Le Laboratoire Langues, Discours et Pratiques Artistiques (LADIPA) de l’Université Joseph Ki-Zerbo a lancé, ce jeudi 13 novembre 2025, un colloque scientifique international en hommage au poète burkinabè Jacques Boureima Guégané. Placée sous le thème « Colloque international en hommage au poète burkinabè Jacques Boureima Guégané : l’homme et son œuvre », cette rencontre académique vise à célébrer une figure majeure de la poésie burkinabè et à mettre en lumière son apport à la littérature nationale.
Homme de lettres et de culture, Jacques Boureima Guégané compte parmi les pionniers de l’enseignement et de la diffusion de la poésie au Burkina Faso. Il est le premier Burkinabè à avoir publié un texte poétique, en 1971, intitulé Le Pays disparu, dans le numéro 78 de la célèbre revue Présence africaine. Cette publication lui a valu d’être invité, en 1973, à la commémoration de la 5e conférence des écrivains d’Afrique et d’Asie en Union soviétique.

Outre ce poème, il est l’auteur de huit recueils parmi lesquels Nativité (1977), La Guerre des sables (1979), L’An des criquets (2001), En mémoire d’un tambour de guerre (2003), Chanson du mal inconnu (2004), Du yin et du yang suivi de Chant que seront la pierre et l’os (2009), Terres promises 1 (2016) et Terres promises 2 (2017). À cela s’ajoutent quinze poèmes inédits, dont Pour une préface de festival (1966), Conte que fut l’aveugle-né (1967), Chant des rois-mendiants (1969) et Histoires des pensées perdues (1970), entre autres.
Sur le plan administratif, l’homme auquel le LADIPA rend hommage a occupé plusieurs hautes fonctions : directeur de la Culture au ministère de l’Éducation nationale et de la Culture (1977-1981), directeur du Centre régional d’action culturelle – organe de formation de l’Institut culturel africain – à Lomé (1981-1986), conseiller technique au ministère de l’Information et de la Culture (1988-1992), puis attaché de mission au Premier ministère jusqu’en 1994. Il a été admis à la retraite le 31 décembre 1994.

Au Burkina Faso, ses œuvres ont inspiré plusieurs générations de chercheurs, d’étudiants et de passionnés de poésie. De nombreuses thèses et mémoires de recherche ont d’ailleurs été consacrés à ses recueils.
Saluant la portée de son œuvre, le Professeur Sidiki Traoré, responsable du LADIPA, a décrit Jacques Boureima Guégané comme « un grand homme de lettres et de sciences, dont les œuvres ont profondément marqué la poésie burkinabè ». Et d’ajouter : « Jacques Boureima Guégané, c’est un pionnier et un éclaireur en matière d’écriture poétique au Burkina Faso. Il mérite que nous lui rendions hommage, car trop souvent, nous honorons des héros venus d’ailleurs en oubliant les nôtres. Jacques Boureima Guégané sera le Victor Hugo que nous voudrions qu’il soit. »

Pour le Pr Traoré, l’œuvre de Guégané constitue une source de résilience et de motivation dans un contexte de grandes difficultés comme celui que traverse actuellement le Burkina Faso. « Son œuvre reste d’actualité, notamment L’An des criquets et La Guerre des sables, qui évoquent la sécheresse des années 1974-1976 et l’invasion acridienne. Sa poésie montre que les épreuves ne sont pas une fatalité et qu’on peut les surmonter par la résilience. », a-t-il dit.
Le président du comité d’organisation, Dr Noël Sanou, a précisé que ce colloque international réunit des chercheurs, des enseignants-chercheurs et des hommes de lettres venus de plusieurs pays d’Afrique et d’ailleurs pour célébrer l’œuvre du professeur Guégané. Pendant ces 72 heures, des communications plénières, ateliers thématiques et panels sont au programme, ainsi que la réédition de deux de ses œuvres majeures.

Prenant la parole, le Pr Jacques Boureima Guégané a exprimé sa profonde reconnaissance à ses collègues du LADIPA pour cet hommage. Il s’est dit touché par cette marque de considération pour l’ensemble de son œuvre. « L’hommage qui m’est ici rendu, je le restitue à tous mes collègues, à tous ceux qui ont toujours été à mes côtés durant ces longues années. Car sans eux, je n’aurais pas été ce que je suis. », a-t-il affirmé.
Pour information, au-delà de sa riche bibliographie, Jacques Boureima Guégané est aussi une figure engagée du monde littéraire burkinabè. Il est membre fondateur de la Mutuelle pour l’Unité et la Solidarité des Écrivains (MUSE) aux côtés de Patrick G. Ilboudo, Jacques P. Bazié, Norbert Zongo et Assomwin Ignace Hien. Son engagement se poursuit au sein de la Société des Auteurs, des Gens de l’Écrit et des Savoirs (SAGES), de l’Association des Éditeurs du Burkina Faso (ASSEDIF) et à la tête de sa propre maison d’édition, Les Éditions Découvertes du Burkina.

Homme d’action, il a également marqué l’administration culturelle en siégeant à deux reprises au Conseil d’administration du Bureau Burkinabè des Droits d’Auteur (BBDA) et en présidant le Centre de développement chorégraphique La Termitière pendant six ans. Ses contributions lui ont valu plusieurs distinctions : CALAM d’honneur (2014), Personnalité culturelle de l’année (2016), Trophée d’hommage à la Nuit des Trésors du Faso (2017), Ambassadeur du BBDA en littérature (2019) et Prix fédéral des lettres (2023). Il a été également fait Officier dans l’Ordre des Palmes académiques de la République française et Commandeur de l’Ordre du Mérite des Arts, des Lettres et de la Communication du Burkina Faso.
Oumarou KONATE
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