À Ouagadougou, les vacances scolaires ne riment pas avec repos pour tous. Chaque jour, aux carrefours de la capitale, des jeunes garçons arpentent les trottoirs et s’approchent des véhicules à l’arrêt pour vendre divers articles. Derrière leurs sourires se cachent des sacrifices précoces, des responsabilités lourdes et des rêves d’un avenir meilleur. Constat le vendredi 31 juillet 2026 sur les activités de ces vacanciers.
Alors que la majorité des élèves profitent de la trêve estivale pour se détendre, d’autres ont fait un choix différent : celui du travail. Dès les premières heures de la matinée, plusieurs carrefours de la capitale se transforment en espaces de commerce improvisés. Ces jeunes vendeurs attendent patiemment que le feu passe au rouge pour entrer en action.

Lotus, torchons, pare-soleil, bouteilles d’eau, jouets ou accessoires automobiles à la main, ils disposent de quelques secondes pour convaincre les automobilistes. Chaque arrêt est une course contre la montre. Chaque vente représente un pas supplémentaire vers leurs objectifs.
Ces activités révèlent pourtant des histoires de vie marquées par une maturité étonnante. Pour certains, l’argent gagné permettra d’acheter les fournitures scolaires, de payer les frais de scolarité ou de renouveler l’uniforme pour la prochaine rentrée. Pour d’autres, il s’agit surtout d’alléger les charges de leurs parents ou de contribuer aux dépenses familiales dans un contexte économique difficile.
C’est le choix qu’a fait Mouslim Belem, admis en classe de 5e. Depuis les vacances de l’année dernière, il consacre une partie de son temps libre à la vente au bord de la route. « Je vends pour venir en aide à mes parents. L’argent me sert à acheter mon sac, mes cahiers et à participer aux frais de scolarité. Nous sommes nombreux dans la famille, donc ce n’est pas facile pour eux de payer l’école de chacun. Si j’arrive à apporter 5 000 ou 10 000 F CFA, cela les aide énormément. Depuis que j’ai commencé, j’ai compris les sacrifices qu’ils font chaque jour pour prendre soin de nous. J’invite mes camarades à travailler pendant les vacances. La vie n’est pas facile et il ne faut pas passer tout son temps à jouer au football », confie-t-il.

À son jeune âge, Mouslim dit avoir découvert une réalité qu’il ne soupçonnait pas. Il s’agit de la difficulté de gagner de l’argent. Une expérience qui a renforcé son respect envers ses parents et développé en lui le goût de l’effort.
Malgré leur âge, ces vendeurs affrontent quotidiennement la chaleur, la poussière, les gaz d’échappement et les dangers de la circulation. Des risques qu’ils acceptent de courir dans l’espoir d’offrir un meilleur avenir à leur famille.
Élève en classe de CM1, Wilfrid Nana fait partie de ces enfants déterminés. « Je fais ce travail pour aider mes parents, pour qu’ils puissent compléter ce que je gagne et payer ma scolarité. J’ai commencé cette année. Plus tard, je veux ouvrir une boutique et devenir un grand commerçant. J’encourage tous les enfants à aimer le travail », explique-t-il.
Malgré tout, Wilfrid garde le sourire et poursuit son activité avec courage, convaincu que chaque article vendu le rapproche un peu plus de ses objectifs.
Pour Hamza Temsabedo, qui passe en classe de CM2, les vacances sont avant tout une période de solidarité familiale. « Je viens aider mon grand frère à vendre. Pour chaque sachet de lotus vendu, je gagne 125 FCFA. Je garde cet argent jusqu’à la rentrée pour payer ma scolarité et aider mes parents. J’encourage aussi mes camarades à travailler pour soutenir leurs familles et obtenir la bénédiction de leurs parents », raconte-t-il.
Plus âgé, Idrissa Bougma assume pleinement les risques liés à cette activité. « Je fais ce travail pour prendre soin de ma famille. Certains jours, je peux gagner 5 000 FCFA ou plus. Travailler au milieu de la route est dangereux, mais quand c’est pour aider les siens, on accepte ce sacrifice. Je demande aux jeunes de chercher une activité au lieu de dire qu’il n’y a pas de travail. Même un petit boulot peut permettre de subvenir aux besoins de sa famille. Si on ne fait aucun effort, personne ne viendra le faire à notre place », témoigne-t-il.
À travers leur engagement, ces enfants démontrent qu’il existe une autre voie que l’oisiveté ou la délinquance. Ils choisissent l’effort, la persévérance et le travail honnête, malgré les difficultés et les risques auxquels ils sont confrontés chaque jour.
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Sakinatou ZOUNDI
Minute.bf






