Le mouvement panafricain « Deux Heures pour Nous, Deux Heures pour Kamita » (2HK), en collaboration avec Afrocentricity International et plusieurs organisations de la diaspora africaine, a organisé une conférence publique le samedi 9 mai 2026 à l’Université Joseph Ki-Zerbo. Placée sous le thème : « Contribution du panafricanisme au rayonnement de l’AES », cette rencontre visait à analyser l’apport de cette idéologie dans la dynamique actuelle du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
Une vingtaine de panafricanistes venus de la diaspora africaine, notamment de la Martinique, de la Guadeloupe et d’Haïti, ont échangé avec les étudiants de l’Université Joseph Ki-Zerbo autour des enjeux liés à l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces échanges ont été rendus possibles grâce à la collaboration avec le mouvement Deux Heures pour Nous Deux Heures pour Kamita (2HK).
Pour la conférencière, Pre Bayyinah Bello, venue d’Haïti, son pays peut servir de modèle à l’AES en matière de souveraineté, en raison de son expérience historique face à l’impérialisme. « Nous les avons déjà battus. Vous devez donc comprendre que vous aussi, vous pouvez les vaincre. C’est aussi simple que cela », a-t-elle déclaré.

Selon elle, la connaissance de l’histoire haïtienne peut permettre à l’AES d’identifier plus facilement les menaces auxquelles elle est confrontée ainsi que les stratégies utilisées contre les peuples en lutte pour leur souveraineté. « C’est essentiellement ce que nous avons tenté de partager ce matin : comprendre ce qu’Haïti a accompli aux XVIIe et XVIIIe siècles, identifier nos réussites comme nos erreurs afin d’en tirer des leçons », a expliqué Pr Bayyinah Bello.
La conférencière a rappelé qu’Haïti avait réussi à mettre en échec les armées française, britannique et américaine sur son territoire, à l’époque avec une monnaie dont la valeur dépassait celle du dollar américain.
S’adressant aux pays de l’AES, la conférencière a insisté sur la nécessité d’une adaptation permanente dans la gestion des États. « Gouverner un pays exige une capacité constante d’adaptation. On ne peut pas définir une stratégie et s’y accrocher de manière rigide. Les réalités imposent des ajustements permanents », a-t-elle soutenu.
Évoquant l’histoire de la résistance haïtienne, elle a rappelé qu’au XIXe siècle, le peuple haïtien avait construit des fortifications pour protéger son indépendance avec une forte implication populaire.
« Pendant la guerre d’indépendance, les femmes allaient au combat avec leurs nouveau-nés attachés au dos. Toute la société participait à l’effort de résistance. Chacun avait un rôle à jouer, quel que soit son âge », a-t-elle indiqué.
Pour Pre Bello, cette expérience démontre que lorsqu’un peuple lutte pour sa liberté et sa survie, la mobilisation collective devient indispensable. Elle a ainsi plaidé pour une réappropriation de l’autodéfense communautaire.
Le « sanankuya » comme outil d’unité africaine….
De son côté, l’écrivain et conférencier spécialiste du panafricanisme, Popo Klah, a insisté sur l’urgence de réintroduire le concept ancestral de « sanankuya » dans les discours panafricanistes.

Selon lui, les solutions aux crises actuelles doivent aussi être recherchées dans les valeurs héritées des ancêtres. Il a présenté le « sanankuya », connu comme la parenté à plaisanterie, comme un mécanisme historique ayant favorisé la cohésion entre les peuples, de l’Afrique ancienne jusqu’aux sociétés afrodescendantes d’Haïti.
Toujours selon Popo Klah, une conscience historique collective demeure indispensable pour bâtir une réflexion géostratégique efficace. Il a notamment évoqué le projet « Seguisso », qui réunit des associations de la diaspora et du Burkina Faso autour de la valorisation des valeurs endogènes. « La journée des coutumes, célébrée le 15 mai au Burkina Faso, constitue une occasion importante pour valoriser ces traditions », a-t-il affirmé, tout en saluant les initiatives portées par les dirigeants de l’AES.
Un pont entre la diaspora et la jeunesse africaine….
Le coordonnateur national du cadre 2HK, Lianhoué Imhotep Bayala, est revenu sur les objectifs de cette initiative qu’il a qualifiée d’« historique ».

Pour lui, cette rencontre est née de la volonté des communautés africaines de la diaspora, notamment martiniquaise, guadeloupéenne et haïtienne, d’apporter leur soutien au combat souverainiste mené par les peuples de l’AES. « Cette conférence est avant tout l’expression de la solidarité de nos frères et sœurs de la diaspora noire, admiratifs du courage historique du président Ibrahim Traoré, mais également des dirigeants Abdourahamane Tiani et Assimi Goïta », a-t-il déclaré.
Lianhoué Imhotep Bayala a également souligné que cette mobilisation témoigne d’un élan de solidarité internationale autour des aspirations souverainistes des pays de l’AES, mettant en avant le renforcement des liens entre l’Afrique et sa diaspora à travers une diplomatie culturelle et militante par 2HK
Pour les organisateurs, cette rencontre avait aussi pour objectif de rapprocher les figures historiques des luttes noires de la jeunesse burkinabè et africaine. Des militants et intellectuels venus de la diaspora ont ainsi échangé avec des étudiants et plusieurs acteurs de la société civile.
Lianhoué Imhotep Bayala a notamment évoqué la présence de personnalités issues des mouvements historiques noirs, y compris d’anciens membres des Black Panthers, venus partager leurs expériences et leurs analyses. « Nous voulons montrer que l’AES n’est pas seule et que, de l’autre côté de l’Atlantique, des hommes et des femmes soutiennent notre combat », a-t-il affirmé.
Les différentes communications ont porté sur des thèmes liés à la souveraineté, à la sécurité, à l’histoire des luttes africaines, à la géopolitique ainsi qu’au rôle des diasporas dans la renaissance du continent. Pour Monsieur Bayala, les organisateurs ont souhaité multiplier ce type de rencontres afin de faire de Ouagadougou un véritable carrefour des luttes panafricaines et des prises de parole de la diaspora africaine. « C’est l’Afrique qui se tend la main à elle-même », a-t-il résumé.

Un plaidoyer pour une liaison aérienne Afrique–Caraïbes…
Parmi les recommandations formulées au cours de cette rencontre figure également la création d’une liaison aérienne directe entre les pays de l’AES et les territoires caribéens comme la Martinique et la Guadeloupe. À entendre Lianhoué Imhotep Bayala, les longues escales actuellement imposées aux voyageurs constituent un frein aux échanges humains, culturels et économiques entre l’Afrique et sa diaspora. Il a estimé que la future compagnie aérienne de l’AES pourrait jouer un rôle stratégique dans le rapprochement des peuples africains et afrodescendants. « Cette ligne historique permettrait de reconnecter deux parties d’une même réalité africaine et de retracer les chemins de notre libération », a-t-il soutenu.
Le coordonnateur national de 2HK s’est également réjoui de la forte mobilisation autour de cette conférence..« Nous avons célébré une véritable messe intellectuelle de souveraineté mentale et intellectuelle », a-t-il déclaré.
Il a par ailleurs salué l’engagement des membres de la diaspora qui ont financé eux-mêmes leur voyage, leur hébergement et leur participation à l’événement, qualifiant cet acte de « patriotique » et de « révolutionnaire ».
Enfin, Lianhoué Imhotep Bayala a rappelé l’importance de la lutte contre l’ignorance dans tout processus révolutionnaire, reprenant une citation attribuée au président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré : « Un ignorant ne peut pas être révolutionnaire ».
Jean-François SOMÉ
Minute.bf






