Le double champion d’Afrique de boxe Sou Toké Patrice a disputé son ultime combat professionnel, samedi 31 octobre 2026, au Palais des sports de Ouaga 2000, face au Béninois Anicet Amoussou. Au terme d’une soirée placée sous le signe de l’émotion, « Le Bombardier » a officialisé la création de Faso Bolokourou, une structure de promotion destinée à faire émerger une nouvelle génération de champions burkinabè.
C’est un jubilé comme le monde de la boxe burkinabè en avait rarement connu. Samedi soir, au Palais des sports de Ouaga 2000, Sou Toké Patrice a livré le dernier combat d’une carrière professionnelle entamée en 2004. Face au Béninois Anicet Amoussou, alias « Le Poison », le boxeur de 43 ans a refermé un chapitre ouvert plus de deux décennies plus tôt. « J’ai bien vécu ce combat ultime. Les émotions étaient vives. C’est mon jubilé, je me suis préparé pour ce moment », a confié « Le Bombardier » à l’issue de la soirée.

Le palmarès de Sou Toké Patrice impose le respect. Double champion d’Afrique en 2007 et 2013, il a également conquis la ceinture WBC Méditerranée le 14 février 2008 à la place de la Nation, à Ouagadougou, en dominant le Français Nordine Arik au terme de douze reprises. À son actif figurent aussi les titres WBC Francophone et ABU des poids moyens, selon les données de BoxRec. Des distinctions sportives auxquelles s’ajoutent des honneurs institutionnels : Chevalier de l’ordre du Mérite en 2008, puis Officier de l’ordre national en 2012 avec agrafe sport.
La soirée du jubilé a par ailleurs été marquée par une série de combats qui ont mis en lumière les espoirs de la discipline. Chez les amateurs, en 71 kg et 75 kg, Leonel Sawadogo a dominé aux points Yacouba Ouédraogo, tandis que Robin Boro a pris le meilleur sur Severin Kaboré, également aux points. Chez les professionnels, en 63,5 kg et 71 kg, le Nigérian Jamiu Akandé a été mis KO par Ousmane Naba. Rimpassakdé Kinda, fort de quinze combats et autant de victoires par KO, a poursuivi sa série en battant aux points le Nigérian Kehindé Toheeb. Raymond Sanou a pour sa part disposé aux points du Nigérian Semiu Olapadé.
Faso Bouloukrou pour créer des champions…
Mais l’événement de samedi ne se résumait pas à un adieu. En lançant Faso Bolokourou, expression qui signifie « coup de poing au Faso », Sou Toké Patrice entend transformer son héritage en moteur pour la boxe nationale. « Mon ambition est de fabriquer des grands champions plus que moi. C’est la raison pour laquelle j’ai créé Faso Bolokourou. Je sais que Faso Bolokourou va donner de grands champions de la boxe au Burkina Faso », a-t-il déclaré.
La structure se donne pour mission de relancer la boxe professionnelle burkinabè, d’organiser régulièrement des combats amateurs et professionnels et d’offrir aux jeunes boxeurs locaux des opportunités de se mesurer à la concurrence internationale.

Le champion burkinabè a tenu à saluer ceux qui l’ont accompagné tout au long de son parcours. Il a remercié les autorités politiques et coutumières, citant particulièrement son parrain, Sa Majesté le Moogho Naaba Baongho, ainsi que ses entraîneurs depuis ses premiers pas dans la discipline. Un hommage appuyé a été rendu à son coach professionnel Pierre Mayé, dont il a salué les conseils et lancé un appel public pour le retrouver. Sou Toké Patrice a également eu une pensée pour le boxeur « Boum Boum », décédé le 15 janvier 2026, dont la mémoire a été honorée au cours de la soirée.
Du côté des instances, la satisfaction était de mise. Le président de la Fédération burkinabè de boxe, Jérémy Bouda, a félicité le champion pour l’ensemble de son œuvre. « Nous félicitons Le Bombardier pour tout ce qu’il fait pour la boxe. Ce jubilé permet aux jeunes de comprendre qu’ils doivent mouiller le maillot pour relever la boxe burkinabè », a-t-il déclaré. Le président de la Fédération burkinabè de boxe a toutefois souligné les obstacles structurels qui freinent l’éclosion des talents. « Le Burkina Faso regorge de bons boxeurs. Malheureusement, nous sommes dans un environnement où les jeunes n’ont pas le temps d’exprimer leur niveau. C’est l’accompagnement qui manque. Ce qui rend la pratique très difficile », a-t-il ajouté.
Le PCO adjoint de l’événement partage ce constat tout en se réjouissant de la mobilisation. « J’ai beaucoup apprécié la façon dont le jubilé s’est terminé. Les amoureux de la boxe se sont mobilisés. La présence de ce monde est déjà une victoire. Nous espérons que la boxe burkinabè va revivre ses moments de joie avec Faso Bolokourou », a-t-il affirmé.
L’adversaire du soir, Anicet Amoussou, dit « Le Poison », s’est lui aussi incliné avec sportivité, rendant hommage à celui qui fut son dernier opposant. « Il a fait beaucoup pour la boxe burkinabè et ailleurs. Il a bien commencé et il a bien fini. C’est aux jeunes maintenant de prendre le relais », a confié le boxeur béninois.

À 43 ans, Sou Toké Patrice quitte les rings avec un bilan de 85 combats professionnels, selon les chiffres communiqués par son entourage, pour 79 victoires dont 30 par KO et 6 défaites. Sa dernière apparition sur un ring remontait à 2016, mais c’est bien en 2026, dans une salle de Ouaga 2000 acquise à sa cause, que « Le Bombardier » a tiré sa révérence. « Aujourd’hui pour moi est fini », a-t-il conclu.
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Mathias KAM
Minute.bf







