Saint-Valentin à Ouagadougou : Entre preuve d’amour et pression du cadeau, les avis divergent

Février, mois de l’amour, s’installe avec son lot de déclarations passionnées, de surprises romantiques et de vitrines décorées aux couleurs rouge et blanc. À l’occasion de la Saint-Valentin, l’engouement est palpable : chacun cherche le cadeau idéal pour témoigner son affection à l’être aimé. Fleurs, chocolats, dîners en tête-à-tête… les idées ne manquent pas. Mais au-delà des présents matériels, une question demeure : offrir un cadeau est-il réellement une preuve d’amour ou simplement une tradition dictée par la société ? Pourquoi aujourd’hui, malgré les démonstrations publiques d’amour, les séparations semblent-elles plus fréquentes ? Pour en savoir plus, Minute.bf est allé à la rencontre des Ouagalais ce vendredi 13 février 2026.

La Saint-Valentin cristallise à la fois espoir, attentes, preuves de romantisme mais est souvent source de tensions. Si pour certains le cadeau demeure un symbole nécessaire, pour d’autres, il ne saurait remplacer la sincérité, la fidélité.

Pour Jonathan Yanogo la Saint Valentin doit aller au-delà du cadeau

Jonathan Yanogo, vendeur de téléphones, dans la vingtaine, est pour sa part sceptique sur la question. Pour lui, la Saint-Valentin n’est pas une référence en matière d’amour. « Nos grands-parents ne parlaient pas de Saint-Valentin, mais ils vivaient bien leur amour. Aujourd’hui, certaines filles disent que si tu ne donnes pas de cadeau, c’est que tu n’aimes pas. Pourtant, donner un cadeau, ce n’est pas l’amour. L’amour va au-delà de ça », affirme-t-il.

M.Yanogo estime que cette fête serait davantage adaptée aux couples engagés dans le mariage qu’aux relations encore fragiles. Selon lui, la pression autour des cadeaux peut même fragiliser certains couples. « Tu peux avoir une fille qui t’aime sincèrement, mais si un autre vient avec un cadeau plus grand, tout peut changer », regrette-t-il.

Marie Nikiema pense que la Saint Valentin n’est pas une véritable démonstration d’amour

Même son de cloche chez Marie Nikiema, réparatrice de téléphones dans la trentaine. Pour elle, la Saint-Valentin relève davantage d’une habitude annuelle que d’une véritable démonstration d’amour. « Nos grands-parents ne fêtaient pas la Saint-Valentin, mais ils vivaient le vrai amour. Aujourd’hui, parler de cadeau peut devenir une source de dispute. Si l’un offre et que l’autre ne le fait pas, cela crée un sentiment de négligence », fait-elle remarquer.

Pour Marie Nikiema, le plus important, ce sont les sentiments sincères et le respect mutuel. « Quand j’étais jeune, même si mon copain ne m’offrait rien, cela ne me dérangeait pas. C’est son amour qui comptait », confie-t-elle.

De son côté, Pierre Valéan, commerçante de 45 ans, considère que la Saint-Valentin ne devrait pas se limiter aux couples. « C’est une fête d’amour rapproché : père, mère, enfants… un amour pour tout le monde », pense-t-elle.

Elle déplore cependant la fragilité croissante des unions. Selon elle, beaucoup de mariages échouent parce que les conjoints ne prennent plus le temps de se connaître avant de s’engager. « On se croise quelques jours, on entre dans le foyer, et on se rend compte que ce n’est pas ça », regrette-t-elle. Pour illustrer son propos, Pierre Valéan utilise une image forte. « Quand l’araignée tisse sa toile, on pense que c’est au hasard. Pourtant, malgré le vent et la tempête, elle reste accrochée », a-t-il fait noter, pour dire que s’unir, c’est s’accepter dans la joie comme dans la peine.

Rahim Ajao soutient que quand on aime on doit le prouver et cela peut passer par des cadeaux

À l’inverse, Rahim Ajao, commerçant au Grand marché de Ouagadougou, voit les choses autrement. Il observe un réel enthousiasme autour de la fête. « Les hommes et les femmes sont motivés. Les gens sont amoureux. Pour moi, si tu aimes une personne, tu dois le prouver, même avec un petit cadeau. Ce n’est pas une question de moyens, mais de geste », soutient-il.

M. Ajao estime que les générations passées vivaient l’amour différemment, faute d’ouverture sur le monde. Toutefois, il reconnaît que les défis actuels du mariage sont nombreux, notamment liés à l’évolution du niveau d’instruction et des mentalités.

Entre pression sociale et désir sincère de faire plaisir, la Saint-Valentin révèle les tensions d’une société en pleine mutation. Si le cadeau peut symboliser l’attention, il ne saurait combler l’absence de respect, de dialogue et de patience. Car au final, l’amour durable ne s’achète pas, il se construit.

Lire aussi➡️Fête des amoureux : Les dessous et la Saint Valentin

Sakinatou ZOUNDI et Corinne SAWADOGO (Stagiaire)
Minute.bf

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