Technologies des langues et modélisation lexicographique du lyèlé : Structuration des données pour un dictionnaire bilingue

Lazare BAKOUAN

Chercheur à l’INSS/CNRST, Burkina Faso

bakouanlazare@gmail.com

Résumé

Ce document de vulgarisation est issu d’un article scientifique publié dans Collection THESE/SYNTHESE, Vol. 3, N°10, 2023, par Dr Lazare BAKOUAN, intitulé : « Le dictionnaire lyèlé-français-lyèlé comme modèle de dictionnaires des langues du Burkina Faso ».

L’élaboration d’un dictionnaire bilingue lyèlé-français-lyèlé repose sur l’articulation entre la description linguistique, la modélisation lexicographique et les technologies des langues. Cet article examine les principes méthodologiques et les outils informatiques mobilisés pour la collecte, l’analyse et la structuration des données lexicales du lyèlé. Il met en évidence le rôle de la phonologie, de la morphologie, de la syntaxe, de la sémantique et de la dialectologie dans l’organisation de la macrostructure et de la microstructure du dictionnaire. Il présente également l’apport des logiciels FLEx(FieldWorks Language Explorer) et Keyman dans la constitution et la gestion des données linguistiques, ainsi que dans la saisie des caractères spécifiques à la langue. L’étude souligne ainsi l’importance des technologies des langues dans la conception de ressources lexicographiques structurées, fiables et évolutives. La démarche proposée contribue à la documentation et à la valorisation du lyèlé et offre des repères méthodologiques susceptibles d’être adaptés à d’autres langues nationales du Burkina Faso.

Mots-clés : technologies des langues, modélisation lexicographique, données lexicales, FLEx, dictionnaire bilingue, lyèlé.

Introduction

L’élaboration d’un dictionnaire bilingue lyèlé-français-lyèlé nécessite une description linguistique rigoureuse et une structuration méthodique des données lexicales. Les technologies des langues, notamment les logiciels FLEx(FieldWorks Language Explorer) et Keyman, facilitent respectivement la gestion des données linguistiques et la saisie des caractères spécifiques au lyèlé. Il est donc nécessaire de s’interroger sur les fondements linguistiques, méthodologiqueset informatiques qui sous-tendent la conception d’un dictionnaire lyèlé-français-lyèlé.

Cet article vise à montrer comment la description linguistique, la modélisation lexicographique et les outils informatiques contribuent à la conception d’un dictionnaire bilingue. Il s’agit de mettre en évidence les apports de ces technologies à la structuration des données lexicales du lyèlé, dans une perspective de documentation et de valorisation des langues nationales du Burkina Faso.

1. Cadres théorique et méthodologique 

1.1. Cadre théorique 

Le présent travail s’inscrit dans un cadre de la métalexicographie. Il s’inspire de l’approche H. E. Wiegand(1984). Cette approche garantit que la modélisation du dictionnaire lyèlé-français-lyèlé repose sur une base linguistique rigoureuse tout en répondant aux besoins culturels et pratiques des locuteurs. Elle consiste en la description linguistique parfaite de la langue, garantissant la cohérence et la fiabilité des données lexicographiques. Pour cela, il est nécessaire de combiner la description phonologique et morphologique, l’étude sociolinguistique et l’utilisation des technologies des langues afin de proposer un dictionnaire fiable, accessible et adapté aux besoins des des usagers.

1.2. Méthodologie

La méthodologie adoptée pour la modélisation lexicographique du dictionnaire lyèlé-français-lyèlé combine plusieurs approches scientifiques notamment des approches descriptives, lexicographiques et technologiques. Ces différentes approches garantissent une rigueur scientifique et une exploitation optimale de cet ouvrage par les usagers. Cette méthodologie s’articule autour de quatre axes principaux :

1.2.1. Constitution et collecte des données linguistiques

Le corpus a été établi à partir d’un questionnaire d’enquête lexicographique inspirés des travaux de BOUQUIAUX et THOMAS (1976) et de GREBE (1987) afin de de recueillir de manière systématique les informations nécessaires à la microstructure du dictionnaire. Les données sont collectées également par le logiciel FLEX (FieldWorks LanguageExplorer).

La constitution du corpus repose sur la collecte de mots, expressions et constructions syntaxiques auprès des locuteurs natifs du lyèlé. À cet effet, il s’agit de recueillir les informations dans plusieurs localité lyèléphones en tenant compte des différentes variétés de la langue. 

En complément des enquêtes de terrain, les données sont enrichies à partir des sources documentaires telles que les lexiques et glossaires existants sur la langue, ainsi que de travaux de description linguistique.

1.2.2. Description linguistique

La description linguistique constitue une étape essentielle dans l’élaboration d’un dictionnaire. Elle s’appuie sur plusieurs niveaux d’analyse complémentaires, à savoir l’analyse phonologique, ainsi que les descriptions morphologique, syntaxique et sémantique, auxquelles s’ajoutent les recherches dialectologiques et dialectométriques.

