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vendredi 30 septembre 2022

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« Procès politique » du putsch manqué ? : « C’est du bla bla » (Me Prosper Farama)


Le général Gilbert Diendéré, présumé cerveau du coup d’Etat manqué de septembre 2015, a été reconnu coupable des faits d’attentat à la sureté de l’Etat, coups et blessures volontaires, incitation à commettre des actes contraires à la discipline à l’issue du procès qui a duré quelque 18 mois. Ce sont ces infractions qui lui ont valu la « peine lourde » de 20 ans de prison ferme. L’unique général de la Gendarmerie, Djibril Bassolé écope de 10 ans ferme pour avoir été reconnu coupable des faits de « trahison ». Un procès marathon qui a fini par rendre son verdict le lundi 2 septembre 2019 au tribunal militaire de Ouagadougou délocalisé pour la circonstance dans la somptueuse Salle des fêtes de Ouaga 2000.

Me Olivier Yelkouni estime que la peine retenue contre son client est lourde

Les conseils du général Diendéré vont-ils faire appel de la décision du tribunal militaire à l’encontre de leur client ? A cette question qui lui est posée, Me Olivier Yelkouni, l’un des conseils du général deux étoiles déchu aujourd’hui de ses décorations obtenues de par le passé, explique que cette option n’est pas exclue mais sera avisée avec leur client. Contrairement à la peine à perpétuité requise contre le général Diendéré par le parquet militaire, le tribunal sanctionne l’accusé d’une peine de 20 ans. Cette peine, à écouter Me Yelkouni, est bien lourde car pour lui, « il n’y a pas une peine de privation de liberté qui est bonne à prendre ». « Même un an de prison ferme, ce n’est pas bon à prendre parce que le bien le plus cher de l’homme c’est sa liberté », soutient-il.

« Faire et assumer ce n’est pas la même chose »

Pour Me Mathieu Somé de la défense du général Diendéré, ce procès est « ostensiblement politique »

Me Mathieu Somé, un des conseils de Diendéré, reste toujours sur sa position selon laquelle il n’y pas lieu ici de parler de coup d’Etat parce que le régime de la transition, pour lui, « n’était pas légal ». « L’article 167 de la constitution dit que tout pouvoir légal doit tirer sa source de la constitution. Alors, tout pouvoir qui ne tire pas sa source  de la constitution est illégal. Or, le pouvoir qui était en place au moment des faits était assis sur une charte et non la constitution » a-t-il développé avant d’affirmer que ce procès « est un jugement ostensiblement politique ».

L’avocat pense aussi qu’une stratégie a été mise en place tout au long de ce procès pour « affaiblir la défense des accusés en déclarant irrecevable la constitution d’avocat et autre ». Tous les principes d’expertise et de perquisition, a-t-il martelé, ont été violés.

Aussi, prenant l’exemple sur le Zimbawé où des militaires ont « chassé » le président Robert Mugabe du pouvoir en novembre 2017, l’homme à la robe noire rappelle que le vice-président Emmerson Mnangagwa avait été appelé à assumer la situation. « Donc faire et assumer ce n’est pas la même chose », a-t-il déduit.

« Une victoire pour la démocratie »

Pour Aziz Dabo de la NAFA, Djibril Bassolé n’avait rien à voir dans ce procès du putsch manqué

Ce procès est-il politique ? Si pour Me Mathieu Somé, ce procès est « ostensiblement politique », pour Me Prosper Farama de la partie civile, « c’est du bla bla ». « Si des gens ont l’audace de prendre les armes, au nom de leurs intérêts personnels et d’assassiner des filles et des fils de ce pays, et oser dire que c’est un procès politique, moi je suis pour le procès politique. Parce qu’à leur temps, ils n’ont donné aucune chance à ceux qui, semble-t-il,  avaient des intentions de faire des coups d’Etat. Ils ont nuitamment jugé, on ne sait pas par qui, et ils les ont exécutés », argumente-t-il avant d’appeler les accusés à « dire aujourd’hui merci au peuple burkinabè qui leur a ouvert la voie de la démocratie, cette voie de l’Etat de droit qui permet que lorsque vous avez assassiné des dizaines de personnes au Burkina, d’être entendu, d’être jugé, d’être quelque fois même menaçant et agaçant à l’égard du tribunal, d’être arrogant à l’égard du peuple, et enfin d’entendre une sentence qui ne nous amène pas à la potence ».

Pour lui, l’attente des parties civiles dans ce procès n’était pas d’avoir des quantums extraordinaires de condamnation. Leur attente était « la tenue de ce procès ; que les généraux puissent être entendus ; que les militaires soient écoutés et que les condamnations soient prononcées pour ceux qui sont reconnus coupables ». Cet avocat qui a marqué le procès par ses interventions « dérangeantes » pour les accusés, estime que le fait d’être arrivé à l’issue de ce procès est déjà « la principale victoire » que ressentent aujourd’hui les parties civiles. « Pour nous, c’est une victoire pour les Burkinabè, une victoire pour la démocratie et l’Etat de droit », s’est-il réjoui. Il dit donc espérer qu’à l’issue de ce procès, « tout le monde tirera leçon que plus jamais aucun Burkinabè, armé ou non, ne pensera qu’un coup d’Etat puisse nous conduire au pouvoir. Seul le peuple, par sa légitimité, donne le pouvoir ».

« Le droit a été dit et c’est l’essentiel »

Zopan Drabo, victime du putsch dit être fier de l’issue du procès

Aziz Dabo, Secrétaire national adjoint aux relations extérieures de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), parti du général Djibril Bassolé, se dit non satisfait de la décision du tribunal militaire pour ce qui est de la peine de 10 ans retenue contre son leader qui a été reconnu coupable pour trahison. « Comment quelqu’un qui n’a ni été coupable ni été complice de ce coup d’Etat peut avoir trahi ? Je demande qui a-t-il trahi, à quel moment a-t-il trahi et comment l’a-t-il fait ? », s’interroge M. Dabo qui dit être « surpris » que ce verdict soit rendu malgré le fait qu’il ait été « expliqué et réexpliqué, démontré au tribunal que Djibril Bassolé n’avait rien à voir avec ce coup d’Etat ».

Sur la question des écoutes téléphoniques, principale pièce qui entérine la culpabilité du général Bassolé dans ce putsch manqué, Aziz Dabo affirme que même s’il y a eu des experts qui ont été commis à la tâche, « les écoutes n’ont jamais pu être authentifiées par qui que ce soit, il n’y a jamais eu de possibilité de démontrer que c’est Guillaume Soro et Bassolé ; il n’y a pas eu de possibilité pour le tribunal de montrer qu’avant le coup d’Etat, Djibril Bassolé a contacté quelqu’un pour donner des ordres, où qu’il a financé quoi que ce soit ». Une décision qui, dit-il, le laisse sur sa « faim ».

Zopan Drabo, une des victimes du putsch que nous avons rencontré à l’issu du procès dit être « fier » parce qu’à l’issue de ce jugement, « le droit a été dit et c’est l’essentiel ».

Rappelons que les accusés ont 15 jours pour faire appel de la décision du tribunal.

Armand Kinda

Minute.bf

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