Ali SAWADOGO
Institut Supérieur des sciences de la Population (ISSP)
ORCID iD: 0009-0007-5005-1956
Université Joseph Ki-Zerbo, Burkina Faso
alissaw1@yahoo.fr
Moussa BOUGMA
Institut Supérieur des sciences de la Population (ISSP)
ORCID iD: 0000-0001-9598-8709
Université Joseph Ki-Zerbo, Burkina Faso
Zomenassir Armand BATIONO
Institut des Sciences des Sociétés (INSS)
ORCID iD: 0009-0009-2561-4379
Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique, Burkina Faso
Résumé : Ce document de vulgarisation est tiré d’un article scientifique publié en mars 2025 dans la revue AKOFENA, N° 15, Vol.2-mars 2025, pp. 105-120 par AliSAWADOGO, Moussa BOUGMA, Zomenassir Armand BATIONO dont le titre est : « DU BRASSAGE DES LANGUES AU BRASSAGE DES COEURS : DYNAMIQUE DE L’EXOGAMIE LINGUISTIQUE A OUAGADOUGOU »
Ville carrefour, Ouagadougou, capitale du Burkina Faso est peuplée de divers groupes ethniques venant de l’intérieur du pays que de l’extérieur. Par conséquent on assiste à des unions exogamiques. Pour évaluer la dynamique linguistique au sein de ces couples, la présente étude utilise des données issues de l’enquête sur les Modes de production, idéaux familiaux, coûts et bénéfices de l’enfant, réseaux de solidarité et fécondité au Burkina Faso (EMIRCB) réalisée en 2021 dans l’Observatoire de population de Ouagadougou (OPO) et interroge la dynamique de l’exogamie linguistique dans les familles ouagalaises sur quatre générations. A travers des calculs du taux de couples linguistiquement exogames, les résultats mettent en évidence une progression de la pratique de l’exogamie linguistique à Ouagadougou d’une génération à l’autre. Ils montrent également que cette pratique est plus marquée chez les non-mooréphones que chez les mooréphones. Enfin, le profilage des enquêtés selon le type de couple révèle que les enquêtés qui déclarent vivre dans des couples linguistiquement exogames ont en commun un certain nombre de critères : un niveau d’instruction et social élevé. Ils vivent en zone viabilisées et font usage des outils modernes de communications. Ces couples sont généralement monogames dans des régime civil, religieux, coutumier ou les trois à la fois. Leurs conjoints ont atteint le niveau primaire ou secondaire et plus et leurs couples évoluent dans des ménages nucléaires et aisés (riches ou très riches).
Mots clés : exogamie linguistique, langue maternelle, Burkina Faso
Introduction
Située au centre du Burkina Faso, Ouagadougou, capitale du pays occupe une position géographique favorable aux échanges commerciaux et constitue le principal centre économique du pays. Toutes ces activités économiques rendent cette ville attractive. La région du centre qui abrite la ville de Ouagadougou demeure la principale destination des migrants internes dans le pays avec des proportions respectives de 35,5% et 47% en 2006 et 2019 (INSD, 2022). Outre les migrants internes, Ouagadougou accueille des immigrants d’origine étrangère notamment en provenance des pays de l’Afrique de l’Ouest. C’est donc une ville carrefour, peuplée de divers groupes ethniques venant de l’intérieur du pays que de l’extérieur. Dans ce paysage culturellement diversifié, la couverture démographique des langues varie aussi bien selon la langue parlée que selon l’espace dans lequel elle est parlée. C’est aussi un terrain favorable à la formation des couples mixtes, qu’ils soient interethniques, inter-religieux, transculturels, internationalités. Quel est alors l’état de l’exogamie linguistique à Ouagadougou ? Quelle a été l’évolution de cette exogamie au fil des générations ?
1. Données et méthodes
1.1 Sources de données
Les données utilisées dans cette étude proviennent de l’enquête sur les Modes de production, idéaux familiaux, coûts et bénéfices de l’enfant, réseaux de solidarité et fécondité au Burkina Faso (EMIRCB) réalisé en 2021 dans l’Observatoire de population de Ouagadougou (OPO). L’OPO est un système de collecte longitudinale de données qui suit depuis octobre 2008 une population d’environ 90 000 individus présentant un profil socio-économique diversifié. Ces individus constituent l’ensemble de la population de cinq quartiers de la ville de Ouagadougou dont deux quartiers formels (Kilwin, Tanghin) et trois quartiers informels (Nonghin, Nioko 2 et Polesgo).
