Une vingtaine de journalistes burkinabè ont été outillés le mardi 11 août 2026, sur le pied bot, à l’hôpital protestant Schiphra, par le programme Hope walks. À travers cette formation, le programme Pied Bot Hope Walks, entend renforcer la sensibilisation du public et favoriser la détection précoce des enfants concernés et leur prise en charge.
Le pied bot est une malformation congénitale qui, lorsqu’elle n’est pas prise en charge à temps, peut entraîner un handicap permanent. Malheureusement, il reste encore méconnu d’une partie de la population burkinabè. C’est dans l’objectif de mieux faire connaître cette maladie et les possibilités de traitement qu’une vingtaine de journalistes ont bénéficié, le 11 août 2026, d’une session de formation au sein de l’hôpital protestant Schiphra à Ouagadougou.
À l’ouverture de la rencontre, le Directeur général de l’Hôpital Protestant Schiphra, Dr Jacob Sawadogo, a salué la présence des professionnels des médias et les a invités à jouer pleinement leur rôle dans la vulgarisation de l’information sur le pied bot. Il a notamment insisté sur leur capacité à porter le message jusque dans les zones les plus reculées du pays. « Vous êtes nos ambassadeurs. Aidez nous à faire voyager cette information partout dans le pays afin que les familles sachent que cette malformation se soigne et qu’un enfant atteint peut retrouver une mobilité normale grâce à une prise en charge appropriée », a exhorté Dr Sawadogo.

Durant près de trois heures, deux communications ont permis aux participants de mieux comprendre la maladie, son traitement ainsi que l’importance de l’accompagnement des parents.
La première communication, animée par Faiçal Oubda, manager du programme Pied Bot, a porté sur les caractéristiques de la maladie, son traitement et les résultats obtenus au Burkina Faso. De ses dires, le pied bot congénital est présent dès la naissance. Médicalement appelé pied bot varus d’équin congénital, il se caractérise notamment par une orientation du pied vers l’intérieur et vers le bas.
Quatre déformations permettent de le reconnaître, regroupées sous l’acronyme CAVE : Cavus, Adductus, Varus et Equin. Le cavus correspond à une accentuation de la voûte plantaire. L’adductus désigne la déviation de l’avant-pied vers l’intérieur. Le varus concerne la déviation du talon vers l’intérieur, tandis que l’équin est lié au raccourcissement du tendon d’Achille, qui tire le talon vers le haut et oriente les orteils vers le bas. Selon les données présentées, par le formateur, le pied bot est bilatéral dans environ 50 % des cas et unilatéral dans les autres cas. Il est également deux fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles.

Une prise en charge précoce pour éviter le handicap
Faïçal Oubda a rappelé que l’absence de traitement peut avoir de lourdes conséquences. « Un pied bot non pris en charge peut entraîner des douleurs, des difficultés importantes à marcher, des problèmes cutanés tels que des ulcères, l’impossibilité de porter normalement des chaussures. Aussi, un enfant vivant avec le pied bot est réduit à vivre des situations telles que la stigmatisation et la discrimination. À terme, ces difficultés peuvent réduire les possibilités d’éducation et d’insertion professionnelle des personnes concernées. », a ajouté le formateur.
En effet, a-t-il relevé, la cause exacte du pied bot congénital n’est, à ce jour, pas formellement établie. Toutefois, M. Sawadogo a souligné que les recherches évoquent une influence héréditaire, ainsi que des facteurs environnementaux qui pourraient intervenir. La prévention, dans ce contexte, ne consiste donc pas à empêcher l’apparition de la malformation. Elle repose surtout sur la détection précoce, l’orientation et la prise en charge dès les premiers jours de vie.

Même lorsqu’un pied bot est détecté lors d’une échographie pendant la grossesse, notamment autour des sixième et septième mois, d’après Faïçal Oubda, le traitement ne peut véritablement commencer qu’après la naissance, tout autour des 24h suivant sa naissance. A cet effet, il a dit ceci : « l’enjeu majeur est d’orienter rapidement le nouveau-né vers un centre habilité ».
Plus de 2 000 enfants pris en charge gratuitement depuis 2017
Au Burkina Faso, le programme Pied Bot Hope Walks a mis en place un réseau de centres d’excellence afin de rapprocher les soins des familles. Le programme renforce notamment les compétences des agents de santé et des conseillers parentaux, en collaboration avec le système national de santé et différents partenaires.
Selon le manager du programme, depuis son lancement au Burkina Faso en 2017, plus de 2 000 enfants nés avec un pied bot ont été détectés et pris en charge gratuitement dans huit centres partenaires. Cette prise en charge a été rendue possible grâce à plus de 417 millions de FCFA mobilisés par les partenaires, avec Hope Walks comme principal contributeur.
Les centres partenaires sont l’Hôpital Protestant Schiphra à Ouagadougou, le Centre Médico-Chirurgical Morija de Kaya, le Centre Hospitalier Régional de Tenkodogo en partenariat avec Humanité & Inclusion, le Centre Hospitalier Universitaire Souro Sanou de Bobo-Dioulasso, le Centre Espoir de Fada, le Centre Yik-N-Kene de Koudougou, le Centre Médico-Chirurgical Pédiatrique Persis de Ouahigouya et le Centre Hospitalier Régional de Ziniaré.

