lundi 2 mars 2026
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Nakambé : Après 2 ans d’offensive, la vie reprend son cours dans une trentaine de localités reconquises

D’immenses territoires, jadis transformés en cimetières à ciel ouvert sous la férule des groupes terroristes, ont été arrachés à l’ombre, stabilisés, puis rendus à la lumière. Dans la région du Nakambé, le pouls de la reconquête bat fort et clair. Sur la Route nationale 13 (RN13), comme sur les pistes poussiéreuses qui serpentent vers la frontière ghanéenne, les populations renouent avec leurs terres. Les rires des enfants ont remplacé les murmures de la peur dans les salles de classe. Les mamans ont redéplié leurs étals, et les centres de santé ont rouvert leurs portes à la vie. Le 61e Régiment d’infanterie commando (RIC), le 30ème Bataillon d’intervention rapide (BIR 30) et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) ont réussi le pari de « réinstaller 27 localités entre 2023 et 2025 ». Une immersion réalisée au cœur de ces territoires, montre des localités qui reviennent de l’enfer, là où la vie a vaincu la mort tel le phénix qui renaît de ses cendres.

Jeudi 12 février 2026. Le convoi s’engage sur la Route nationale 13 (RN13). Le ruban d’asphalte, autrefois déserté par les vivants, vibre désormais sous un trafic régulier. Le vrombissement des moteurs a couvert pour de bon le bruit sec et funeste des kalachnikovs.

La RN13 était coupée. Aujourd’hui le trafic a repris

Les conducteurs de poids lourds, la main sur le klaxon, se saluent comme de vieux loups de mer après avoir traversé la tempête. C’est ce bruit-là, ce tumulte du commerce et des échanges, qui annonce la couleur. Ici, l’État a repris sa place.

De la reconquête à la consolidation

Il y a seulement trois ans en arrière, le paysage était tout autre à seulement une vingtaine de kilomètres après Tenkodogo sur la RN13. Emprunter cette route pour rallier des villages relevait de l’inconscience. Ce tronçon semblait être avalé par l’ombre et la peur.

Des localités entières de cet axe stratégique pour le négoce étaient tenues sous silence par les groupes terroristes. Des villages, vidés de leurs âmes, n’étaient plus que des coquilles vides. Le décor n’était plus que des commerces, bouches cousues, des écoles, yeux murés, des centres de santé, cœurs arrêtés. Aujourd’hui, cette même route, longeant plusieurs villages a changé de visage. Ce ne sont plus les fantômes de la peur qui l’habitent mais la vie qui reprend de plus belle.

Grâce aux Forces combattantes le drapeau flotte à nouveau sur les localités du Nakambé

Lire aussi : Reconquête du territoire national : Le vent de la paix souffle à nouveau dans le Djôrô et le Tannounyan

L’objectif des terroristes, nous confie une source sécuritaire, était d’encercler méthodiquement les zones stratégiques, d’étendre leur emprise comme une gangrène jusqu’au cœur des villes. « Si nous n’avions pas mis fin à cette saignée, la ville de Tenkodogo elle-même allait sombrer », a-t-il soufflé.

Pour preuve, le constat en 2023 était alarmant. « Les localités tombaient comme un château de cartes. L’axe Tenkodogo-Cinkansé était une artère vidée de son sang. Nous arrivions dans des villages où il ne restait plus rien, pas même un chien. Leur but était de nous étouffer », a confié la source sécuritaire.

L’école primaire à rouvert

En deux ans d’offensive acharnée, le 61ème Régiment d’infanterie commando, le Bataillon d’intervention rapide (BIR 30) et les VDP, ont inversé le cours du fleuve. « Nous sommes partis de zéro », se souvient notre source sécuritaire. Elle assure qu’« aujourd’hui, près de 75 % du territoire jadis occupé par les terroristes est stabilisé et réinstallé ». « 27 localités ont été arrachées à l’emprise des terroristes », a confirmé notre source sécuritaire, qui martèle : « si nous n’avions pas stoppé l’hémorragie, certaines villes n’auraient peut-être pas tenu ».

De la peur à la présence

Kala (nom d’emprunt), est un village situé à une trentaine de kilomètres de Tenkodogo en plein cœur de la RN13. Ici, en 2023, le drapeau de la peur flottait sur chaque case.

Aujourd’hui, le village est une halte prisée, un poumon qui se gonfle à nouveau de vie. L’école primaire, muette pendant des mois, bruite à nouveau des récitations d’écoliers et des sons de cloche. À côté, le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) a rouvert ses portes, attirant vers lui femmes, enfants et hommes des hameaux alentour.