Quant à l’EMIRCB, elle avait pour objectif d’évaluer les interrelations entre les modes de production, les idéaux familiaux, les réseaux de solidarité, les coûts et bénéfices perçus de l’enfant et la fécondité au Burkina Faso. Elle avait également pour objectif d’évaluer les dynamiques démolinguistiques en cours au Burkina Faso sur quatre générations. Pour atteindre cet objectif, l’enquête a recueilli des informations détaillées sur la langue maternelle des enquêtées ainsi que celle de leurs parents et grands-parents (paternels et maternels). Elle a également collecté des données sur la langue maternelle des conjoints des enquêtées, et sur la langue principalement utilisée par leurs enfants à la maison et celle avec laquelle ils leurs parlent. Ces informations offrent une perspective intergénérationnelle permettant d’examiner l’évolutionn de l’exogamie au fil des générations. L’enquête a concerné les femmes âgées de 15 à 59 ans résidant dans l’OPO et ayant au moins un enfant et leur conjoint. En plus des informations sur les langues, l’enquête a aussi collecté des informations sociodémographiques et socioéconomiques des enquêtées et de leurs conjoints. La population de l’étude est composée de 1014 femmes dont 415 résidents en zone lotie et 599 en zone non lotie et de 1897 hommes dont 873 en zone lotie et 1024 en zone non lotie.
1.2 Variables d’analyse
L’objectif de cet article est d’évaluer le niveau d’endogamie au cours des générations dans les familles ouagalaises. Pour ce faire, il utilise la langue maternelle aussi bien des parents que des enfants d’une génération à l’autre sur quatre générations. La langue maternelle dans chaque génération a été saisie par la déclaration de l’enquêtée sur sa pratique linguistique, celle de ses grands-parents (paternels et maternels) et celle de ses parents (père et mère) au cours de leur enfance. Dans cette analyse, trois générations ont été distinguées. La première correspond aux grands-parents de l’enquêtée, comprenant les grands-parents paternels et maternels (grand-père et grand-mère). La deuxième génération regroupe les parents de l’enquêtée (père et mère), tandis que la troisième est celle de l’enquêtée elle-même. L’endogamie dans chaque génération est définie par le fait pour les époux de parler des langues maternelles différentes. À l’inverse, lorsque l’enquêtée déclare que la langue maternelle est identique pour les époux, le couple est qualifié d’endogame.
Dans l’optique de dresser le profil des couples exogames dans le contexte de Ouagadougou, quatorze variables indépendantes ont été considérées dans l’analyse.
1.3 Méthode d’analyse statistique
Dans cet article, les taux de prévalence de l’endogamie ont été utilisés pour évaluer le niveau de l’exogamie dans chaque génération. La comparaison des taux d’une génération à l’autre a permis d’évaluer l’évolution de l’exogamie au cours des générations. Eu égard à la faible taille des locuteurs des langues autre que le Mooré présentes dans la ville de Ouagadougou, les langues ont été classées en deux groupes que sont le Moore (langue véhiculaire à Ouagadougou) et les autres langues. Les autres langues regroupent les langues nationales outre le Moore et les langues étrangères comme le Français, l’Anglais et l’Arabe. Dans l’optique de dresser le profil sociodémographique et économique des couples exogames, nous avons fait recours à l’analyse factorielle, notamment l’analyse des correspondances multiples (ACM). Le recours à cette méthode se justifie par le fait qu’elle permet de mettre en évidence les principaux facteurs à la base des interrelations entre plusieurs variables par l’intermédiaire du tableau disjonctif complet ou du tableau de Burt.
