Face à la montée de la consommation du tabac et des drogues chez les jeunes au Burkina Faso, l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA) renforce la mobilisation des acteurs engagés dans la lutte contre ces fléaux. À cet effet, elle a organisé, le vendredi 9 octobre 2026 à Ouagadougou, un atelier de sensibilisation et d’échanges dans le cadre du Projet de renforcement des capacités institutionnelles de ACONTA (PRECI-ACONTA). Cette rencontre, qui a réuni notamment des journalistes, visait à renforcer l’engagement des différentes parties prenantes et à favoriser une réponse concertée, efficace et adaptée aux réalités du contexte national.
La consommation du tabac et de la drogue constitue une préoccupation majeure de santé publique au Burkina Faso. Selon les données de Tobacco Atlas, le tabagisme a entraîné 3 286 décès en 2023. Selon la même source le nombre des fumeurs adultes est de 1,24 million dans le pays, tandis que la prévalence du tabagisme chez les enfants âgés de 10 à 14 ans s’établirait à 3,71 %, avec un niveau particulièrement élevé chez les garçons.

Au Burkina Faso, la consommation de tabac constitue un problème majeur de santé publique, avec des conséquences importantes sur la population et l’économie nationale. Chez les personnes âgées de 18 à 69 ans, la prévalence tabagique est de 13,6 %. Les hommes de 30 à 44 ans sont les plus touchés, avec un taux de 24,3 %. Par ailleurs, l’exposition passive à la fumée concerne 28,3 % des personnes à domicile et 28,6 % sur leur lieu de travail. Sur le plan économique, les pertes liées à ce phénomène sont considérables.
En 2020, elles étaient estimées à 57 milliards de francs CFA, soit 0,5 % du produit intérieur brut (PIB). D’après les chiffres exposés à l’atelier, les pertes cumulées pourraient atteindre 618 milliards de francs CFA, à l’horizon 2037, soulignant ainsi l’urgence de renforcer les mesures de prévention et de sensibilisation afin de protéger la santé des populations et de limiter les répercussions économiques pour le pays.

Mieux, ces chiffres mettent en évidence l’ampleur des défis liés à la prévention du tabagisme et à la protection des jeunes contre les substances psychoactives. Au-delà des conséquences sanitaires, le phénomène représente une menace pour la cohésion sociale et le développement du capital humain.
Pour répondre à cette urgence de santé, l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA), à travers le PRECI-ACONTA, a réuni des journalistes, les principales parties prenantes de la lutte contre le tabac et la drogue, les institutions publiques, les structures techniques, les organisations de la société civile, ainsi que les partenaires techniques et financiers autour d’un atelier. L’objectif général de l’atelier était de sensibiliser et de mobiliser ces différents acteurs autour de stratégies concertées et efficaces pour freiner la consommation du tabac et de la drogue au sein de la population, particulièrement chez les jeunes.

Les échanges ont permis de dresser un état des lieux actualisé de la consommation de ces substances chez les jeunes et d’examiner le cadre légal, réglementaire et institutionnel en vigueur au Burkina Faso. Il s’est agi également de recueillir les perceptions, les préoccupations et les attentes des jeunes eux-mêmes, afin de mieux prendre en compte leurs réalités dans les actions de prévention.
Au cours de cet atelier les participants ont identifié, de manière participative, des stratégies adaptées en matière de prévention, de sensibilisation et de prise en charge des personnes concernées. Les approches de répression ont également été examinées dans le cadre des réponses à apporter au phénomène.

Pour le Coordinateur de l’Association ACONTA, Adama Zongo, la recrudescence de la consommation du tabac et des drogues chez les jeunes appelle à une mobilisation collective. « Il était important que nous puissions tenir cette rencontre avec les différentes parties prenantes, à savoir le monde éducatif, les associations, les organisations de la société civile et les institutions de la République », a-t-il expliqué. Selon lui, les chiffres enregistrés interpellent davantage à intensifier la lutte à tous les niveaux.
Face à l’insuffisance de données récentes, ACONTA entend œuvrer à la réalisation de nouvelles études afin de disposer de statistiques fiables pour renforcer le plaidoyer. « Il faut des arguments pour faire le plaidoyer pour l’adoption de décrets portant prévention de l’ingérence de l’industrie du tabac », a-t-il indiqué.

De son côté Fidèle Bilgo participant, représentant par ailleurs du ministère de l’Éducation de base, la sensibilisation contre le tabagisme doit mobiliser tous les acteurs intervenant auprès des jeunes. Il a estimé que cette lutte revêt une importance comparable à celle engagée contre le terrorisme, au regard de ses conséquences sur la jeunesse. « La sensibilisation anti-tabagisme, c’est à la fois comme une lutte antiterroriste », a-t-il affirmé. Il a notamment plaidé pour une collaboration renforcée entre les associations de lutte contre le tabac et les structures chargées des activités sportives, culturelles et de loisirs dans l’enseignement de base. Selon lui, ces cadres de rassemblement constituent des occasions privilégiées pour sensibiliser les jeunes aux dangers du tabac.
Enfin, les participants ont formulé des recommandations qui doivent servir de base à des actions plus cohérentes et mieux adaptées aux enjeux de santé publique, avec une attention particulière portée à la jeunesse burkinabè.
Jean-François SOMÉ
Minute.bf