Il convient de noter que tous ces niveaux de description de la langue ont été examinés en lyèlé.

1.2.3. Modélisation lexicographique

La modélisation lexicographique est un travail de conception technique qui consiste à prendre en compte toutes les étapes méthodologiques suivantes :

– Conception de la macrostructure : Sélection des entrées selon le public cible, les domaines notionnels (corps humain, agriculture, faune, habitat, religion, etc.), la fréquence d’usage et les contraintes éditoriales.

– Conception de la microstructure : Élaboration des rubriques obligatoires (lemme, pluriel, catégorie grammaticale, traduction) et facultatives (exemple, synonymes, antonymes, variantes, source, domaine notionnel).

– Choix du classement : Un ordre alphabétique tempéré pour faciliter la recherche tout en regroupant les mots de même famille ou de même champ lexical.

1.2.4. Technologies de langues 

L’élaboration des dictionnaires exigent la maitrise des technologies de langues. À cet effet, il faut les éléments suivants : 

– Logiciels utilisés : FLEX (FieldWorks Language Explorer) pour certains aspects de l’analyse linguistique et la constitution du fichier lexicographique, et Keyman pour la saisie des caractères spéciaux de lyèlé.

– Fichiers informatisés : Chaque entrée lexicale est stockée dans un fichier électronique permettant un traitement automatique, une recherche rapide et une mise à jour future.

– Validation et contrôle qualité : Les données recueillies sont vérifiées par des linguistes, lexicographes et locuteurs natifs afin d’assurer la fiabilité, la cohérence et la représentativité du dictionnaire.

Au final, le dictionnaire doit être structuré en trois parties : le prétexte, le corps de l’ouvrage et le post-texte. Les informations doivent être organisées de manière claire et pédagogique afin d’en faciliter l’exploitation. Par ailleurs, une révision itérative s’avère nécessaire pour ajuster les entrées, ainsi que pour revoir les illustrations et les définitions, de manière à garantir leur conformité aux normes linguistiques et lexicographiques établies.

2. Cadre de conception d’un dictionnaire du lyèlé

L’élaboration d’un dictionnaire du lyèlé est soumise à un préalable dans le développement de la langue. Ces préalables sont les suivants : les fondements linguistiques, la normalisation orthographique et la méthodologie lexicographique.   

2.1. Fondements linguistiques 

La description linguistique de la langue est un élément important pour l’élaboration du dictionnaire de langue. Elle permet de comprendre le fonctionnement de la langue afin de pouvoir offrir à ses usagers des dictionnaires lisibles.  

Les différents niveaux de description dont il est important de prendre en compte dans l’élaboration du dictionnaire sont les suivants :

– L’analyse phonologique permet l’identification des tons lexicaux et grammaticaux, des voyelles, des consonnes et de leurs variations dans les différents parlers de la langue. Elle étudie également les processus phonologiques tels que l’assimilation, la nasalisation ou l’élision, et fournit des bases essentielles pour la transcription, la normalisation orthographique et la distinction des unités lexicales dans le dictionnaire. 

– La description morphologique prend en compte les classes nominales, la formation du pluriel, la dérivation, la composition des mots. Elle prend également en compte les flexions verbales, les irrégularités morphologiques, la polysémie et de l’homonymie afin de rendre compte des différentes significations et usages des mots, illustrés par des exemples concrets et, le cas échéant, des variations dialectales. 

– L’analyse syntaxique et sémantique permet de déterminer les fonctions grammaticales des lexèmes et également d’identifier leurs sens littéraux et figurés. Elles permettent également de fournir des définitions claires, contextualisées et illustrées par des exemples, tout en assurant la cohérence avec le fonctionnement de la langue. 

La description linguistique du lyèlé met en évidence plusieurs phénomènes linguistiques importants qui doivent être pris en compte par le lexicographe dans le dictionnaire afin d’assurer la clarté et la lisibilité de cet ouvrage. À cet effet, on peut relever quelques aspects importants :

Le lyèlé est une langue à classes nominales : la morphologie nominale du lyèlé se caractérise par un système de classes nominales dans lequel les suffixes contribuent notamment à marquer l’opposition entre le singulier et le pluriel. L’appartenance des noms aux différentes classes et les correspondances entre leurs formes singulières et plurielles doivent être prises en compte dans la structuration des entrées du dictionnaire afin de fournir aux locuteurs et aux autres usagers des informations morphologiques fiables.

