées ont également évolué en nombre. Cela permet aux locuteurs alphabétisés de pouvoir s’informer via la presse écrite et aux paysans d’avoir certaines informations et formations à travers les journaux spécialisés dans les domaines ruraux.
La bonne traduction de documents dans les langues nationales ayant des lexiques ou dictionnaires se fait avec ces ouvrages de références lexicographiques. C’est pourquoi, les auteurs des traductions desouvrages pédagogiques et des textes administratifs se sont appuyés sur ces outils lexicographiques pour la qualité de leurs productions. Même si la qualité de certains de ces ouvrages lexicographiques est à revoir, il faut reconnaitre qu’ils sont d’un apport inestimable pour ces travaux. Ils contribuent ainsi à la vulgarisation des langues nationales burkinabè.
4. Les limites des ouvrages lexicographiques dans l’instrumentation des langues nationales
Malgré leur rôle central dans l’instrumentation et la promotion des langues nationales au Burkina Faso, les ouvrages lexicographiques présentent certaines limites qui réduisent leur impact réel auprès des populations.
4.1. Une faible vulgarisation des ouvrages lexicographiques
Le Burkina Faso compte un nombre important d’ouvrages lexicographiques. Selon Bakouan (2023 : 146), on dénombre 24 dictionnaires répartis dans 14 langues nationales : 6 pour le mooré, 3 pour le gulmancema, 2 pour le fulfulde, 2 pour le ninkaré et 2 pour le karaboro, ainsi qu’un dictionnaire pour chacune des langues suivantes : sisaala, toussian, tamasheq, bissa, bobo, dogossé, kassem, koromfé et kusaal.
En ce qui concerne les lexiques, il en existe 37 couvrant 17 langues nationales. Il s’agit du bissa, du cerma, du dagara, du dioula, du Dzùùngo, du gulmancema, du kaansa, du kassim, du lobiri, du lyèlé, du marka, du mooré, du ninkaré, du san, du sambla, du sisaala et du curama (Bakouan, 2023 : 44).
Malgré ce nombre important d’ouvrages lexicographiques et d’autres outils de référence dans plusieurs langues, ces ressources restent insuffisamment connues du grand public. Les populations sont peu informées de leur existence, ce qui limite fortement leur utilisation dans les pratiques quotidiennes, éducatives et professionnelles. Par ailleurs, même lorsque ces ouvrages sont connus, leur exploitation reste faible. Ainsi, à l’exception de certains domaines tels que la traduction biblique et la recherche, la majorité des productions lexicographiques atteint difficilement ses publics cibles.
4.2. Une accessibilité limitée pour les populations
Les établissements scolaires et universitaires au Burkina Faso souffrent, de manière générale, d’un manque de documents didactiques. Plus préoccupant encore est le déficit de ressources traitant de la culture locale, y compris les ouvrages lexicographiques. Ces derniers demeurent peu accessibles, même dans les établissements bilingues et les centres d’alphabétisation, où les besoins en outils linguistiques sont pourtant importants, sans parler des établissements classiques. Ces ouvrages ne sont pas seulement peu utilisés par les apprenants, ils sont surtout inconnus de beaucoup d’entre eux. Leur production, leur distribution et leur vulgarisation restent insuffisantes, ce qui crée un décalage entre les efforts de production et l’usage effectif de ces outils.
4.3. Une couverture linguistique encore incomplète
Une autre limite importante réside dans le fait que toutes les langues nationales du Burkina Faso ne disposent pas encore d’ouvrages lexicographiques. En effet, si certaines langues bénéficient de dictionnaires et de lexiques, d’autres restent peu ou pas documentées. On dénombre seulement 17 langues disposant de lexiques et 14 langues dotées de dictionnaires. Cette inégalité linguistique freine une promotion équitable des langues nationales et limite la généralisation de l’instrumentation linguistique à l’ensemble du pays.
4.4. Une insuffisance des ressources numériques et des technologiques
La rareté des ressources numériques en langues nationales au Burkina Faso constitue un défi majeur pour leur standardisation, leur diffusion et leur appropriation dans un environnement de plus en plus numérisé. En effet, sur les 59 langues que compte le Burkina Faso, seules quelques-unes, notamment le mooré, le dioula, le fulfuldé, le gulimancema, le kassim, le ninkare, le kusaal, le winye, le cerma, le karaboro, le toussian, le buamu, le bobo mandaré, le sisaala et le dogossé, disposent actuellement de bases terminologiques en ligne, d’ouvrages lexicographiques accessibles sur Internet ou encore d’applications lexicographiques numériques. Même si la qualité scientifique et technique de certaines de ces ressources reste encore perfectible, elles contribuent néanmoins à la vulgarisation et à la visibilité des langues nationales au-delà des frontières du pays.
Par ailleurs, ces outils numériques demeurent insuffisamment diffusés et peu connus des populations, ce qui limite leur utilisation effective dans les domaines de l’éducation, de la communication, de la recherche et de la valorisation culturelle. Cette situation met en évidence la nécessité de renforcer la production, la modernisation et la vulgarisation des ressources numériques en langues nationales afin de favoriser leur intégration dans les dynamiques actuelles de transformation numérique et de développement endogène.
4.5. Une exploitation insuffisante des acquis
Bien que l’État consente des investissements importants dans la production et la traduction de documents, la conception et l’exploitation des ouvrages lexicographiques demeurent en deçà des attentes. Dans plusieurs secteurs, notamment l’éducation, l’administration et les médias, leur usage reste partiel, voire quasi inexistant dans le domaine éducatif. Cette sous-utilisation limite leur contribution à la normalisation linguistique, à l’appropriation des langues par les populations, ainsi qu’à leur préservation pour les générations futures.
Conclusion
Les ouvrages lexicographiques jouent un rôle central dans l’instrumentation des langues nationales au Burkina Faso. Ils contribuent à la codification orthographique, à la fixation du sens des mots et à la standardisation des usages, facilitant ainsi leur enseignement, leur traduction et leur diffusion dans les médias. Dans l’éducation, ils soutiennent l’alphabétisation et l’enseignement bilingue, tandis que dans la traduction, ils rendent accessibles divers textes religieux et administratifs aux populations. Cependant, ces ouvrages présentent des limites dans le processus d’instrumentation des langues, lesquelles méritent d’être levées. Il s’agit notamment de leur faible vulgarisation, de leur accessibilité réduite, d’une couverture linguistique incomplète ainsi que de leur sous-utilisation dans les pratiques éducatives et sociales. Il en résulte un décalage entre les efforts de production de ces outils et leur usage réel sur le terrain. C’est pourquoi, leur intégration effective dans les différents secteurs de la vie nationale, surtout dans l’éducation, doit être une priorité afin d’en renforcer l’impact et de favoriser une meilleure appropriation des langues nationales par les populations.
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