Lazare BAKOUAN
Institut des Sciences des Sociétés/CNRST, Burkina Faso bakouanlazare@gmail.com
Zomenassir Armand BATIONO
Institut des Sciences des Sociétés/CNRST, Burkina Faso zomenassir@gmail.com
Résumé
Le lyèlé est une langue gur du sous-groupe occidental des langues gurunsi. Dans cette langue du Burkina Faso, la désignation des maladies repose sur plusieurs critères, notamment les signes et manifestations cliniques observables, ainsi que sur des procédés d’emprunt linguistique. La présente étude, inscrite dans une perspective terminologique, vise à décrire les modes de désignation des maladies en lyèlé. S’appuyant sur une approche sociolinguistique de la terminologie, elle consiste d’abord à inventorier un ensemble de maladies socialement reconnues par la communauté linguistique lyèlé, avant d’analyser les mécanismes qui sous-tendent leur dénomination. Il ressort de l’analyse que la désignation des maladies en lyèlé s’opère essentiellement à travers des procédés de création lexicale propres à la langue.
Mots-clés : dénomination, description, dérivation, composition, emprunt.
Introduction
Le lyèlé, à l’instar de toute langue, recourt à un ensemble de termes variés pour désigner les maladies socialement reconnues au sein de sa communauté sociolinguistique. Ces dénominations ne relèvent pas d’un mode unique, mais résultent de plusieurs procédés étroitement liés aux pratiques sociales, aux savoirs endogènes et aux ressources linguistiques de la langue. À la lumière de ce qui précède, plusieurs questions se posent : quels sont les modes de désignation des maladies socialement reconnues en lyèlé ? Quelle typologie de désignation peut-on établir à partir de ces pratiques ? Quels procédés linguistiques et socio-terminologiques président à la dénomination des maladies dans cette langue ?
La réponse à ces questions socio-terminologiques s’appuie sur les hypothèses suivantes : la nomination des maladies en lyèlé s’effectue principalement par description ou par emprunt à d’autres langues ; elle repose sur plusieurs typologies de dénomination ; et elle mobilise divers procédés linguistiques et socio-culturels.
L’objectif de cette étude est de décrire la terminologie des maladies en lyèlé. De manière spécifique, il s’agit d’établir une typologie des modes de désignation des maladies, puis de présenter les différents procédés linguistiques mobilisés. À terme, l’analyse montre que la désignation des maladies en lyèlé repose sur l’observation des signes et des manifestations, sur l’identification des causes perçues des maladies, ainsi que sur des mécanismes de création lexicale propres à la langue.
1. Cadre théorique et méthodologique
La réalisation de cette étude requiert son inscription dans un cadre théorique clairement défini, ainsi que la présentation de la démarche méthodologique adoptée pour l’analyse des données.
1.1. Cadre théorique
Le présent travail s’inscrit dans le champ de la socioterminologie, entendue comme une approche qui s’intéresse à la circulation sociale des termes et à leur appropriation par les communautés linguistiques. En effet, la socioterminologie implique l’analyse des pratiques langagières, du fonctionnement discursif et du parcours historique des termes, en lien avec l’histoire des idées (Gaudin, 2004 : 3). Elle constitue ainsi une approche sociolinguistique de la terminologie.
Dans le cadre de cette étude, cette perspective théorique permet d’analyser les termes relatifs aux maladies en lyèlé en tenant compte des facteurs sociaux, culturels et cognitifs qui influencent leur dénomination et leur usage au sein de la communauté linguistique.
1.2. Cadre méthodologique
Pour parvenir aux résultats de cette étude, nous avons suivi plusieurs étapes méthodologiques, comprenant la recherche documentaire, ainsi que la collecte et le traitement des données.
- La recherche documentaire
La recherche documentaire a consisté à consulter des ouvrages et des publications portant sur les maladies en général, et plus particulièrement sur celles les plus fréquentes au Burkina Faso. Dans ce cadre, nous nous sommes rendus à la Bibliothèque de l’Université Joseph Ki-Zerbo afin de recueillir des informations fiables sur ces maladies. Ces lectures ont permis de mieux comprendre les maladies socialement connues chez les Lyèla, leurs causes ainsi que leurs impacts sur le vécu des populations.