2. Résultats
2.1 Tendance de l’exogamie par génération
Les tableaux 1 et 2 présentent la répartition des femmes et des hommes par type de couple au sein des générations suivant leurs déclarations. Les résultats montrent que les couples endogames demeurent plus nombreux dans la ville de Ouagadougou quelle que soit la génération. En effet, presque toutes les femmes ont déclaré que leurs grands-parents étaient endogames, soit respectivement 98,3% des femmes pour les grands-parents paternels et 97,9% pour ceux maternels (tableau 1). Ces proportions connaissent une légère baisse dans la génération des parents (95,3%) et encore un peu plus dans la génération des femmes enquêtées, se stabilisant à 89,5%. En effet, seulement 1,7% et 2,0% des femmes ont déclaré que leurs grands-parents étaient exogames respectivement pour les grands-parents paternels et maternels. Cette proportion atteint 4,7% dans la génération des parents et 10,5% dans la génération des femmes enquêtées. Les mêmes tendances se dégagent dans les différentes générations chez les hommes (tableau 2). Ainsi, la proportion des hommes qui ont déclaré que leurs grands-parents étaient endogames est de 98,5% et 98,3% respectivement chez les grands-parents paternels et maternels. Dans la génération des parents cette proportion est de 96,6% alors qu’elle de 90,0% dans la génération des hommes enquêtés. Quant à la proportion des hommes qui ont déclaré que leurs grands-parents étaient exogames, elle varie de 1,5% dans la génération des grands-parents paternels à 1,7% dans celles des grands-parents maternels. Ces proportions sont de 3,4% et 10,0% dans la génération des parents et dans celle des hommes enquêtés. Bien que ces résultats montrent que l’exogamie demeure peu importante à Ouagadougou, son niveau a connu une augmentation au fil des générations aussi bien chez les femmes que chez les hommes. En effet, si le niveau de l’exogamie reste le même chez les grands-parents paternels et maternels, il a légèrement augmenté dans la génération des parents. Dans la génération des enquêtés (hommes ou femmes) son niveau a connu une plus grande augmentation touchant environs 10% des déclarations des enquêtés.
Tableau 1 : répartition des femmes par type de couple au sein des générations
| Caractéristiques des générations | Proportion des femmes dont le couple dans la génération est endogame | Proportion des femmes dont le couple dans la génération est exogame | Total | |||||
| % | 95% IC | % | 95% IC | |||||
| Grands-parents paternels | 98,3 | [97,9-98,6] | 1,7 | [1,3-2,0] | 100 | |||
| Grands-parents maternels | 97,9 | [97,5-98,2] | 2,0 | [1,7-2,4] | 100 | |||
| Parents | 95,3 | [94,7-95,8] | 4,7 | [4,1-5,2] | 100 | |||
| Enquêtée | 89,5 | [88,7-90,2] | 10,5 | [9,7-11,2] | 100 | |||
Source : OPO- EMIRCB-2021 ; calcul des auteurs
Tableau 2 : répartition des hommes par type de couple au sein des générations
| Caractéristiques des générations | Proportion des hommes dont le couple dans la génération est endogame | Proportion des hommes dont le couple dans la génération est exogame | Total | |||||
| % | 95% IC | % | 95% IC | |||||
| Grands-parents paternels | 98,5 | [98,2-98,7] | 1,5 | [1,2-1,7] | 100 | |||
| Grands-parents maternels | 98,3 | [98,0-98,5] | 1,7 | [1,4-1,9] | 100 | |||
| Parents | 96,6 | [96,2-96,9] | 3,4 | [3,0-3,7] | 100 | |||
| Enquêtée | 90,0 | [89,4-90,4] | 10,0 | [9,5-10,5] | 100 | |||
Source : OPO- EMIRCB-2021 ; calcul des auteurs
Les tendances décrites prenant en compte l’ensemble des langues parlées à l’intérieur de la ville, l’on pourrait se demander si le niveau de l’exogamie ne cache pas des disparités entre les langues. Dans l’optique d’évaluer le niveau de l’exogamie selon les langues parlées, les enquêtés (hommes et femmes) ont été classées en deux groupes. Le premier groupe est constitué des enquêtés dont la langue maternelle est le Mooré tandis que le second groupe comprend les autres langues. Ce regroupement se justifie par l’importance de l’effectif des enquêtés dont le Moore est la langue maternelle au regard de son caractère véhiculaire à Ouagadougou. Les enquêtés qui ont déclaré cette langue comme langue maternelle sont qualifiés de mooréphones tandis que ceux qui ont déclaré avoir une autre langue maternelle sont qualifiés de non mooréphones. Les tableaux 2 et 3 présentent la répartition des femmes par type de couple au sein des générations pour chacun des deux groupes. Les tableaux 3 à 6 présentent la répartition des enquêtés (femmes et hommes) qui ont déclaré le Moore comme langue maternelle par type de couple au sein des générations aussi bien chez les mooréphones que les chez les non mooréphones.