– Le lyèlé est une langue à tons : les syllabes subissent une variation de hauteur mélodique. Cette variation peut jouer sur le sens d’un mot. Dans les dictionnaires de langues africaines, le schème tonal du mot doit être indiqué. Pour le cas spécifique du lyèlé, le schème tonal n’est pas nécessaire. En effet, l’orthographe de la langue admet la notation des tons. Ces différents tons sont les suivants : 

Les tons lexicaux : les tons lexicaux : le ton haut, le ton bas, le ton moyen et le ton modulé montant. 

Le ton haut ( ́)

Il est matérialisé par un trait oblique allant de la gauche vers la droite et de bas en haut sur la voyelle. 

Exemple  

sɛ̃́  « boisson »

búbú « lézard » 

kúkúlú « baobab » 

Le ton bas ( ˋ ) 

Le ton bas est matérialisé par une barre oblique allant de la gauche vers la droite et de haut en bas sur la voyelle. 

Exemple  

lò « personne » 

kɛ̀lɛ̀ « frire »

dàmə̀kõ̀ « mille-pattes »

Le ton moyen 

Le ton moyen n’est pas noté orthographique en lyèlé, même si celui-ci l’est phonétiquement. Au niveau de la transcription phonétique, le ton moyen est placé sur la voyelle de la syllabe. Exemple  

da [dā] « père »

cɔ [cɔ̄ ] « village »

tama [tāmā ] « barbe »  

Le ton modulé montant   ( ˇ ) 

Le ton modulé montant résulte de l’association du ton bas et du ton haut ; ce qui provoque une modulation de la voix. Il est représenté sur la voyelle par ( ˇ ). Comme la voix est modulée, la voyelle a tendance à s’allonger légèrement lors de sa prononciation.

Exemple  

dɔ̌ « bois »

yǐ « termite »

nɛ̌ « eau » 

Les tons grammaticaux : Il existe un ton grammaticalen lyèlé. Ce ton n’intervient qu’en contexte grammatical. C’est le ton modulé descendant (^), dont la fonction est totalement grammaticale. 

Exemple  

Sɛ̃̂ « est-ce le dolo ? »

Kɔn dɛ̀bɛ̃́ rə̀ n’ê pɔr bə. « ce qui les divise. »

Dans la nomenclature du dictionnaire, les tons suivent un ordre de classement. Il se présentent selon l’ordre de préférence suivant : ton haut, ton bas, ton montant et ton moyen.

Exemple  

ló j. verser. 

lò y. personne. 

lǒ y. liane. 

lo j. fendre.

– La composition et dérivation et les emprunts en lyèlé : cela permet de chercher les dérivés des mots ou les éléments de composition afin de les présenter de la nomenclature du dictionnaire. En effet, dans la nomenclature du dictionnaire, les mots simples peuvent être placés avec leurs dérivés en retrait. Aussi, en ce qui concerne les mots composés, les différents composants, mots simples sont également placés en annexes.  

– Mots simples 

Exemple  

cɔ̀lɔ̀ y. cààlɛ̀ sorcier . 

Cɔ̀ lɔ̀ dɔ̀ m byǐ mɔ́ .

Le sorcier a manger l’enfant. 

Exemple

      myěl y. 1. nez 2. À nyɛ́  myěl nə́ yè.  Mon petit frère a mal au nez .  Ń da yə̀ myěl zɛyé. Son père  n’a pas eu longue vie . 3. vie. 

– Mots dérivés

Exemple

námbya mâle . 

garǝɲɔlɔ̃́ calomniateur 

Mots composés

Exemple

púrh-byǐ y. púrh-byǎ munition. 

(púrhú, byǐ) .    

púrhú y. fusil  

​byǐ y. enfant  

cǒ-byǐ wu-byǐ y. cǒ-byǎ-wu-byǎ  noyau Nə́ zhelemange cǒ-byǐ wu-byǐ  kɛ̀lɛ́ y wẽ . Nous avons planté un  noyau de mangue dans la cour. 

2.2. Standardisation orthographique de la langue

Le développement du système orthographique de la langue précède l’élaboration du dictionnaire. En effet, le dictionnaire étant un outil de standardisation et de stabilisation de l’orthographe doit être rédigé en respectant les règles et principes orthographiques de la langue. Pour cela, la langue au-delà de sa description doit être codifiée, avoir un guide de transcription orthographique. En ce qui concerne le dictionnaire du lyèlé, il doit s’appuyer sur le code orthographique de la langue, élaboré à partir de l’alphabet lyèlé est issu de l’alphabet national Burkina et arrêté en 1984 par la commission nationale des langues sur proposition de la sous-commission nationale du lyèlé créée en 1976.  

2.3. Les étapes de co-construction du dictionnaire lyèlé–français-lyèlé 

Le protocole de rédaction est la conception théorique du dictionnaire. Il consiste à réfléchir les différentes étapes de l’élaboration du dictionnaire. Cela consiste à mette en place les éléments suivants : la mise en place d’une équipe, la constitution d’un corpus, le protocole de rédaction, la constitution de fichier.  