- La collecte et le traitement des données
La collecte et le traitement des données ont porté sur les matériaux linguistiques relatifs à la désignation des maladies en lyèlé. Pour ce faire, nous avons soumis un questionnaire sous forme d’entretien semi-directif à une vingtaine de locuteurs natifs, dans les communes de Réo et Didyr, situées dans la région de Nando au Burkina Faso. Le choix de ces informateurs repose sur leur connaissance approfondie du domaine médical ainsi que sur leur maîtrise de la culture lyèlé. Le questionnaire comportait des items concernant les sources des maladies, leur désignation et leur conception dans l’imaginaire populaire de la communauté lyèlé.
Après la collecte, les données ont été traitées en plusieurs étapes. Dans un premier temps, elles ont été transcrites phonétiquement, dans la variété de la zone C, la plus intelligible de la langue selon les travaux antérieurs. À titre de rappel, le lyèlé possède quatre variétés principales (Bazié, 2002 : 85) :
- la variété de la zone A : parlée à Kandarzana dans la commune de Godyr ;
- la variété de la zone B : parlée à Dassa, Didyr, Godyr, Gossina, Kordié, Samba, Nanoro ;
- la variété de la zone C : parlée à Goundi, Koudougou, Kyon, Ténado, Réo, Imasgho ;
- la variété de la zone D : parlée à Tenado (Bavila, Baguiomo, Batondo, Bido) et Zamo (Kwalio, Bwo).
Selon Batiana (1985 : 112), malgré cette diversité, les locuteurs se reconnaissent comme membres d’une même communauté linguistique, même s’il est possible d’identifier l’origine de chacun en fonction de sa variété. Cette diversité constitue une véritable richesse culturelle pour la communauté Lyèla.
À l’issue de la transcription, nous avons pu identifier les différents procédés de désignation des maladies et regrouper les termes recueillis afin d’en établir une typologie cohérente.
2. Typologie de dénomination des maladies en lyèlé
La dénomination d’une maladie se fait généralement à travers les signes de celle-ci. Selon M. PFLANZ et al. (2077 : 416),
« on peut distinguer cinq éléments dans la plupart des cultures : a) la description générale de la maladie est différente de celle des autres phénomènes… ; b) les manifestations de la maladie ; c) les classifications générales et particulières des maladies ; d) les causes des maladies ; e) valeur de la maladie sur le plan moral ou autre. »
Chaque communauté se base sur les aspects culturels, environnementaux et des signes de la maladie pour la dénomination. En lyèlé, la dénomination se fait de plusieurs manières à travers un diagnostic des locuteurs sur le malade. Ce diagnostic se fait par les signes visibles ou l’état de la personne malade. Ainsi, les maladies peuvent être désignées en décrivant les signes de la maladie, l’état du malade, en présentant leurs étiologies ou en empruntant des noms aux autres langues.
2.1. La dénomination de type descriptif
La description consiste à décrire, représenter ou d’exposer les caractéristiques, les particularités de quelqu’un ou de quelque chose. Elle constitue un moyen de dénomination en lyèlé.
La dénomination de type descriptif des maladies consiste selon M. DACHER (1990 : 15), en la localisation d’une douleur ; altération ou dysfonctionnement d’un organe, d’une fonction physiologique ou à décrire l’aspect du corps malade. En réalité, la description de la maladie est portée sur le corps du malade ; ce que l’on voit ou ce que lui-même peut ressentir. Cette forme de nomination porte un diagnostic sur le malade ; ce qui permet de connaitre la partie du corps du malade touchée. La description localise la douleur, l’organe touché, l’altération d’une fonction, l’élément étranger à l’intérieur du corps, dénomination par un aspect caractéristique du corps du malade.
2.1.1. Localisation d’une douleur
Certaines maladies présentent des douleurs physiques que ressent le malade. Les locuteurs identifient la maladie à travers ces douleurs physiques qui sont localisées sur une partie du corps du malade. Cette forme de dénomination décrit le symptôme de la maladie en la localisant sur la partie du corps. La dénomination se fait à travers la partie du corps suivie de yīmē « le fait de faire mal (douleur) » dans la majorité des cas, ou également címí « maladie ».
- Localisation de la douleur sur une partie de la tête
Cette partie du corps peut être attaquée par une maladie à plusieurs niveaux. La maladie peut se ressentir au niveau de l’entièreté de la tête, au niveau des yeux, des dents, la gorge, les oreilles, le nez, la bouche.
Exemples
- yó « tête » yó yīmē « mal de tête »
- ʒɛ̃̌ « oreille » ʒɛ̃̌ yīmē « mal d’oreille »
- yíré « yeux » yíré yīmē « maux d’yeux »
- byã̄ « coup » byã yīmē « mal de cou »
- nìjōló « molaire » nìjōló yīmē « carie dentaire ».
