Après des années sous oppression terroriste, plusieurs localités de la région du Nakambé (ex-Centre-Est) retrouvent progressivement leur pouls. Grâce aux opérations du Groupement des forces pour la sécurisation de l’Est (GFSE), notamment le 61e Régiment d’infanterie commando (RIC), le 30e Bataillon d’intervention rapide (BIR 30) et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), des centaines de milliers de personnes déplacées internes ont regagné leurs villages d’origine. Aujourd’hui, les écoles, les centres de santé et les marchés sont de nouveau fonctionnels. L’espoir renaît chez ces populations longtemps éprouvées par les exactions des groupes terroristes. Immersion, le mercredi 11 février 2026, dans plusieurs localités frontalières du Togo, où la victoire sur le terrorisme a triomphé et où la résilience a pris le dessus sur les cicatrices du passé.
À l’aube, quand l’horloge marque six heures, le soleil a déjà pris possession du ciel du village de Foro (nom d’emprunt).
À la même heure où, à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, les rues s’animent et les maisons s’éveillent, ici aussi la vie se met en marche. Même soleil, même heure, même élan. Ici, comme dans les capitales, la vie reprend bien ses droits.

Des femmes s’affairent à leurs tâches matinales. Des hommes enfourchent leurs vélos, filant vers leurs occupations, tandis que des enfants, l’ardoise sous le bras comme un bouclier d’avenir prennent le chemin de l’école, avec un enthousiasme éclatant dans l’air frais du matin.
Dans le Nakambé, la vie reprend ses droits dans plusieurs localités
Pourtant, il y a quatre ans, ce village niché à un jet de pierre de la frontière togolaise vivait au rythme des menaces et des détonations des armes. Les habitants avaient fui leur localité, laissant derrière eux des maisons entrouvertes, des champs en friche et des souvenirs suspendus.
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Réfugiés au chef-lieu de province, ils sont devenus des déplacés internes, ballottés entre la peur du passé et l’espoir fragile d’un hypothétique retour.

Aujourd’hui, ces fantômes se sont évanouis. Les populations ont regagné leurs foyers, non seulement à Foro, mais aussi dans les 27 autres villages totalement réinstallés et consolidés. Les écoles rouvrent leurs portes, les centres de santé et de promotion sociale (CSPS) accueillent à nouveau les usagers et les marchés retrouvent leurs voix.
« Les terroristes ont croisé plus fort qu’eux… »
Le retour des populations dans leurs villages n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’opérations sécuritaires menées par les Forces combattantes, notamment le 61e Régiment d’infanterie commando, le 30ème Bataillon d’intervention rapide (BIR 30) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), dans le cadre des opérations de reconquête et de sécurisation du territoire national.

« Grâce au BIR 30, nous sommes revenus ici et nous vivons dans la quiétude depuis 2025 », a confié M. Gambo (nom d’emprunt), l’infirmier du village, le regard apaisé. Lui qui a connu les heures les plus sombres sous le diktat des groupes terroristes. Son soulagement est à la mesure des épreuves traversées.
Ce jour funeste du lundi 28 février 2022, où tout a basculé. Selon les confidences de l’infirmier, les terroristes ont débarqué dans la localité, semant la terreur par des tirs nourris. Réfugiés au sein du centre de santé, ce n’est que quatre heures plus tard que les rescapés ont dû fuir, les mains vides, le cœur lourd.
Aujourd’hui, il parle de ces événements comme d’une cicatrice refermée. « Je me réjouis que cela ne soit plus qu’un souvenir. Depuis 2025, nous sommes là, et tout se passe très bien », dit-il, saluant les efforts des Forces combattantes qui ont anéanti les terroristes et implanté le drapeau du Burkina Faso. « Les terroristes ont croisé plus fort qu’eux », ajoute-t-il, un léger sourire en coin.

Mais pour que cette paix revienne, les Forces combattantes ont bravé vents et marées. Dans ces localités reprises des mains des forces du mal, les habitants évoquent avec gratitude le courage des hommes du Sergent-chef Smith, chef du détachement, et des VDP, qui assurent une veille permanente. « Ils sont là, jour et nuit, telles des sentinelles bienveillantes. Sans eux, nous ne serions jamais revenus », témoigne le Naaba, chef du village de Foro.

Dans ses paroles, on lit la reconnaissance d’une communauté qui a retrouvé confiance.
L’école, symbole d’un lendemain possible
Le symbole le plus fort de la renaissance de toutes ces localités est sans conteste la réouverture des écoles primaires. À peine arrivés dans ces établissements, les enfants, voyant les hommes en tenue militaire, scandent en chœur : « IB ! IB ! IB ! » (Ibrahim Traoré : IB, le Président du Faso, ndlr).