2.3.1. Mise en place d’une équipe 

L’équipe est composée des spécialistes des spécialistes de domaines diverses, des techniciens et des personnes ressources. Les spécialistes peuvent être les linguistes, lexicographes qui ont une maitrise du fonctionnement de la langue, mais aussi des géographes, historiens, sociologues et hommes de culture. Ceux-ci travaillent en collaboration avec des praticiens, traducteurs, informaticiens, scripts, infographes.   

Les collaborateurs : Les collaborateurs sont les locuteurs du lyèlé qui ont une parfaite connaissance de la langue et de la culture du Lyolo. 

2.3.2. La constitution d’un corpus 

La constitution d’un corpus se fait à partir d’un questionnaire lexicographique composé de mots et expressions en français avec différences rubriques d’informations à renseigner en lyèlé. Pour réussir cette activité, nous nous sommes rendus les principaux chef lieux des parlers de la langue. En effet, le lyèlé dispose de 4 parlers (BAZIE 2002), le parler A, à Kandarzana, le parler B, à Didyr, le parler C à Réo, et le parler D à Batondo. La constitution d’un corpus pour l’élaboration du lyèlé-françaislyèlé exige une consultation des documents d’instrumentation de la langue au-delà des travaux de description. Ces documents sont entre autres les lexiques, les glossaires, les ouvrages lexicographiques et tous les autres types d’ouvrages portant sur la langue. 

Les ouvrages tels que les lexiques et dictionnaires existent déjà en lyèlé. Ces ouvrages sont d’une utilité pour la constitution du corpus du dictionnaire du lyèlé. Certains sont annexés à des ouvrages publiés ou à des travaux de recherche.  Au-delà de ces ouvrages, il faut constituer un questionnaire de recueil des mots et expressions pour son dictionnaire. Ce questionnaire peut être inspiré du guide d’enquête et description des langues à tradition orale de BOUQUIAUX L. et M.C. THOMAS J. (1976), de « 2000 Basic English Word List thematically groupe to serve as the basis of a bilingualdictionary » de GREBE W. (1987), du questionnaire de récolte de données lexicographiques du logiciel FLEX et du questionnaire lexicographique de recueil des mots et expressions que nous avons constitués. 

2.3.3. Le protocole de rédaction   

Le protocole de rédaction du dictionnaire est la voie, la procédure scientifique, les éléments constitutifs, la méthode à suivre par les équipes de rédaction pour l’élaboration du dictionnaire. Il consiste à décrire les éléments du prétexte, du corps et du poste texte du dictionnaire. Les équipes de rédaction doivent tenir compte des différents éléments décrits pour rédiger le dictionnaire.  

2.3.4. La constitution d’un fichier 

L’étape de constitution de fichier est très importante pour l’élaboration du dictionnaire. De nos jours, avec les progrès techniques, il est plus aisé de faire cette tâche. Les fichiers peuvent s’élaborer directement grâce aux technologies de langues qui offrent des ressources inestimables aux usagers afin de produire, transformer, rechercher, comprendre les « données ».  Ces outils sont de plusieurs types. Il s’agit des outils d’analyse et de connaissance de la langue, de reconnaissance et de synthèse vocale, moteurs de recherche sémantique, logiciels de traduction, logiciel de développement de lexiques et de dictionnaire. 

Les technologies de langues sont un secteur d’activités au carrefour de l’informatique et de la linguistique. Ce domaine connu sous plusieurs appellations (technologie du langage, human language technologies (HLT), industries de la langue (IL), industrie des langues, traitement automatique des langues (TAL), traitement automatique du langage naturel (TALN), traitement informatisé des langues (TIL), linguistique informatique, informatique linguistique, nouvelles technologies d’analyse de l’information (NTAI) est indispensable pour les lexicographes. Ces outils d’automatisation des langues interviennent de la récolte des données linguistiques jusqu’à la conception des outils d’analyse linguistique ou des produits issus du processus. 

Il en existe une multitude utilisée dans le domaine des langues nationales et internationales. Nous nous intéressons uniquement à celles utilisées dans le cas de notre esquisse dictionnairique dans ce présent travail. Il s’agit du logiciel Keyman et FieldWorks Language Explorer en abrégé FLEX. 

Le logiciel FieldWorks Language Explorer en abrégé FLEX est un logiciel des technologies de langues qui soutient la documentation des langues et les analyses linguistiques. Il permettra avec le logiciel Keyman, un logiciel qui permet la saisie automatique des caractères spéciaux sur ordinateur ou téléphone portable de constituer automatiquement des fichiers pour le dictionnaire lyèlé -français-lyèlé.  

3. Conception du dictionnaire 

Le dictionnaire lyèlé-français-lyèlé se présente en trois parties que sont le prétexte, le corps du dictionnaire et le post-texte. Chaque partie est constituée de rubriques obligatoires qui sont soumis à un mode de présentation.   

