Ouagadougou : Des camps pour révéler les talents cachés des enfants

Ils sont loin des salles de classe, mais tout près de l’apprentissage. Pendant les vacances scolaires, des enfants profitent de leur temps libre pour s’initier à la décoration créative, au football ou à bien d’autres activités encore. À Ouagadougou, ces camps vacances offrent aux tout-petits un espace où apprendre, s’amuser, se faire des amis et parfois même découvrir un talent. Immersion au cœur de ces activités, en juillet 2026.

Il est encore tôt au quartier Bassinko, au nord de Ouagadougou. Le ciel, encore pâle, laisse filtrer une lumière douce sur le terrain. Les premiers enfants arrivent, le pas pressé, le sourire aux lèvres. Certains tiennent fermement leur ballon sous le bras, comme un trésor. D’autres, visiblement impatients, se mettent déjà à courir derrière la balle, insouciants de l’heure matinale. Ici, ils sont une quarantaine à s’occuper sainement.

Des enfants du camp vacances football

Dès 7 heures du matin, le coup de sifflet du formateur retentit : place au football. Sur le terrain, les enfants se mettent en mouvement. Conduite de balle, jonglage, contrôle, frappe : chacun tente de reproduire les gestes montrés par les encadreurs, avec application et parfois maladresse.

À l’Académie Football Club de Bassinko (AFCB), le camp vacances en est déjà à sa sixième édition. Créée en 2021, l’académie organise chaque année ses activités de juillet à la mi-août, soit environ 45 jours. Les entraînements se tiennent les lundis, mardis, jeudis et vendredis, de 7h30 à 9h.

Adama Zongo, coach des jeunes footballeurs à Bassinko

Pour Idrissa Ouédraogo, professeur d’éducation physique et sportive et encadreur de football, l’initiative répond à un besoin. « Nous avons constaté qu’il y avait un vide pendant les vacances pour les enfants. Notre association a décidé de créer ce cadre pour leur permettre de vivre sainement », explique-t-il.

Sur le terrain, les enfants apprennent bien plus que des gestes techniques. Ils apprennent à écouter, à respecter les consignes, à travailler en équipe et à se dépasser. « En football, il y a d’abord le travail de l’esprit ; ensuite, le physique suit », rappelle l’encadreur.

Quand le football aide les enfants à sortir de leur timidité

Pour Adama Zongo, coach à l’AFCB, le football revêt une autre dimension : celle de la discipline. Selon lui, les changements sont particulièrement visibles chez les enfants qui arrivent très timides. Au fil des séances, ils commencent à communiquer, à jouer avec les autres et à prendre davantage confiance. « Au début, je voyais des enfants timides, mais vers la fin, on voit qu’ils s’en sortent entre eux et se créent des amis », témoigne le coach Zongo.

Des jeunes filles et jeunes garçons sur le terrain d’entraînement

Sur le terrain, une absence se remarque pourtant : celle des filles. Les encadreurs veulent changer cette situation et appellent les parents à inscrire davantage leurs filles. À l’AFCB, le constat est alarmant : alors que dix filles participaient l’année dernière, elles ne sont plus que trois cette année, et une seule était présente lors de notre passage.

La passion du football

Ballon au pied, Jean Elvis Ilboudo ne cache pas sa satisfaction. Pour lui, chaque séance est une occasion d’apprendre quelque chose de nouveau. « On nous a appris beaucoup de choses : à jongler, contrôler, frapper, conduire et maîtriser le ballon », raconte-t-il avec le rêve d’être un footballeur professionnel.

Jean Elvis Ilboudo ne cache pas sa satisfaction

Le jeune participant connaît déjà le camp puisqu’il a pris part aux éditions précédentes. Il apprécie surtout l’ambiance qui règne entre les enfants. « Venez jouer, apprenez et faites-vous des amis. Filles, garçons, on joue ensemble et on devient des amis », lance Jean Elvis Ilboudo.