Nakambé : L’axe de la mort, voici comment les FDS ont pris le dessus sur les territoires

Au bord de la route, un vieillard, rescapé de l’exode, contemple le ballet des véhicules. Il ferme les yeux et le passé lui revient en mémoire. « Les hommes armés sont venus un jour. Ils nous ont donné sept jours pour partir. Si vous êtes encore là à notre retour, ce sera la fin », ont-ils dit. Ils sont revenus, et nous avons fui. Ils sont revenus plus tard, ont emporté six jeunes et nos troupeaux. Il ne nous restait que les poules. Alors nous avons tout quitté », se souvient ce vieillard.

Un vieillard satisfait d’être de retour chez lui

Il marque une pause, le regard perdu, puis un sourire éclaire son visage buriné. « Aujourd’hui, nous vivons mieux. Nous cultivons nos champs, nous vendons au marché. La peur n’est plus. Les FDS et les VDP sont là, ils veillent sur nous comme sur leurs propres enfants », s’est-il réjoui.

Bassa (nom d’emprunt d’un village), la porte de la résilience

Plus loin, à plusieurs kilomètres de Tenkodogo, près de la frontière ghanéenne, se trouve le village de Bassa. Le nom lui-même résonnait comme un avertissement. La piste qui y mène était un chemin de croix, une porte dérobée pour les terroristes. S’y aventurer, c’était signer son arrêt de mort.

L’axe est de nouveau praticable et le village réinstallé

Aujourd’hui, cette même piste est une artère vivante. « Bassa, c’est là que tout a commencé, là que la reconquête a planté son premier drapeau », nous confie notre source sécuritaire.

Le chef du village content de retrouver sa population

Sous l’arbre à palabres, l’œil humide, le chef du village contemple l’horizon, entouré des populations. Il mesure le chemin parcouru, un chemin de croix et de résurrection. « Nous pensions ne plus jamais revoir notre village autrement qu’en songe. Nous étions partis en laissant tout derrière nous. En revenant, nous avons retrouvé nos cases et le bruit des enfants. C’est comme si le village s’était réveillé d’un cauchemar », a-t-il souligné.

À ses côtés, l’imam du village acquiesce, la voix empreinte d’émotion. « Pas de tristesse, non. De joie. Une joie immense. Chaque appel du muezzin ici est une grâce », a-t-il confié.

La vie a repris son cours

Cette joie, elle se lit aussi sur le marché hebdomadaire qui a retrouvé ses couleurs et ses odeurs. Les étals débordent de céréales, de légumes et de produits venus du Ghana voisin.

A. Z., une restauratrice traduit sa joie de retrouver son village. « Les clients traversent à nouveau la frontière. C’est la preuve que la confiance est revenue. Nous revivons », a-t-elle laissé entendre avec joie.

Réinstallées depuis à peine 45 jours, les populations reprennent progressivement leurs repères. Un peu plus loin, B. A., un boutiquier, range ses marchandises. « J’ai tout perdu quand j’ai fui. Tout. Aujourd’hui, j’ai tout recommencé. Parce que Back est de retour », se réjoui-t-il.

N. Z., elle, n’a pas oublié le jour de son départ. « Ce jour-là, je cuisinais. Je suis sortie pour acheter du haricot. Puis les coups de feu ont éclaté. J’ai tout laissé, je suis rentrée en courant. C’était la fin. Nous avons fui », raconte-t-elle.

Les commerce ont rouvert dans ce village

Aujourd’hui, elle est de retour derrière son fourneau. « Nous vivons paisiblement. Nous remercions du fond du cœur les FDS et les VDP pour leurs sacrifices de chaque instant. Nous remercions le Capitaine Ibrahim Traoré, qui nous a donné les moyens de revenir. À tous ceux qui sont encore partis, nous leur disons revenez. Bassa est de nouveau chez nous », a-t-elle lancé.

Il convient de préciser que de 2023 à 2025, ce sont une trentaine de localités de la région du Nakambé qui ont été récupérés, réinstallées et consolidées. Le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouedraogo l’a rappelé le 30 janvier 2026. À l’échelle nationale, 442 villages ont été libérés, des centaines d’écoles et de structures sanitaires ont rouvert leurs portes.

Les Forces combattantes ont inversé la dynamique dans la guerre contre l’hydre terroriste

NB : Pour des raisons de sécurité, des noms d’emprunt ont été utilisés et certains visages volontairement dissimulés.

Lire aussi : Reconquête du territoire et souveraineté alimentaire: l’ESRI II de Bondokuy emblave 43 hectares pour renforcer la résilience nationale

Mathias KAM
Minute.bf

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