Du 31 mars au 1er avril 2026, l’ONG WeWorld, en collaboration avec WILDAF-AO, a organisé atelier multi-acteurs sur la lutte et la prévention de la migration irrégulière à Ouagadougou. Cette rencontre avait pour objectif de présenter et faire examiner, par les parties prenantes, les résultats des recherches sur les flux migratoires, les vulnérabilités des migrants ainsi que les politiques en matière de migration au Burkina Faso. La clôture des travaux, qui a réuni 49 participants, a été présidée par Issiaka Pamtam, chargé de mission au ministère en charge de la Famille et de la Solidarité nationale.
Selon le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (UN DESA), on dénombrait en 2024, 8,2 millions de migrants en Afrique de l’Ouest, dont près de 74 % dans des flux Sud-Sud. La migration burkinabè reste prioritairement orientée vers les pays côtiers, notamment la Côte d’Ivoire.

Ce même rapport indique qu’environ 10% des Burkinabè vivent à l’étranger pour des raisons d’opportunités économiques, de tensions sociales, sécuritaires et environnementales. Cependant, les limites à la libre circulation, la pauvreté et l’insécurité favorisent les dynamiques de migration irrégulière, avec des conséquences parfois préjudiciables aux droits des migrants. Malgré les textes réglementaires, la réponse nationale à ces défis reste limitée.
C’est dans ce contexte que s’est tenu en référence du projet OUESTAF cet atelier de 48 heures dédié à la présentation et à l’examen des recherches sur le flux migratoire. Selon la Cheffe de mission de l’ONG WeWorld, Alessia Moretti, l’objectif général était de mobiliser et impliquer activement les parties prenantes dans un processus de discussion, d’échange et d’examen des résultats des analyses sur la migration afin de renforcer la compréhension des enjeux, de co-construire des solutions adaptées aux réalités locales, et de promouvoir un dialogue intersectoriel, inclusif et orienté vers l’action.

« Il s’est agi de présenter les résultats de ces recherches aux acteurs concernés, afin de les engager dans une réflexion au niveau national sur les causes profondes de la migration, dans une perspective intersectorielle et contextuelle incluant ici genre, l’environnement et le sécurité et enfin de co-construire des pistes d’actions pour renforcer la protection des migrants et la gouvernance migratoire », a-t-elle déclaré.
Spécifiquement, il a été question de présenter l’état d’avancement de la révision de l’étude sur la cartographie des parties prenantes de la migration, initialement examinée, a indiqué la Cheffe de mission Alessia Moretti. L’atelier s’est appesanti également au jour 1 sur l’appropriation des résultats de la recherche et leur traduction en actions concrètes.
Des recommandations…
Au jour 2 de l’atelier, l’essentiel des travaux a été consacré à des recommandations pour une politique migratoire exemplaire au Burkina Faso. D’après le chef de projet de l’ONG WeWorld, Oumarou Sawadogo, la formulation de ces recommandations a été faite en sous-groupe. Le 1er groupe composé des acteurs administratifs s’est penché sur thème : « Recommandations pour améliorer le cadre juridique et institutionnel ». Le sous-groupe 2 composé des ONG a traité le thème : « Recommandations pour renforcer la protection des femmes et enfants migrants ». Le 3e sous-groupe qui a réuni les OSC à quant à lui, abordé le thème 3: « Recommandations pour appuyer le dialogue et la gouvernance au niveau nationale ».

Les travaux ont également abouti, dit-il, à la mise en place prochaine d’un comité de coordination pays. « Ce mécanisme aura pour mission de contribuer à la mise en œuvre du projet à travers des recommandations pertinentes et un suivi des actions prévues au niveau africain », a-t-il fait savoir.
Pour le représentant du Ministère charge de la solidarité, Issiaka Pamtam, la migration est une réalité sociale ancienne. Mais, elle peut être, selon lui, une source de vulnérabilités lorsqu’elle se pratique dans les mépris des règles. Face à ces défis, l’État burkinabè travaille, a-t-il rappelé, à renforcer les mécanismes de prévention, de protection et de prise en charge des migrants, en étroite collaboration avec les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers.

Pour lui, cet atelier s’est inscrit dans cette logique nationale. De ce fait, il a salué l’initiative de WeWorld. « Les propositions qui ont été faites nous permettront de renforcer non seulement nos mesures de prévention, mais aussi d’avoir une feuille de route claire qui va nous permettre une bonne prise en charge des personnes vulnérables notamment, les femmes et les enfants », a-t-il exprimé.
S’exprimant au nom des participants, Adamou Kapioko, s’est dit satisfait du déroulement de l’atelier. Il a salué la qualité des débats et des interventions, témoignant de l’intérêt et de l’engagement des participants sur les questions liées à la migration irrégulière au Burkina Faso. « L’engagement que les participants ont fait montre traduit une volonté collective de contribuer à une migration plus sûre et régulière dans le contexte actuel », a-t-il dit.

Notons que le Projet OUESTAF est financé par l’Union européenne à hauteur de 1 516 293,58 euros, dont 243.230,16 euros alloués au Burkina Faso. Il intervient au Burkina Faso, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Togo. La durée de mise en œuvre dans le pays des Burkina Faso est de 17 mois allant de mars 2025 à juillet 2026.
Jean-François SOME
Minute.bf