Ce cri du cœur, spontané et pur, est un vibrant hommage au leadership du Capitaine Ibrahim Traoré, qui a insufflé une nouvelle dynamique dans la guerre contre l’hydre terroriste depuis son arrivée.
Autrefois occupée par les terroristes qui en avaient fait une base, l’école primaire A de Foro accueille à nouveau ses élèves. Les murs en dur portent encore les stigmates des combats. Par précaution, pour épargner aux enfants le traumatisme de ces traces, les cours se tiennent dans un bâtiment qui abritait jadis un bâtiment administratif réhabilité et sous des tentes offertes par l’UNICEF.
Burkina : Dans le Nakambé les terroristes ont croisé plus fort qu’eux
« Retrouver les élèves est un immense soulagement », a confié l’enseignant, représentant du directeur.
Depuis octobre 2024, toutes les classes du primaire, à l’exception du CM1, fonctionnent. Les rires des quelque 375 élèves inscrits ont remplacé les échos des armes.
Cependant, les défis restent nombreux. « Nous avons besoin d’un puits à proximité pour que les enfants puissent boire de l’eau fraîche et pure », plaide le responsable de l’établissement.

Autour de l’école, des femmes vaillantes proposent beignets dorés et jus de fruits aux enfants, semant un peu de douceur dans leur journée.
Le marché, pouls économique qui reprend ses battements
À quelques kilomètres de là, dans le village voisin de Kasi (nom d’emprunt), le marché reprend timidement vie, comme un convalescent qui fait ses premiers pas. Les étals se remplissent à nouveau de céréales, de beignets, de condiments et de tissus colorés.

Les femmes commerçantes ont retrouvé leurs habitudes. « Ça va un peu », nous glissent-elles, avec la pudeur de ceux qui ont tant souffert.
A. Z., commerçante au marché du village, a retrouvé sa place derrière son comptoir. Deux ans plus tôt, elle avait fui en abandonnant tout. Aujourd’hui, elle vend à nouveau, le sourire discret mais sincère. « Nous sommes revenus en 2025. Les FDS nous sécurisent. Il n’y a plus d’inquiétude », a-t-elle dit.

Dans ce village autrefois meurtri, les motos circulent, les champs attendent la prochaine campagne agricole. Chaque famille reconstruit, pierre après pierre, ce que les terroristes avaient brisé.
M. O., jeune tisserande, a repris son métier. « Nous avons fui à cause de l’insécurité. Depuis l’an dernier, nous sommes revenus et la quiétude est revenue. Jour et nuit, les FDS et les VDP veillent sur nous. Nous prions pour eux », nous confie-t-elle, une lueur de gratitude dans les yeux.
Que retenir des opérations ?
Une source sécuritaire a détaillé les types d’opérations menées dans la région du Nakambé.

D’abord, l’opération de reconquête, pour arracher le terrain à l’ennemi. Ensuite, la stabilisation, pour nettoyer la localité et y installer un dispositif militaire. Enfin, la consolidation, pour permettre le retour effectif des populations, de l’administration et de la vie.
La source sécuritaire a précisé qu’en mai 2023, relier certaines localités de la région du Nakambé relevait de l’impossible. « C’était des zones interdites. La reconquête s’est faite au prix de très nombreux sacrifices. Sacrifices humains, financiers et matériels. Il n’y a pas de risque zéro, mais nous avons semé pour récolter la paix », a souligné la source sécuritaire.
Dans les villages réinstallés du Nakambé, la reconquête ne se mesure pas seulement en kilomètres sécurisés. Elle se lit, selon la source sécuritaire, dans les regards rassurés, dans les cahiers ouverts, dans les marchés qui bruissent à nouveau. « La victoire ne se limite pas à la reprise d’un territoire ; elle s’incarne dans le retour des familles, dans la dignité retrouvée, dans cette capacité des populations à se relever, ensemble », a conclu la source sécuritaire.

En guise de précision, le 30 janvier 2026, devant l’Assemblée législative de transition, le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a indiqué que 74 % du territoire national est désormais sous contrôle de l’État, contre 71 % en décembre 2024 et 69 % en 2023. En 2025, plus de 442 villages ont été libérés, 73 préfectures et mairies rouvertes, plus de 600 écoles et 38 structures sanitaires remises en service.
NB : Pour des raisons de sécurité, des noms d’emprunt ont été utilisés pour les localités et les visages ont été dissimulés.
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Mathias KAM
Minute.bf