3.1. Le prétexte du dictionnaire 

Le prétexte du dictionnaire du dictionnaire lyèlé-français-lyèlé comporte les éléments suivants : une page de couverture, une table des matières, une carte de localisation de la zone linguistique, la liste des auteurs et collaborateurs, la présentation de la langue, l’introduction au dictionnaire et tous les autres éléments importants pour son exploitation. Ce prétexte doit permettre une exploitation saine et facile de la nomenclature du dictionnaire.    

3.2. Le corps du dictionnaire 

Le protocole doit présenter le corps du dictionnaire dans ses éléments constitutifs. Les éléments de la macrostructure et d’une microstructure doivent être décrits et leurs modes de présentation déclinés. 

3.2.1. La macrostructure 

Selon A. LEHMANN (2014 :249) « la macrostructure est la structure de la nomenclature (ou ensemble des entrées), constituée et limitée par les critères du choix des entrées.» La macrostructure doit être composée des mots du corps humain, de l’agriculture, de la pêche, de la faune, de l’élevage, des relations sociales, de l’habitat, de la religion, de la santé et de la gastronomie ; de tous les domaines dont les usagers de la langue ont besoin pour la pratique de leur langue.

Pour rédiger la macrostructure, il faut savoir le type de dictionnaire dont il est question. Pour cela, le lexicographe doit tenir compte des éléments suivants : le public-cible,l’aspect quantitatif, l’aspect qualitatif, les marques d’usage, l’ordre de classement. Ces différents aspects permettront au lexicographe du dictionnaire lyèlé-français-lyèlé de bien construire la nomenclature de son dictionnaire.  

– ​le public cible du dictionnaire, le mode d’emploi, l’alphabet de la langue, quelques règles grammaticales.   

La macrostructure des dictionnaires des langues du Burkina Faso doit pouvoir prendre en compte le maximum de mots courants de la langue, les mots usuels et ceux des domaines notionnels tels que les parties du corps, l’agriculture, la pêche, la faune, l’élevage, les relations sociales, l’habitat, la religion, la santé, la gastronomie. 

L’élaboration de la macrostructure suppose la prise en compte d’un certain nombre d’aspects fondamentaux qui sont :  

Le type de dictionnaire : le lexicographe doit opérer un choix en ce qui concerne le type de dictionnaire à élaborer. Il peut opter de faire un dictionnaire monolingue pour les locuteurs de la langue afin de leur permettre d’apprendre les réalités linguistiques, sociales et encyclopédiques de leur langue ou faire un dictionnaire multilingue, destiné à au moins deux communautés donc pour la transmission d’au moins deux cultures et servir d’ouvrage de traduction ou d’enseignement des deux langues. Le choix peut s’opérer sur d’autres aspects tels que l’opposition dictionnaire général ou spécifique et dictionnaire linguistique ou encyclopédique. Cela consiste à tenir compte de son public cible et à ses objectifs pour opérer son choix. 

Le public-cible : Il est important pour le lexicographe de connaitre le public cible afin de pouvoir sélectionner le lexique de son dictionnaire. Il doit savoir s’il s’adresse à des adolescents ou à des adultes. À cet effet, il doit opposer le dictionnaire pour enfants au dictionnaire pour adultes. Cela lui permettrait de sélectionner le type de mots à intégrer dans le dictionnaire. 

Le lexicographe doit faire attention au lexique choisi pour la nomenclature de son dictionnaire pour enfants. Ce type de dictionnaires devrait éviter les mots et expressions liés au sexe, à la mort ; car ils touchent à la sensibilité de ce certaines personnes. Au cas où le dictionnaire est destiné à une catégorie professionnelle, il doit contenir en plus des mots de la langue et du vocabulaire usuel, contenir des mots spécifiques du domaine socioprofessionnel.   

L’aspect quantitatif : Il s’agit pour le lexicographe de tenir compte des contraintes éditoriales pour élaborer son dictionnaire. À cet effet, il doit décider du volume du dictionnaire avec son éditeur. 

L’aspect qualitatif : C’est un travail assez fastidieux pour le lexicographe. Pour un dictionnaire général de langue, l’auteur a le défi de l’exhaustivité. Mais pourrait-il être exhaustif lorsqu’on sait qu’au-delà de l’aspect linguistique, le dictionnaire doit prendre en compte l’aspect culturel, historique et environnemental. Quels mots va-t-on retenir pour la nomenclature au regard de la diversité des domaines d’activités, du fond culturel des locuteurs et du défi de l’exhaustivité ? 