Ici, pas de cahiers à couvrir ni de devoirs de vacances à terminer. Mais l’apprentissage est bien présent. Des enfants découvrent, expérimentent et surtout prennent confiance. Pour les organisateurs, l’objectif est d’occuper sainement les enfants, de leur permettre de développer des aptitudes et, pourquoi pas, de révéler des vocations.

Au quartier Wemtenga, l’ambiance est différente de celle du football. Ici, les plus jeunes sont concentrés autour de leur « ballon » de décoration. Ils observent attentivement les gestes de leur encadreur avant de se lancer à leur tour, les doigts encore hésitants mais les yeux pleins de curiosité.

Apprendre à créer

Dans son espace de formation, Korotimi Tapsoba, business woman spécialisée dans la décoration, regarde les enfants, une trentaine, s’appliquer. Pour cette première édition de son camp vacances, elle a choisi de mettre l’accent sur la décoration créative et la décoration des fêtes.

Des enfants en création

L’idée lui est venue, selon elle, du constat selon lequel, pendant les vacances, les enfants ont beaucoup de temps libre et peuvent en profiter pour apprendre autre chose. « En plus de s’amuser, ils vont apprendre un métier qui va leur servir plus tard », explique Mme Tapsoba.

Le camp s’adresse aux enfants âgés de 4 à 18 ans. Pour l’année 2026, deux éditions ont été organisées. Selon l’initiatrice, la première a tellement séduit les parents qu’ils ont demandé une seconde session. La formation ne dure que trois jours, durant lesquels les enfants découvrent les bases de la décoration, mais surtout apprennent à faire par eux-mêmes.

Korotimi Tapsoba, organisatrice de camp vacances décoration satisfait de ma créativité des enfants

Pour l’organisatrice, le résultat est visible et satisfaisant sur le plan personnel. De ses dires, le sourire et la joie se lisent sur le visage des enfants une fois leur réalisation terminée. En effet, souligne Mme Tapsoba, à travers les différentes réalisations des participants, beaucoup découvrent qu’ils sont capables de créer quelque chose de leurs propres mains. Une découverte qui, selon elle, peut renforcer leur confiance en eux. « Après la formation, quand les enfants voient ce qu’ils ont pu réaliser, ils découvrent même un talent qu’ils n’imaginaient pas », a-t-elle souligné.

Au-delà de l’apprentissage, des relations naissent

Les enfants ont appris, créé, et également tissé de nouvelles relations. Korotimi Tapsoba confie que certains enfants se sont attachés aux autres à tel point qu’ils ne veulent plus quitter le groupe. Pour finir, elle a souhaité qu’un grand espace d’accueil dédié à ces moments soit érigé, afin de permettre aux enfants venant de plus loin de participer. Mme Tapsoba a également remercié les autorités pour leur intérêt vis-à-vis de ces initiatives.

Durant ces vacances allant de trois mois, les enfants font ressurgir leur génie créateur, développent leur esprit de discernement et s’épanouissent. À ces différents camps s’ajoute également le camp vacances « Faso Mêbo », initié par le Gouvernement burkinabè, durant lequel les apprenants acquièrent beaucoup de connaissances pendant le temps d’apprentissage.

Le besoin en infrastructures

À l’Académie Football Club de Bassinko, Idrissa Ouédraogo plaide pour la construction de plateaux omnisports. L’idée est de permettre aux enfants de découvrir plusieurs disciplines avant de se spécialiser en fonction de leurs aptitudes. Il souhaite également la création d’écoles de football et d’académies permettant aux jeunes de concilier sport et études, avec notamment la possibilité, pour les meilleurs, de bénéficier de bourses.

Le terrain de football de Bassinko

Les organisateurs ont révélé qu’à la demande des parents, le camp vacances de l’AFCB est passé d’un mois l’année dernière à 45 jours cette année. Pour 15 000 F CFA, les participants bénéficient notamment d’un maillot et d’eau pendant les entraînements. À la clôture, des attestations de participation et une collation sont également prévues.

Lire aussi : Rentrée scolaire : Balkissa ou le rêve brisé d’une élève déplacée interne (reportage)

Nadège KINDA et Sidziguin Irène Corinne SAWADOGO
Minute.bf

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