| Tableau 3 : répartition des femmes qui ont déclaré le Moore comme langue maternelle par type de couple au sein des générations Caractéristiques des générations % des femmes dont le couple dans la génération est endogame % des femmes dont le couple dans la génération est exogame Total % 95% IC % 95% IC Grands-parents paternels 98,4 [98,0-98,7] 1,6 [1,2-1,9] 100 Grands-parents maternels 98,1 [97,7-98,4] 1,8 [1,5-2,2] 100 Parents 97,0 [96,4-97,3] 3,0 [2,6-3,5] 100 Enquêtée 96,1 [95,5-96,6] 3,8 [3,4-4,4] 100 Source : OPO- EMIRCB-2021 ; calcul des auteurs | Tableau 4 : répartition des hommes qui ont déclaré le Moore comme langue maternelle par type de couple au sein des générations Caractéristiques des générations % des hommes dont le couple dans la génération est endogame % des hommes dont le couple dans la génération est exogame Total % 95% IC % 95% IC Grands-parents paternels 98,6 [98,3-98,8] 1,4 [1,1-1,6] 100 Grands-parents maternels 98,4 [98,1-98,6] 1,6 [1,3-1,8] 100 Parents 97,7 [97,4-97,9] 2,3 [2,0-2,5] 100 Enquêtée 93,8 [93,3-94,2] 6,2 [5,7-6,6] 100 Source : OPO- EMIRCB-2021 ; calcul des auteurs |
| Tableau 5 : répartition des femmes qui ont déclaré une autre langue que le Moore comme langue maternelle par type de couple au sein des générations Caractéristiques des générations % des femmes dont le couple dans la génération est endogame % des femmes dont le couple dans la génération est exogame Total % 95% IC % 95% IC Grands-parents paternels 97,6 [96,1-98,5] 2,4 [1,4-3,8] 100 Grands-parents maternels 96,0 [94,2-97,2] 4,0 [2,7-5,7] 100 Parents 82,0 [77,0-84,7] 18,0 [15,2-21,0] 100 Enquêtée 35,4 [31,8-39,0] 64,6 [61,0-68,1] 100 Source : OPO- EMIRCB-2021 ; calcul des auteurs | Tableau 6 : répartition des hommes qui ont déclaré une autre langue que le Moore comme langue maternelle par type de couple au sein des générations Caractéristiques des générations % des hommes dont le couple dans la génération est endogame % des hommes dont le couple dans la génération est exogame Total % 95% IC % 95% IC Grands-parents paternels 97,5 [96,3-98,2] 2,5 [1,7-3,6] 100 Grands-parents maternels 97,4 [96,3-98,2] 2,6 [1,7-3,6] 100 Parents 86,1 [83,9-88,0] 13,8 [11,9-16,0] 100 Enquêtée 52,8 [49,8-55,6] 47,2 [44,3-50,1] 100 Source : OPO- EMIRCB-2021 ; calcul des auteurs |
Tout comme pour l’ensemble des langues, les résultats indiquent que l’exogamie est très peu présente au sein des générations des grands-parents tant chez les mooréphones que chez les non mooréphones. En effet, la proportion des enquêtés mooréphones qui ont déclaré que leurs grands-parents étaient exogames est sensiblement la même dans la génération des grands-parents. Ainsi, 1,6% et 1,8% des femmes mooréphones ont déclaré respectivement que leurs grands-parents paternels et maternels étaient exogames. Ces proportions sont de 1,4% et 1,6% chez les hommes mooréphones (tableau 3 & 4). Le niveau de l’exogamie reste presque similaire dans ces générations chez les enquêtés non mooréphones (tableau 5 & 6). Dans la génération des parents tout comme dans celles des enquêtés, le niveau de l’exogamie n’a évolué que légèrement chez les mooréphones. En effet, la proportion des mooréphones qui ont déclaré que leurs parents étaient exogames est de 3,0% chez les femmes et 2,3% chez les hommes. Ces proportions sont respectivement de 3,8% et 6,2% dans la génération des enquêtés (tableau 3 & 4). Chez les non mooréphones, par contre, l’exogamie connait une augmentation plus importante dans la génération des parents à celle des enquêtés. En effet, 18% des femmes et 13,8% des hommes non mooréphones ont déclaré que leurs parents étaient exogames. Ces proportions atteignent respectivement 64,6% et 47,2% dans la génération des enquêtés (tableau 5 & 6). Ces résultats indiquent que l’exogamie est plus importante dans les générations récentes et encore plus importantes chez les non mooréphones que chez les mooréphones. On constate également que l’exogamie est plus importante chez les femmes que chez les hommes. Pour mieux élucider ces différences, nous avons dressé le profil des femmes et des hommes exogames. Les graphiques 1 et 2 compare respectivement les caractéristiques sociodémographiques et socioéconomiques des femmes et des hommes suivant la nature de leur couple dans la génération des enquêtés
