L’étudiant Drissa Nitiema a soutenu sa thèse de doctorat unique en Sciences du langage, option dialectologie et dialectométrie, le lundi 21 septembre 2026, à l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ). Intitulée « Recherches dialectologiques et dialectométriques du Bissa », sa thèse lui a valu la mention « Très honorable ». Les travaux, dirigés par le maître de recherche en sciences du langage au CNRST, Dr Oumar Lingani, ont été évalués par un jury international présidé par le Pr Abou Napon, professeur titulaire en sociolinguistique à l’Université Joseph Ki-Zerbo.
La volonté de mener une recherche dialectologique et dialectométrique du Bissa est née selon l’impétrant, Drissa Nitiema, des divergences autour de la distinction entre langue et dialecte, mais aussi des difficultés liées au choix d’un dialecte de référence dans le cadre de l’alphabétisation. « Nous avons constaté qu’il existe un réel problème autour de la distinction que certaines personnes font entre les notions de langue et de dialecte », a-t-il expliqué. Répertorier les différentes variétés du Bissa constitue ainsi l’objectif principal de sa recherche.

Pour conduire ses travaux, M. Nitiema dit s’être appuyé sur des recherches documentaires et une enquête de terrain menée notamment dans les régions du Nakambé et du Nazinon où la langue est parlée. A l’issue de cette enquête, huit localités ont été retenues pour l’analyse suivant des critères dialectologiques et dialectométriques. L’étude s’est intéressée au nombre de dialectes, au dialecte de référence, à l’intercompréhension entre les locuteurs et aux données épilinguistiques. À l’issue de ses travaux, Drissa Nitiema retient deux dialectes principaux du bisa : le « Moo jaa » et le « Mɛɛ jaa », deux appellations qui signifient en français « je dis que ». Les quatre dialectes jusque-là évoqués seraient, selon ses conclusions, des sous-dialectes de ces deux grandes variétés.

Pour le directeur de recherche, Dr Oumar Lingani, l’étude présente un intérêt scientifique, notamment à travers les données recueillies sur le terrain. « L’étudiant a mené son travail de terrain sans difficulté majeure durant les trois années de recherche, en s’appuyant sur des données lui ayant permis de corroborer ses hypothèses », a-t-il souligné.
Sur le plan scientifique, Dr Lingani estime que cette nouvelle recherche ne met pas fin aux débats sur les dialectes du Bissa, mais contribue à les approfondir. « Aucune recherche ne peut mettre fin à un débat scientifique », explique-t-il, ajoutant que le travail du nouveau docteur « vient de nouveau alimenter le débat sur les questions dialectométriques et dialectologiques ». Il souligne également l’apport de la notion de sous-dialecte dans la classification proposée.

De son côté, le Professeur Pierre Malgoubri, enseignant au département des sciences du langage à la retraite depuis 2023, ayant déjà travaillé sur le dialecte Bissa, salue une recherche qui approfondit les connaissances disponibles sur cette langue. Selon lui, les travaux antérieurs n’avaient pas permis d’aller suffisamment en profondeur. « Ce qu’il a fait est louable et vient perfectionner les connaissances déjà disponibles », a-t-il estimé, relevant notamment l’apport des tests épilinguistiques, qui n’avaient pas été réalisés dans les précédentes études. Le Pr Malgoubri relève également l’intérêt de l’approche dialectométrique adoptée dans la recherche. Celle-ci permet de distinguer les deux grands pôles dialectaux du bisa, le « Mɛɛ jaa » et le « Moo jaa », puis d’affiner cette classification avec différentes variantes, notamment le Gorminé, le Barka, le Lebri et le Leree. « C’est plus affiné, ça apporte plus d’informations qui n’existaient pas dans les anciens travaux », affirme-t-il.

Le Pr Malgoubri a toutefois rappelé que la question des variantes dialectales s’était déjà posée avec l’introduction de l’éducation bilingue en Bissa en 2004, notamment autour du choix des dialectes à retenir pour l’enseignement. Les résultats de cette nouvelle recherche pourraient ainsi contribuer à une meilleure connaissance et à une meilleure prise en compte de la diversité dialectale du Bissa.
Au-delà de la question dialectologique, la recherche aborde également la place de la langue dans l’éducation. Sur le terrain, l’impétrant dit avoir constaté une attente de certaines populations de la zone bissaphone pour un retour de l’enseignement dans les langues nationales. Pour Drissa Nitiema, l’utilisation de la langue première dans l’apprentissage pourrait contribuer à réduire les difficultés rencontrées par l’enfant lorsqu’il est confronté, dès son entrée à l’école, à une langue étrangère. « Si la première langue de l’enfant est utilisée dans l’enseignement, je pense que cette barrière pourra être levée et que l’enfant sera davantage en mesure d’exprimer ses compétences », soutient-il.

Comme perspective, le nouveau docteur en sociolinguistique envisage de mener des études comparatives sur le Bissa, notamment au Ghana et au Togo, afin d’identifier les similitudes entre les différentes variétés et leurs éventuelles interactions avec d’autres langues. Au terme des délibérations, le jury a conféré à Drissa Nitiema le grade de docteur en Linguistique descriptive, avec la mention « Très honorable », sous réserve de la prise en compte des différentes observations formulées par les examinateurs, notamment sur la pagination et la revue de littérature.
Sidziguin Irène Corinne SAWADOGO
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