Le Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) a organisé, ce lundi 18 mai 2026 à Ouagadougou, une conférence publique réunissant artistes, journalistes, opérateurs culturels et acteurs du monde de la culture autour de la souveraineté culturelle du Burkina Faso. Présidée par le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, cette rencontre activité entre dans le cadre du Mois du Patrimoine burkinabè.
« Révolution progressiste populaire et souveraineté culturelle : rôle et responsabilité des créateurs d’œuvres de l’esprit » c’est le thème sous lequel s’est tenu cette conférence. Pour développer cette thématique, le BBDA a convié deux conférenciers de haut niveau : Pr Moumouni Zoungrana, Ministre en charge de l’Enseignement secondaire, et Me Bénéwendé Stanislas Sankara, Avocat à la cour.

Pour raison de calendrier, le Ministre Zoungrana n’a pas pu développer son thème. Il a tenu tout de même à faire un passage éclair pour saluer les panelistes et dire tout son regret de ne pas pouvoir échanger sur ce thème qu’il a pourtant bien préparé et attendu. Cependant, il a, en quelques minutes, livré sa lecture sur la responsabilité des créateurs de l’esprit dans la dynamique de la RPP. Il a notamment insisté sur le rôle central des créateurs d’œuvres de l’esprit dans la reconquête culturelle du Burkina Faso. « Pendant des années, on nous a servi une négation de nous-mêmes. Aujourd’hui, il faut déconstruire ces mentalités et cela passera forcément par les créateurs d’œuvres de l’esprit », a-t-il déclaré.
Pr Moumouni Zoungrana a souligné que « les artistes et intellectuels constituent des remparts face aux influences culturelles exogènes ». Selon lui, ces derniers ont la responsabilité de transmettre aux jeunes générations les valeurs identitaires burkinabè et d’accompagner la construction d’une conscience nationale fondée sur la culture.

A sa suite, Me Bénéwendé Stanislas Sankara a relevé trois préoccupations majeures exprimées par les participants : le financement des créateurs, leur prise en compte dans le système éducatif et la protection des artistes engagés. Sur la question du financement, il a rappelé que « l’homme qui a faim n’est pas un homme libre », soulignant que les créateurs ne peuvent pleinement contribuer à la souveraineté culturelle sans un accompagnement conséquent de l’État.
Me Sankara a en outre plaidé pour une meilleure intégration des acteurs culturels dans les réformes éducatives afin de transmettre aux jeunes les valeurs culturelles nationales. Il a dit soutenir vivement la proposition visant à faire de la culture un troisième pilier stratégique du développement national, aux côtés des secteurs économique et militaire.

Abordant les risques liés à l’engagement artistique, Monsieur Sankara a évoqué les difficultés rencontrées par certains artistes engagés, confrontés à des pressions, à l’exclusion ou à des attaques en raison de leurs prises de position.
Tout en appelant à une valorisation des cultures endogènes, il a insisté sur la nécessité d’un équilibre entre enracinement culturel et ouverture au monde. « Toute culture s’enrichit dans le brassage culturel, mais sans perdre son âme », a-t-il soutenu, citant notamment les exemples du Japon et de la Chine, dont le développement repose en partie sur la valorisation des valeurs culturelles nationales.
Il s’est enfin réjoui de ce que cette conférence a servi de cadre de réflexion sur le rôle stratégique des créateurs dans la dynamique de la Révolution progressiste populaire. « Je sors de cette salle avec la richesse de vos productions. Et vraiment, j’ai beaucoup appris de l’ensemble de vos contributions », s’est-il satisfait à l’issue des échanges.
Des acteurs satisfaits de l’initiative
Pour les participants, l’initiative est salutaire. Elle constitue, selon eux, un cadre d’expression de leurs réalités dans la création des œuvres de l’esprit. Frédy Traoré, artiste panafricain engagé, a plaidé pour que le BBDA étende ces conférences au-delà de Ouagadougou, dans les autres régions du Burkina Faso. « Je suis satisfait de ce qui s’est passé ici aujourd’hui, les échanges étaient fructueux. Mais pour déconstruire les mentalités, il faut que ce genre d’initiatives soit organisé dans toutes les localités du Burkina Faso afin de toucher le plus grand nombre de créateurs d’œuvres de l’esprit », a-t-il plaidé.

Pour Seydou Kaboré, alias Kalamani, artiste musicien et chanteur, ces actions doivent être accompagnées de mesures concrètes. Selon lui, les artistes engagés font face à des tentatives de détournement idéologique. « Moi, depuis des années, il y a des frères qui me disent que le combat que je mène ruinera ma carrière. Mais je leur réponds que je suis conscient de ce pour quoi je lutte. D’autres prédateurs me proposent souvent de l’argent pour abandonner, mais je refuse. La question que je me pose, c’est : combien pourront dire non à des sommes importantes pour continuer la lutte ? », a confié l’artiste musicien Kalamani, qui propose au Bureau burkinabè du Droit d’auteur de revoir à la hausse les financements destinés aux acteurs culturels.
Nadège KINDA
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