jeudi 30 avril 2026
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SNC 2026 : Au village des communautés, les Korombas revendiquent leur identité d’autochtones

La 22e édition de la Semaine nationale de la culture (SNC) bat son plein dans la belle cité de Sya. Pour la première fois de leur histoire, les Korombas marquent leur présence à ce grand rendez-vous de la culture burkinabè. Leur objectif est clair : présenter au monde la richesse de leur patrimoine et faire reconnaître la singularité de leur identité.

Il s’agit de la toute première participation de la communauté Koromba à la SNC. Et si elle a décidé de marquer sa présence à cette fête de la culture, ce n’est pas de façon anodine. Elle dit vouloir dévoiler un pan encore méconnu de sa culture, mais aussi à revendiquer une identité que, selon elle, la société tend trop souvent à assimiler à d’autres communautés.

Une vue de quelques objets traditionnels des Korombas

Sur leur stand, la diversité culturelle est frappante. Tresses traditionnelles, coiffures des femmes mariées, des femmes célibataires ou encore des jeunes filles, mélogo, soupe de grenouilles, objets d’art et tenues traditionnelles composent l’essentiel des produits exposés. À cela s’ajoutent des ouvrages et publications consacrés à leur groupe ethnique ainsi qu’à leur langue, le koromfé.

« Nous sommes aussi venus avec des banderoles où nous présentons les royaumes des korombas au Burkina, notamment le royaume de Karo, dont la capitale est Arbinda, le royaume du Pella, dont la capitale est Toulfè, le royaume du Loroum, dont la capitale est Pobe-Mengao, et le royaume du Tera, dont la capitale est Bourzanga. Dans ces royaumes, nous avons quatre rois. Nous sommes venus présenter à tous le Burkina Faso qui est le Koromdo, qui sont les korombas. », a déclaré Issa Badini, tenant du stand Koromba. Ce vaste espace, précise-t-il, est appelé le « Koromwende ».

Un aperçu des tresses traditionnelles Korombas

Au-delà de ces éléments culturels, la communauté a également exposé, pour cette première participation, le bâton de commandement du chef de terre d’Arbinda, dans le Karo. « Le chef de terre, c’est celui qui prépare le royaume. C’est celui qui est censé défendre le royaume. C’est celui qui est censé connaître les problèmes qui vont arriver. Et il peut prévenir, il peut également guérir. », explique M. Badini.

« Au Burkina Faso, nous sommes les autochtones »

Dans le même registre, des objets intrigants attirent l’attention des visiteurs : des bouteilles contenant des éléments qui, en apparence, ne pourraient pas y entrer. Un savoir-faire aux allures mystiques, dont la communauté semble détenir le secret. « Ces bouteilles ne sont pas ordinaires. Il y en a de trois modèles. Il y en a pour se défendre. Il y en a pour se protéger. Il y en a pour envoûter. Ce sont des exemples que nous avons amenés. », précise-t-il.

La communauté a exposé le bâton de commandement du chef de terre de Arbinda

Si les Korombas ont choisi de participer à cette édition de la SNC, c’est aussi pour affirmer leur identité culturelle et mettre fin aux nombreuses tentatives d’assimilation dont ils disent être victimes. Selon Issa Badini, il est fréquent que leur communauté soit privée de sa spécificité culturelle et de sa signature authentique. Pourtant, soutient-il, les Korombas sont les peuples autochtones du Burkina Faso.

« Très longtemps, on nous a assimilé soit à des Mossés, soit à des Peulhs, soit à des Yarsés, soit à des Gourmantchés. Or, au Burkina, les Korombas sont les autochtones. Nous sommes les premiers à s’installer au Burkina Faso, depuis les années 700. Et la plupart des chefs, des rois, coutumiers que vous avez au Burkina, leurs chefs de terre, ce sont des Korombas. », a-t-il affirmé.

Les pagnes traditionnels Korombas

Il précise par ailleurs que le terme « Koromba » désigne le groupe ethnique dans son ensemble, à l’intérieur duquel chaque composante possède ses propres spécificités. On y retrouve notamment les Nyonyonsés, connus pour leurs capacités de guérison et de prédiction.

« C’est d’ailleurs pour cela qu’on les appelle des Nyonyonsés. En fait, c’est une expression qui a été déformée avec le temps et ça semble être le nom d’une ethnie ou d’une famille. Les Nyonyonsés sont des Korombas. Ce sont eux les chefs de terre des Korombas. Le Koromfe est la langue parlée. Et quand vous entendez Koromba, c’est dans notre langue. Ça veut dire rassembleur. », a ajouté M. Badini.

« Nous sommes des Korombas et nous voulons qu’on nous appelle partout Korombas » (Issa Badini)

Profitant de cette tribune, il a lancé un appel à l’ensemble des communautés pour mettre fin aux assimilations et à l’attribution de noms extérieurs aux Korombas. « Au Mali, on nous appelle Telem. Telem, ça veut dire autochtones. Dans le pays Gourmantché, on nous appelle Koromwende. Ça veut dire c’est les gens d’avant-avant. Chez les Peulhs, on nous appelle des Kurume. Ça veut dire les gens du commencement. Les Mossés nous appellent Fulse. Nous souhaitons qu’à partir de cette SNC, les différents noms attribués à notre ethnie dans d’autres langues soient stoppés. Nous sommes des Korombas et nous voulons qu’on nous appelle partout Korombas. », a-t-il plaidé.

Pour rappel, au Burkina Faso, les Korombas s’identifient notamment à travers les patronymes Maïga, Badini, Sawadogo, Konfé, Ganamé, Korogo, Badini, Ouya, Dalaba, Koura, Boéna, Younga, Tao, Boundaba, Zina, Niampa, Zarei, Nacanabo, entre autres.

Oumarou KONATE et Franck Michaël KOLA

Minute.bf

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