La méthode de Ponseti, une efficacité annoncée de 95 %
Le traitement repose sur la méthode de Ponseti, présentée comme une pratique de référence à l’échelle internationale. Elle se déroule en deux principales étapes. La première est celle de la correction. Elle consiste en des manipulations progressives du pied et des plâtrages réalisés chaque semaine, suivis, lorsque cela est nécessaire, d’une ténotomie du tendon d’Achille.
La deuxième étape est celle de la maintenance. Elle repose sur le port d’attelles d’abduction, constituées de chaussures orthopédiques destinées à maintenir la correction obtenue et à prévenir les récidives.
Durant les trois premiers mois, a insisté Faïçal Oubda, l’enfant doit porter les attelles environ 23 heures par jour, en dehors du temps du bain. Par la suite, le port se poursuit pendant la nuit et les périodes de sommeil durant la journée, jusqu’à l’âge de cinq ans.
Pour lui, cette observance est particulièrement importante, car une récidive peut survenir lorsque les parents interrompent ou suivent insuffisamment le protocole après la correction du pied.
Selon les données communiquées lors de la formation, la méthode de Ponseti présente une efficacité de l’ordre de 95 %, tout en étant moins invasive que les techniques chirurgicales classiques utilisées auparavant.
Un traitement estimé à 520 000 FCFA prise en charge gratuitement pour les enfants de 0 à 5 ans
En dehors du dispositif de gratuité, le coût estimatif de l’ensemble du traitement sur cinq ans est de 520 000 FCFA. La première année représente 250 000 FCFA, notamment pour la correction initiale et le suivi. La deuxième année est estimée à 120 000 FCFA, puis 50 000 FCFA pour chacune des trois années suivantes.

Dans les centres partenaires du programme au Burkina Faso, le traitement est entièrement gratuit pour les enfants âgés de 0 à 5 ans. Toutefois, l’accès gratuit aux soins ne suffit pas à garantir la guérison. Le maintien des rendez-vous et le respect du port des attelles restent essentiels. Les difficultés de transport et les contraintes financières auxquelles certaines familles sont confrontées constituent notamment des facteurs d’abandon du traitement.
Le counseling, un maillon essentiel de la prise en charge
La deuxième communication a été animée par Luc Bamogo, Coordonnateur du Counseling. Elle a mis l’accent sur l’accompagnement des parents tout au long du processus de traitement.
Les conseillers parentaux jouent un rôle central dans le suivi. Pour Luc Bamogo, leur mission consiste à rappeler notamment les différents rendez-vous aux familles, expliquer les étapes du traitement et contribuer à déconstruire les préjugés qui entourent encore le pied bot.

Aussi, a-t-il dit, ils doivent maintenir le contact avec les parents afin de favoriser leur adhésion au protocole et prévenir les abandons susceptibles d’entraîner une récidive. « À Schiphra, les journées cliniques consacrées au traitement du pied bot se tiennent les mercredis et jeudis. Donc nous veillons à ce que les parents respectent cela », a ajouté M. Bamogo.
Les médias, des relais indispensables
Au-delà des aspects médicaux, la formation a surtout mis en évidence l’importance de l’information dans la lutte contre les conséquences sociales du pied bot. Le programme appelle ainsi les médias à contribuer à une meilleure connaissance de la maladie, notamment dans les communautés éloignées des centres urbains. L’objectif est de faire comprendre aux familles qu’un pied bot n’est ni une fatalité ni une condamnation au handicap.
Le programme mène ainsi plusieurs actions : mise à disposition des consommables nécessaires au traitement, formation et supervision des équipes médicales, formation des conseillers parentaux, accompagnement des familles, confection des attelles, sensibilisation communautaire et renforcement des capacités des agents de santé en matière de détection précoce et de référence.

« Aucun enfant ne devrait rester handicapé faute d’information »
À travers cette session destinée aux journalistes, les responsables du programme Pied Bot Hope Walks entendent faire de la communication un véritable levier de santé publique. L’enjeu est de faire parvenir le bon message aux familles : plus le pied bot est pris en charge tôt, plus le traitement est simple et les chances de correction élevées.
Le programme invite également les personnes et structures désireuses de contribuer à cette cause à soutenir le traitement des enfants à travers les différents axes d’intervention. Au Burkina Faso, d’après le manager du programme Hope walks, le défi reste donc autant médical que communicationnel : détecter tôt, orienter rapidement, accompagner les parents et assurer le suivi jusqu’au terme du traitement. « C’est à cette condition que les enfants nés avec un pied bot pourront grandir, marcher et se construire sans le poids d’un handicap qui peut pourtant être évité », a-t-il conclut.
Il faut retenir que la journée mondiale du pied bot se célèbre chaque 3 juin, jour de naissance du Dr Ignacio Ponseti Carrio, médecin orthopédiste ayant découvert le traitement du pied bot.
Nadège KINDA
Minute.bf






