Burkina : Le Gouvernement demande aux agences onusiennes de recruter prioritairement les Burkinabè

Ceci est une correspondance du ministre burkinabè en charge des Affaires étrangères, Karamoko, Jean Marie Traoré, à l’adresse de la Coordinatrice résidente du Système des Nations Unies au Burkina Faso. Dans la lettre, le ministre demande un recentrage du partenariat dans les interventions des agences du Système des Nations Unies au Burkina Faso. Lisez plutôt !

Madame la Coordinatrice résidente,

Je tiens à saluer la qualité et la continuité de la coopération entre le Gouvernement du Burkina Faso et le Système des Nations Unies, qui s’est toujours inscrite dans le respect mutuel, la solidarité et l’engagement commun en faveur de la paix, du développement durable et de la résilience de notre pays.

Le Gouvernement burkinabè reste profondément attaché aux principes fondateurs de la Charte des Nations Unies et aux cadres de partenariat international tels que la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005), le Programme d’Action d’Accra (2008) et l’Agenda 2030, qui promeuvent l’appropriation nationale, la redevabilite mutuelle, I’harmonisation et le renforcement des capacités nationales.

Dans cette dynamique, nous saluons l’ébauche de cocréation engagée depuis 2022 entre les autorités burkinabè et le Système des Nations Unies à travers le Cadre de coopération UNIDAP, qui incarne une volonté partagée de mieux aligner les appuis onusiens aux priorités de développement du pays. II convient désormais de consolider cette démarche, en veillant à renforcer la co-construction des interventions, la transparence dans leur gouvernance, ainsi que la mobilisation et la protection de l’expertise nationale.

En effet, certaines préoccupations récurrentes méritent notre attention collective, notamment:

  • le recrutement d’experts internationaux sans concertation préalable avec les structures nationales concernées, y compris pour des fonctions stratégiques rattachées aux politiques publiques burkinabè;
  • l’insuffisante mobilisation de l’expertise nationale, parfois écartée au profit de profils expatriés, alors même que des compétences locales existent dans les domaines concernés;
  • le constat selon lequel, en cas de réduction budgétaire, ce sont prioritairement les postes occupés par des experts burkinabè qui sont supprimés, pourtant moins coûteux, fragilisant la situation socioéconomique de compatriotes engagés et formés à coût élevé;
  • l’absence ou la faible implication de la partie nationale dans les processus d’évaluation et de redevabilité relatifs au personnel international mobilisé sur le territoire burkinabè.

Ces pratiques, si elles ne sont pas corrigées, peuvent altérer le climat de confiance qui fonde notre partenariat et créer un déséquilibre entre les principes affichés et les modalités concrètes de mise en œuvre. C’est pourquoi, en cohérence avec la vision affirmée du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, axée sur la souveraineté nationale, le développement endogène et la promotion des compétences locales, le Gouvernement formule les recommandations et souhaits suivantes :

  • 1. la priorisation systématique de l’expertise nationale : Le Gouvernement burkinabè est conscient des contraintes budgétaires croissantes auxquelles font face plusieurs agences du Système des Nations Unies et salue les efforts engagés en matière de mobilisation de ressources. Dans ce contexte, il apparait judicieux de faire de cette conjoncture une opportunité pour renforcer le recours à l’expertise nationale, notamment en confiant davantage de responsabilités à des cadres burkinabè qualifiés, y compris à des postes de direction. Les agences onusiennes sont ainsi invitées à mobiliser en priorité les compétences locales, en particulier pour les fonctions techniques, de coordination, de pilotage stratégique et de suivi-évaluation, afin de garantir à la fois l’efficacité des interventions, la durabilité des résultats, et une meilleure appropriation nationale.
  • 2. la codécision dans le recrutement d’experts internationaux : Tout processus de recrutement d’expert international au Burkina Faso quel qu’en soit le niveau doit requérir I‘approbation officielle des ministères sectoriels compétents, du Ministère de l’Économie et des Finances, et du Ministère des Affaires étrangères et ce, avant et après le processus de recrutement.
  • 3. la protection des postes nationaux en cas de réajustement budgétaire : Les postes occupés par les nationaux doivent bénéficier d’une attention prioritaire en cas de contrainte budgétaire. Toute suppression devra faire l’objet d’une concertation formelle avec les autorités nationales. Par ailleurs, nous sommes conscients des difficultés financières que connaissent plusieurs agences et saluons les efforts de mobilisation et pensons que cette situation pourrait permettre de privilégier au maximum les expertises locales à la tête des services au détriment des expertises internationales que nous savons plus coûteuses.
  • 4. l’orientation d’une part considérable des ressources vers la réalisation d’infrastructures structurants à fort impact au profit des populations. Les agences sont invitées à affecter une part significative de leurs ressources à la réalisation d’infrastructures et d’actions visibles et durables pour les populations bénéficiaires, en limitant les coûts lies aux charges salariales, notamment pour les postes internationaux.
  • 5. l’évaluation conjointe des experts internationaux : le personnel international du SNU doit faire l’objet d’une évaluation de performance annuelle conjointe de type 360°, impliquant les structures nationales, pour garantir leur efficacité et leur alignement avec les priorités nationales.

Je vous saurais gré, Madame la Coordinatrice résidente, de bien vouloir assurer le relais de ces orientations auprès des Chefs d’agences du Système des Nations Unies présents au Burkina Faso, et d’encourager leur prise en compte dans les programmes en cours et à venir.

En vous remerciant pour votre écoute attentive et votre engagement constant, je vous prie d’agréer, Madame la Coordinatrice résidente l’expression de ma très haute considération.

Ampliation

-Son Excellence Monsieur le Premier ministre

-Ministre de l’Economie et des Finances

Karamoko Jean Marie Traoré, Ministre chargé des Affaires étrangères

Minute.bf

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