Les marques d’usage : Les dictionnaires des langues du Burkina Faso possèdent des marques d’usage. Ces marques d’usages sont des vecteurs de la culture, de de l’histoire des communautés. A travers ces marques, l’on retrouve des aspects importants de l’histoire et de la culture.  Il s’agit des archaïsmes, emprunts, noms propres, les idéophones, les onomatopées, les connotations sociolinguistiques, topolectes, les connotations. Cependant, le lexicographe aura toujours la possibilité de faire un choix : prendre en compte certaines marques d’usages et laisser tomber d’autres. 

La sélection des adresses : Il s’agit de déterminer le type de mots à retenir pour la construction du dictionnaire. La sélection des adresses doit prendre en compte le public cible, l’aspect quantitatif et qualitatif du dictionnaire. L’option choisie doit pouvoir se justifier. À cet effet, A. REY (1977) affirme : « J’ai éliminé les mots à cause des enfants, les mots d’argots parce que je suis bourgeois et les ignorent, les anglicismes parce que je les trouve laids et incongrus ou parce que je repousse la pression culturelle.» Le lexicographe qui traite des langues nationales doit donc en fonction de son public cible choisir les mots dont il doit prendre en compte et proposer une liste de la thématique qu’il doit laisser tomber en fonction d’une certaine sensibilité. 

L’ordre de classement : Le lexicographe doit opter pour un type de classement de la nomenclature de son dictionnaire. Il doit opter soit pour l’ordre alphabétique de la langue décrite, soit l’ordre analogique ou l’ordre thématique ou selon une combinaison de ces trois types d’ordres. 

L’ordre alphabétique doit suivre l’ordre du code alphabétique de la langue décrite. Le lexicographe doit faire attention aux tons en ce qui concerne les langues à tons. À cet effet, A. KEITA (2002 : 211) affirme : « Le lexicographe doit déterminer le(s) ton(s) de base (c.à.d. le ton propre) de chaque mot. Pour cela, il doit veiller à examiner le mot isolé et le mot en contexte ». Il doit trouver un ordre approprié pour les tons : par exemple d’abord, le ton haut, ensuite le ton moyen, enfin, le ton bas. L’ordre alphabétique présente beaucoup d’avantages : il permet de retrouver facilement un mot dans le dictionnaire. En effet, les présentations des mots dans le dictionnaire suivant l’ordre alphabétique de la langue décrite permet de retrouver facilement chaque mot à sa place. Ce type de classement donne un accès rapide et facile à l’orthographe des mots.  Il permet également de chercher les homonymes et les paronymes des mots, car les homonymes et les paronymes dans les dictionnaires se suivent généralement.  Cependant, le classement alphabétique est entaché d’un certain nombre de lacunes. Il ne permet pas de retrouver facilement les dérivés de certains mots ; car les mots dérivés ne sont pas en sous entrées des vedettes. Ils suivent l’ordre de classement selon les différentes entrées du dictionnaire. Cette situation fait qu’il y a une large dispersion des mots de même famille. Aussi, ce classement peut disperser les mots du même champ lexical. Ces différentes dispersions créent une lourdeur dans l’exploitation du dictionnaire et ne facilitent pas sa consultation par les usagers de la langue. 

L’ordre thématique a l’avantage de présenter les mots par thème ou domaine.  

Cependant, cela porte obstacle à la recherche facile des mots dans le dictionnaire. En effet, lorsque que les entrées du dictionnaire sont classées par thèmes, ils ne suivent plus l’ordre alphabétique de façon générale, mais un niveau de chaque thème.  

Au regard des avantages et inconvénients que posent chaque type de classement, il serait important de tirer les avantages qu’ils offrent. Pour cela, nous proposons un ordre alphabétique qui soit tempéré.  

3.2.2. La microstructure 

La microstructure du dictionnaire se présente en deux types de rubriques : les rubriques obligatoires et les rubriques facultatives.  

Ces différentes rubriques de la microstructure du dictionnaire lyèlé-français-lyèlé se présentent sur la fiche modèle de la façon suivante :  

Fiche N°…

Lemme  

Pluriel des noms  

Catégorie grammaticale Sous-entrée ​

​ Morphologie  

Variante  

Synonyme  

Antonyme ​

​ Glose

Illustration 

Traduction de l’illustration   Source   

3.2.2.1. L’entrée 

Le dictionnaire est un recueil d’articles dont chacun apporte des informations variées sur une unité lexicale, l’élément de base de la composition du dictionnaire. A cet effet, le lemme ou l’entrée du dictionnaire sera composé de mots simples et de mots morphologiquement complexes.  

Le lemme ou entrée ou encore adresse du dictionnaire lyèlé français-lyèlé est transcrit orthographiquement en minuscule et en gras.  

3.2.2.2. Les rubriques d’informations des lemmes Les rubriques d’informations du dictionnaire lyèlé-françaislyèlésont composées des rubriques obligatoires et des rubriques facultatives.  

