Le TGI Ouaga 2 a entamé ce vendredi 27 février 2026 le jugement de l’affaire opposant la Communauté musulmane des ressortissants burkinabè de New Jersey à son secrétaire général et trésorier, l’homme d’affaires Abdoul-Aziz Amaran Wereme. Poursuivi pour abus de confiance portant sur environ quarante millions de francs CFA, le prévenu a vigoureusement contesté les accusations, bien qu’il ait reconnu avoir transféré sans autorisation les fonds litigieux.
Dès l’ouverture des débats, Abdoul-Aziz Amaran Wereme a plaidé non-coupable. Il a situé son geste dans le contexte d’une première affaire personnelle, débutée en décembre 2025, pour laquelle il affirme avoir eu besoin de fonds. « J’avais utilisé l’argent des gens pour résoudre une première affaire. Ce transfert que j’ai fait, c’était dans l’optique d’avoir une somme conséquente pour résoudre le problème », a-t-il expliqué à la barre. Il a précisé avoir puisé environ 63 000 dollars (environ 24 millions de F CFA) sur le compte de la communauté, dont il est le gérant, dans l’intention de se « libérer » de ce problème avant de rembourser grâce à ses comptes épargne personnels situés aux États-Unis dont il n’avait pas accès depuis le Burkina Faso.
Le prévenu a tenté de démontrer sa bonne foi en soulignant la transparence mécanique de son geste. En effet, le prévenu a précisé que le transfert a automatiquement généré une notification par courriel, reçue par les quatre autres membres ayant accès à la messagerie de la communauté. Cependant, étant en garde à vue au moment des faits, il était injoignable. C’est cette impossibilité de le joindre qui, selon lui, a déclenché la plainte. Il a rappelé que c’est l’officier de police judiciaire (OPJ) qui lui a remis son téléphone pour effectuer l’opération. « Ils ont appelé mon frère aîné qui est en France et c’est lui qui leur a expliqué la situation. Ils ont alors porté plainte. Mais ils ont repris leur argent et ils sont repartis aux États-Unis. C’est pour ça que je dis que je ne reconnais pas parce que j’ai remboursé leur argent », a-t-il martelé, insistant sur le fait que les fonds n’avaient pas été utilisés et avaient été intégralement restitués.
Un débat tendu avec le ministère public
L’argumentaire de la défense s’est heurté aux questions serrées du président du tribunal et du parquet. Le président a rapidement établi que le prévenu n’était pas propriétaire exclusif de l’argent et qu’il n’avait requis aucune autorisation préalable pour effectuer ce transfert.
Le parquet s’est dit « étonné » que M. Wereme rejette les faits, alors qu’il reconnaît avoir transféré l’argent de la communauté vers un autre compte pour résoudre un problème personnel. « Vous êtes en train de commettre une infraction pour résoudre une infraction. L’intention ne justifie pas l’illégalité », a-t-il déclaré.
Le débat s’est cristallisé sur la qualification juridique des faits. Pour le prévenu, la restitution des fonds annule la tentative d’infraction. « On peut parler de tentative », pense-t-il. Le parquet a opposé une fin de non-recevoir, rappelant la matérialité de l’infraction. « L’infraction est consommée dès lors que vous avez fait le transfert. On parle de détournement », a répliqué le parquet.
Un moment fort de l’audience a été l’intervention de l’avocat de la défense, qui a adopté une posture pour le moins singulière. Il a tenu à préciser qu’il avait lui-même conduit son client au commissariat central et à Interpol pour sa garde à vue, confessant même avoir initialement voulu renoncer à sa défense, ne souhaitant pas être « mêlé à des coups bas ».
Surtout, l’avocat a jeté un pavé dans la mare en affirmant que le parquet avait, à plusieurs reprises, assuré qu’il ne poursuivrait pas M. Wereme après la restitution de l’argent, officialisée par un procès-verbal. « Le parquet est assermenté et moi également. Je ne comprends pas pourquoi encore le parquet fait volte-face alors qu’un PV de restitution a été fait », a-t-il lancé.
Le parquet a répliqué qu’il y a des infractions pour lesquelles, malgré le retrait de la plainte l’infraction est consommée et le parquet peut poursuivre. « Si dans un premier temps le ministère public avait dit qu’il ne va pas poursuivre et qu’il s’est révisé, il a ses raisons. Ce n’est point de l’acharnement vis-à-vis du prévenu », a déclaré le procureur.
À l’issue des débats, le parquet a entamé ses réquisitions.
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