Le procès relatif au détournement présumé de fonds au ministère de l’Action humanitaire a repris ce samedi 28 février 2026 au Tribunal de grande instance Ouaga 1.
Hier, les débats s’étaient prolongés tard dans la soirée avec l’audition du prévenu Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo. Poursuivi pour complicité de détournement de deniers publics, il avait contesté les faits et qualifié de « faux » une décharge l’impliquant dans le détournement présumé de 50 millions F CFA. Ce document, portant une signature présentée comme la sienne, mentionne qu’il a perçu ladite somme des mains de Mme Bamba.
À la barre, le prévenu a juré n’avoir qu’une seule signature depuis 1990, qu’il utilise « en toute circonstance ». Son conseil, soulevant un incident de faux, a produit plusieurs pièces destinées à démontrer l’unicité de cette signature dans les actes de son client.
Pour procéder à une vérification, le tribunal a souhaité comparer la signature figurant sur la décharge avec celle apposée sur le procès-verbal d’instruction. Or, aucune signature complète du prévenu n’a été retrouvée sur le document. Interrogé, Ismaël Ouédraogo a affirmé ne pas avoir signé les procès-verbaux, mais seulement les avoir paraphés, expliquant que l’espace réservé à la signature était trop étroit et qu’il avait agi ainsi avec l’autorisation du juge. Le tribunal a alors instruit le greffier d’instruction du cabinet n°3 de fournir des éclaircissements.
À l’ouverture de l’audience ce matin, la réponse du greffier est parvenue au tribunal et a été communiquée aux parties. Celui-ci indique qu’Ismaël Ouédraogo a bien signé les procès-verbaux, à l’instar des autres prévenus, et ne s’est pas limité à un simple paraphe.
Après examen des signatures figurant sur les procès-verbaux et celles produites par la défense, l’Agent judiciaire de l’État (AJE) a invité le tribunal à rejeter l’exception de faux soulevée par le conseil du prévenu. Selon lui, la signature apposée sur le procès-verbal diffère de celle figurant sur les documents versés par la défense, ce qui tendrait à démontrer que le prévenu utilise au moins deux signatures.
« Si le prévenu a deux signatures, rien ne prouve qu’il n’en a pas trois. Et dans ces conditions, rien ne permet d’exclure que la signature figurant sur la décharge soit la sienne. L’argument selon lequel il n’aurait qu’une seule signature doit donc être rejeté », a soutenu l’AJE.
Cette position a été appuyée par le conseil du REN-LAC, le procureur et les avocats des autres prévenus, qui ont développé des arguments similaires. Le parquet a, en outre, relevé l’existence d’une autre signature encore différente sur un accusé de réception établi lors de l’enquête préliminaire.
Pour certains conseils des co-prévenus, le constat est sans équivoque : le prévenu dispose de signatures « circonstancielles ». D’autres ont suggéré de joindre l’exception au fond et de poursuivre les débats.
Le conseil d’Ismaël Ouédraogo a vigoureusement contesté ces analyses. Selon lui, même à supposer que son client utilise plusieurs signatures, rien ne démontre que celle figurant sur la décharge litigieuse soit authentique. Il propose qu’une expertise graphologique soit ordonnée afin de déterminer si l’écriture et la signature sont bien celles de son client.
Le tribunal a finalement décidé de surseoir à l’examen de l’incident de faux, dans l’attente de la comparution de Mme Bamba, encore absente dans la salle.
L’audience se poursuit avec Laure Zongo/Hien à la barre.
Oumarou KONATE
Minute.bf