– Les rubriques obligatoires du dictionnaire lyèlé-françaislyèlé  

Les rubriques obligatoires sont celles que comportent toutes les entrées du dictionnaire. Il s’agit de la catégorie grammaticale de chaque entrée, du pluriel des nominaux et de l’équivalent en français. 

La catégorie grammaticale : La catégorie grammaticale est présentée en lyèlé; car le lyèlé est la langue décrite du dictionnaire. Dans la nomenclature, cette catégorie est placée après l’entrée du dictionnaire en abrégé. Lorsqu’il s’agit d’un nominal comportant un pluriel, la catégorie grammaticale est placée en l’entrée et le pluriel de l’entrée en abrégé et en italique. La liste des catégories grammaticale de la langue décrite du dictionnaire, le lyèlé est la suivante :  

​  

Lyèlé Abréviation Français 
dwí yiləd. Nom commun 
jálsɛj. Verbe 
jál-zhɔ̃́bɔ̃́ j.zh. Adverbe 
shɛ̀- yiləsh. Pronom 
yə-byə̀lə̀ yə. Nom propre 
yə̀l- làmbwə̀ryə̀. Article indéfini 
yě-làmbwə̀ryə̌ .Article défini 
yil làmbwə̀ryi. Déterminant 
yiləy. Nom 
zhɔ̃́bɔ̃́zh. Adjectif qualificatif 

La catégorie grammaticale pour la partie française est également présentée dans la nomenclature du dictionnaire. Tout comme dans la partie lyèlé, la catégorie grammaticale est présentée en abrégé et en italique. Elle vient juste après l’entrée du dictionnaire, partie français-lyèlé. La liste des catégories grammaticales prises en comptes sont : 

Français  Abréviation  
        nomn. 
verbev. 
       adverbeadv. 
       adjectifadj. 
       pronompron. 
déterminantdét
conjonction  conj. 
interjectioninterj. 

Pluriel des nominaux : le lyèlé est une langue à classes. La forme du singulier est donc différente de celle du pluriel. Le lexicographe doit présenter le pluriel de chaque nominal en lyèlé. Les nominaux qui ont le pluriel invariable reste tels.  

Exemple   pònpónó y. pònpwèné liane. 

mɔ́mwǎ y. mɔ̃́mwǎr poisson. 

dwà-é-púpwírhí y. dwèsè é púpyíírhí petite pluie  

L’équivalent présente le sens de l’entrée en français. Il peut être une traduction simple de la notion en français, une description ou une explication pour certaines réalités dont les sens sont difficiles à cerner ou ne rapportant pas tout le sens. L’équivalent vient après le pluriel de l’entrée ou la catégorie grammaticale selon le type de mot qu’il décrit.  

jə̀fɔ́–pu y. jə̀fɔ-purh ongle. 

pu y. coque d’arachide. 

​- ​Les rubriques d’information facultatives 

Les rubriques d’informations facultatives sont celles qui ne sont pas systématiques pour toutes les entrées du dictionnaire. Elles sont prises en compte que lorsque leur présence est nécessaire pour le sens du message. Elles sont traitées dans le dictionnaire du lyèlé pour plus de lisibilités. Il s’agit de la source, du domaine, de la morphologie, des synonymes, des antonymes, des variantes, de l’illustration, l’abréviation.  

La source : La source concerne les mots d’emprunts. Pour chaque mot d’emprunt intégré dans le dictionnaire, il faut préciser la langue source du mot. La langue source est précisée en abrégé en italique. Pour le français par exemple, écrire « fr. », anglais « ang. », ashanti « ash.», moore « m.»,dioula « d.»

Le domaine notionnel : Il s’agit pour certains mots issus des domaines spécifiques d’avoir une précision dans la nomenclature du dictionnaire.  Pour un mot qui n’est pas trop connu et dont on ignore également le domaine dans lequel il est issu, il faut toujours préciser ce domaine pour faciliter la compréhension du mot à l’usager du dictionnaire. Le domaine notionnel doit être précisé en lyèlé. 

L’illustration : Il existe plusieurs types d’illustrations. Il s’agit des illustrations phrastiques, en photos images, dessein et croquis. Cette dernière, l’illustration en phrase ou exemple est la plus répandue. Elle est transcrite dans la langue A et selon le code orthographique de la langue. Elle permet de rendre plus compréhensif le sens du mot vedette. La traduction de l’illustration dans la langue B doit la suivre immédiatement. Par contre, l’illustration elle-même n’est pas systématique. Dans le cas du dictionnaire du lyèlé, elle n’est pas systématique. L’illustration est nécessaire lorsqu’une entrée est complexe et difficile à comprendre, culturelle ou pourrait envoyer à confusion. Cela se constate au niveau des emprunts, des homonymes et des mots polysémiques.