3. Discussion
La présente étude questionne la problématique de l’exogamie en lien avec la transmission linguistique dans le contexte de la ville de Ouagadougou. Les résultats ont montré une progression de la pratique de l’exogamie à Ouagadougou d’une génération à l’autre. Ces résultats pourraient s’expliquer par les opportunités de rencontres interethniques qu’offrent la ville de Ouagadougou en raison de la forte présence d’une population immigrée. En 2009, par exemple, Clémentine Rossier et ses collaborateurs ont montré, à partir des données de l’Observatoire de Population de Ouagadougou (OPO), que 71 % des adultes de plus de 15 ans résidant à Ouagadougou n’y sont pas nés (Rossier et al., 2013). Cette forte présence des populations migrantes exerce une pression sur le logement entrainant parfois une grande mixité résidentielle qui contribue à intensifier les brassages ethnolinguistiques, créant ainsi des conditions propices aux unions exogamiques. Nos résultats indiquent également que la pratique de l’exogamie est plus marquée chez les non-mooréphones que chez les mooréphones. Ces résultats pourraient s’expliquer par le fait que les populations mooréphones, par tradition, maintiennent une forte homogénéité sociale ( Beucher, 2012) qui favorise les unions endogames. Par ailleurs, bien que l’exogamie clanique ou familiale soit une règle chez les peuples mossi, l’endogamie ethnique reste obligatoire pour préserver l’intégration familiale de l’épouse et assurer le contrôle des ressources (Maïga & Baya, 2011). Par ailleurs, compte tenu de l’importance de la population mooréphone dans la ville, ces dernières ne ressentent aucun besoin de se lier à des partenaires non mooréphone. En revanche, pour les populations non mooréphones, avoir un partenaire mooréphone renforce leur intégration au sein de la communauté et facilite, par la même occasion, leur ascension sociale. Des résultats similaires ont été mis en évidence par Hamel et al. (2015), qui ont observé une proportion plus élevée de couples exogames par rapport aux couples endogames parmi les populations immigrées en France en 2009. Des résultats pareils ont été révélés par Maïga et Baya (2011) qui ont mis en exergue des unions exogames plus fréquentes dans les populations urbaines et scolarisés au Burkina Faso dans les années 2000.
Conclusion
Cette étude avait pour objectif d’évaluer le niveau et l’évolution des couples exogames dans les familles ouagalaises. Pour y parvenir, l’étude a fait recours au calcul de taux de couples exogames au sein des générations appliqués aux données de l’enquête sur les Modes de production, idéaux familiaux, coûts et bénéfices de l’enfant, réseaux de solidarité et fécondité au Burkina Faso (EMIRCB) réalisée en 2021 dans l’Observatoire de Population de Ouagadougou (OPO). Les résultats montrent que bien que le niveau de l’exogamie soit faible dans les familles, la proportion des couples exogames augmente d’une génération à l’autre. En outre, la pratique de l’exogamie est plus élevée chez les non mooréphones que chez les mooréphones. Enfin les résultats révèlent que les enquêtés qui déclarent vivre dans des couples exogames présentent un niveau d’instruction élevé (niveau secondaire et plus), utilisent fréquemment les médias (télévision, journaux, magazines) et les réseaux sociaux. Ils résident principalement dans les zones loties, sont divorcés ou veufs. Lorsqu’ils sont en couple, ils sont unis par un mariage monogame ou vivent en union libre. Par ailleurs ces enquêtés sont engagés dans des unions aux régimes civils, religieux ou une combinaison de deux régimes (civil, le religieux) ou de trois à la fois (civil, le religieux et le coutumier). Leurs conjoints ont atteint le niveau primaire ou secondaire et plus et le couple évolue dans des ménages nucléaires et aisés (riches ou très riches). Ces résultats suggèrent la nécessité de mener des analyses approfondies sur l’impact de l’exogamie sur la transmission de la langue maternelle, ainsi que les facteurs qui influencent le choix de cette transmission de la langue maternelle au sein des couples ouagalais.
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