Burkina | Immersion patriotique : Fierté affichée des journalistes immergés

Parler du Burkina Faso depuis Paris, Londres, Bruxelles ou Berlin est une chose ; l’écouter dans la voix des Burkinabè qui en vivent les réalités en est une autre. Du 9 au 14 août 2026, 44 professionnels des médias burkinabè ont pris part à une immersion patriotique à l’Académie de police de Pabré, pour toucher du doigt le quotidien de ceux qui défendent et gardent la patrie. À peine étaient-ils rentrés que, depuis l’extérieur, les commentaires fusaient déjà.

Cinq jours durant, des journalistes rompus au micro, à la caméra, au stylo et aux salles de rédaction ont volontairement troqué leurs outils contre le treillis, la discipline collective, l’effort physique et des séances de citoyenneté et de patriotisme. Mais tandis que les immergés regagnaient leurs foyers, riches d’une expérience dont ils disent eux-mêmes la pertinence, certains médias occidentaux, RFI et Le Figaro en tête, ce dernier reprenant l’AFP, ont choisi de raconter l’événement avec des mots déjà taillés : « journalistes contraints », « nouvelle obligation », « propagande », « militarisation des journalistes ».

Comme à son habitude, RFI est allée jusqu’à titrer : « Burkina Faso : des journalistes désormais contraints de prendre part à une formation militaire. » Gros titre, grosse déformation des faits. Aucun journaliste n’a été contraint à cette immersion !

Rétablissons les faits ! Ce sont les journalistes eux-mêmes qui, depuis longtemps, réclamaient des initiatives de ce type. On se souvient de l’immersion de vingt-quatre heures organisée en 2025 à Badnogo, au terme de laquelle les participants avaient sollicité auprès du ministère de la Sécurité une expérience plus longue. Pourquoi ? Parce qu’ils sont journalistes, et que leurs reportages les conduisent souvent dans des environnements hostiles, parfois sur des théâtres d’opérations. Là, savoir porter secours, se protéger et adopter les bons réflexes peut tout simplement sauver une vie.

C’est sans doute à ces sollicitations répétées que les ministères de la Communication et de la Sécurité ont répondu, en organisant une immersion qui a permis aux hommes et aux femmes de médias de se familiariser avec l’environnement militaire et d’acquérir des notions de secourisme, d’autodéfense, de communication en temps de crise et de conduite en milieu hostile.

Alors, d’où vient la « contrainte » inventée par RFI et consorts ?

Que rien n’étonne ! Ces médias sont coutumiers du fait, surtout lorsqu’il s’agit du Burkina Faso et de ses autorités. Au mépris de l’éthique et de la déontologie qui fondent pourtant ce noble métier, ils déforment et tronquent pour diaboliser et disqualifier, au seul motif que le Burkina Faso a fait le choix d’assumer pleinement sa souveraineté. Ce n’est pas du journalisme, c’est du mensonge. Et c’est d’autant plus regrettable que l’opprobre rejaillit sur toute la corporation. Car derrière les 44 journalistes en treillis, il y avait d’abord quarante-quatre citoyens burkinabè.

Le Burkina Faso est un État souverain. Il n’a besoin d’aucune certification extérieure pour décider de l’orientation qu’il donne à ses citoyens. Les immergés vivent, comme leurs compatriotes, les conséquences de la crise sécuritaire, les sacrifices des populations, l’engagement des forces combattantes et les mutations profondes de leur pays. Leur métier a précisément pour responsabilité d’en rendre compte. Faut-il tenir pour suspect qu’un État cherche à rapprocher ses professionnels de l’information des réalités de sa défense et de sa citoyenneté ? La question peut se poser mais sérieusement, et sans chausser sur le Burkina des lunettes conçues ailleurs.

Le paradoxe est quand même saisissant. Certains médias étrangers revendiquent le droit d’expliquer le Burkina Faso aux Burkinabè, mais s’offusquent que des journalistes burkinabè cherchent, eux-mêmes, à comprendre leurs institutions, leurs Forces de défense et de sécurité (FDS) et les mécanismes de mobilisation de leur propre pays. Le journaliste africain ne doit pas observer son pays à distance. Il doit pouvoir aller sur le terrain, rencontrer ceux qui défendent le territoire, comprendre leurs contraintes, leurs sacrifices, leur quotidien.

Le journaliste burkinabè doit être le premier témoin de la résistance de son peuple, et sa plume doit la traduire. Car l’immersion ne vaut pas renoncement au libre arbitre. Un journaliste qui prend part à une activité patriotique ne cesse pas d’être journaliste. Son professionnalisme se mesure ensuite, à sa capacité de vérifier les faits, de confronter les sources, de distinguer l’information de la communication, de garder son esprit critique. C’est là, précisément, que devrait se situer le vrai débat.
Le journaliste burkinabè n’a pas besoin qu’on pense à sa place. Il a sa propre plume pour raconter les faits.

Jean-François SOMÉ, Journaliste de Minute.bf,
Immergé de la première promotion des professionnels des médias

Minute.bf

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