Les variantes : le lyèlé est une langue ayant quatre parlers, BAZIE (2002). Pour cela, nous avons opté pour le choix du parler de Réo pour bâtir la nomenclature de notre dictionnaire lyèlé-français-lyèlé. Les trois autres parlers seront pris en compte dans le dictionnaire.  La variante sera nécessairement précisée dans le dictionnaire. Elle est reconnue à travers « var.» en italique.  

La morphologie est présentée à travers les différentes composantes de l’entrée du dictionnaire. Il s’agit de monter la base et les dérivatifs du terme de l’entrée ou les différents lexèmes pour le composé. Nous ferons l’économie en ce qui concerne les dérivés. Par contre, nous présenterons les différents composants d’un composé.  Les dérivés des mots sont présentés sous l’entrée comme des sous-entrées en retrait. Il s’agit des mots dérivés ou des mots composés dont l’un des composants est issus de l’entrée principale.  

Les synonymes ainsi que les variantes de l’entrée viennent après l’illustration. Ils sont également présentés comme nouvelle entrée du dictionnaire. Les différents sens sont alignés et suivis par des chiffres 1, 2, … selon le nombre de sens que le mot dégage. Les variantes sont reconnues par l’abréviation « var.».

Les homonymes sont présentés comme des mots vedettes. Ils sont alignés de façon verticale et suivis des chiffres 1, 2, … en fonction du nombre d’homonymes. Ils sont accompagnés souvent d’illustrations lorsque le sens peut porter la confusion.  Le dictionnaire lyèlé-français lyèlé présente une partie françaislyèlé. Cette partie permet à l’usager bilingue de retrouver rapidement les mots lyèlé à partir du français. Elle permet également d’améliorer ses connaissances sur le lyèlé et découvrir d’autres aspects de la culture française.  

3.3. Post-texte 

Le post-texte apporte des informations complémentaires à la nomenclature du dictionnaire. Il s’agit d’un certain nombre d’informations ne pouvant pas être intégrées dans le dictionnaire à cause des critères trop sévère du dictionnaire de façon générale.  

Le post-texte du dictionnaire lyèlé-français-lyèlé est constitué des éléments suivants : les patronymes, les prénoms, les noms devises, noms des personnalités historiques, les noms des villages, des lieux importants et des lieux historiques.  

Conclusion 

Cet article met en évidence l’importance de l’articulation entre description linguistique, normalisation orthographique, modélisation lexicographique et technologies des langues dans l’élaboration d’un dictionnaire lyèlé-français-lyèlé. La prise en compte des propriétés phonologiques, morphologiques, syntaxiques et sémantiques du lyèlé constitue un préalable essentiel à la collecte, à l’analyse et à la structuration des données lexicales.

Cette démarche contribue au développement de ressources lexicographiques fiables et évolutives, favorisant la documentation, la valorisation et la transmission du lyèlé. Elle offre également des perspectives pour la conception de ressources similaires dans d’autres langues nationales du Burkina Faso.

Références bibliographiques 

Bakouan, L. (2023). Le dictionnaire lyèlé-français-lyèlé comme modèle de dictionnaires des langues du Burkina Faso. Collection Thèse/Synthèse, 3(10), 153–177.

Baldinger, K. (1974). Introduction aux dictionnaires les plus importants du français. Paris : Klincksieck.

Bazié, O. (2002). Étude de la variation dialectale du lyèlé(Mémoire de maîtrise, Département de linguistique, Université de Ouagadougou).

Bouquiaux, L., & Thomas, M.-C. J. (1976). Enquête et description des langues à tradition orale. Tome III : Approche thématique (questionnaire technique et guides thématiques). Paris : SELAF / CNRS.

Grebe, W., & Stanley, C. (1987). Inventaire thématique de 2000 termes servant de base à l’élaboration d’un dictionnaire bilingue. Yaoundé : SIL.

Keita, A. (2002). Quelques difficultés d’élaboration des dictionnaires bilingues : langue africaine–français / français–langue africaine. Langue humaine et sociale, Série B, 33–44.

Kinda, J., & Nikiema, N. (1994). Dictionnaire orthographique du mooré. Ouagadougou : Sous-commission nationale du mooré.

Lehmann, A., & Martin-Berthet, F. (2014). Lexicologie : sémantique, lexicographie. Paris : Armand Colin.

Ouoba, B. B. (2021). Dictionnaire bilingue gulmancema–français. Ouagadougou : Sous-commission nationale du gulmancema / Mercury.

Rey, A. (1977). Le lexique : images et modèles du dictionnaire à la lexicologie. Paris : Armand Colin.

Wiegand, H. E. (1984). Sur la structure et le contenu d’une théorie générale de la lexicographie. In Actes de la Conférence internationale de lexicographie, Exeter (9–12 septembre 1983). De Gruyter. https://doi.org/10.1515/9783111593166-005.

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