La majorité de ces maladies présentent des signes extérieurs. Le malade lui-même désigne la maladie à partir de la douleur qu’il ressent.
- Localisation de la douleur sur une partie du tronc
Certaines maladies au niveau du tronc ne sont pas visibles, mais peuvent se ressentir par le malade lui-même. Les maladies descriptives à ce niveau du corps peuvent être visibles sur le ventre ou invisibles de la poitrine, l’intérieur du ventre, le bas ventre, les poumons, le foie, le dos, la hanche.
Exemples
- wū « ventre» wū yimē « mal de ventre »
- nə̀báná « poitrine » nə̀báná yīmē « mal de poitrine »
- ʃíʃìrú « poumon » ʃíʃìrú yīmē « mauvaise respiration »
- cɛ̄ « foie » cɛ̄ yīmē « mal de foie »
- cã̃̌ « dos » cã̃̌ címí « mal de dos ».
Les signes de la majorité de ces maladies ne sont pas visibles. Cependant, ces maladies jouent sur l’état du malade.
- Les membres
Les maladies qui affectent les des membres du corps sont généralement des maladies physiques.
Exemples
- nə̀dṍ « genoux » nə̀dṍ yimē « déboitement du genou »
- nà « pied » nà cǐR « entorse du pied »
- nà « pied » nà ɲǎl « enflure du pied »
- jɛ̀ « main » jɛ̀ cǐR « entorse à la main »
- vɔ̀ « bras » vɔ̀ cǐR « entorse du bras ».
Ces maladies généralement visibles sur le corps du malade et peuvent impacter son état physique.
2.1.2. Dysfonctionnement d’une partie du corps
La maladie peut affecter une partie du corps jusqu’à son dysfonctionnement. Les locuteurs désignent ces maladies à travers le dysfonctionnement ou ses effets, ou en évoquant l’aspect caractéristique du corps malade.
Exemples
- wū « ventre » +kúl « sécher » : wū kúl « constipation »
- pwǐ « ventre »+fǔr « ballonner » : pwǐ fǔR « ballonnement »
- nà « pied »+ɲǎl « enfler » : nà ɲǎl « enflure »
- ē pwéR « péter » : pwóRó « diarrhée »
5. ē cēR « tousser » : cə̀cóRó « toux ».
Les maladies issues du dysfonctionnement d’une partie du corps peuvent être visibles ou s’observer sur l’état du malade.
2.1.3. Description des actes du malade
Les locuteurs peuvent désigner certaines maladies en se fondant sur les actes ou comportements du malade. Cette désignation peut se manifester de plusieurs façons : en observant les actions précédant l’apparition de la maladie, en décrivant les manifestations extérieures ou les signes visibles, en comparant la maladie à des éléments de l’environnement familier du locuteur, ou encore en se référant au comportement du malade pendant ses crises. Ces procédés montrent que, dans la langue lyèlé, la perception et la dénomination des maladies sont étroitement liées à l’expérience vécue et aux observations concrètes de la communauté.
Exemples
- kə̀kũ̀bwèlè « épilepsie »
- cə́-byā ècóró « coqueluche »
- ɲə̀ɲààrɛ̄ « folie »
Ces maladies se ressentent généralement sur l’état comportemental ou émotionnel du malade.
2.2. La dénomination par la désignation de la partie du corps atteinte
Dans certains cas, les locuteurs désignent la partie du corps pour désigner la maladie. À cet effet, l’on remarque facilement comme dans les autres cas que c’est la maladie qui attrape l’homme et non l’homme qui attrape la maladie.
Exemples
1. cã̃̌ « dos » : maladie de dos
2. múswɛ́lɛ́ « testicule » : hernie
- wū « ventre » : mal de ventre.
- mùnú « partie extérieure de l’anus » : hémorroïde.
La désignation de la partie du corps dans le cadre de la maladie équivaut en même temps à la dénomination de la maladie.
2.3. Dénomination de type étiologique
Dans la langue lyèlé, certaines maladies sont désignées en référant à l’agent causal ou à la cause instrumentale de la maladie. Selon Dacher (1990 : 18), certaines maladies infantiles sont ainsi nommées d’après l’agent responsable de la maladie, le choix de cet agent étant lié aux caractéristiques physiques du malade ou de l’animal impliqué.
Dans ce type de dénomination, l’agent causal est souvent un animal, qui peut être réel, mystique ou associé aux totems du malade ou de son environnement. Les Lyèla désignent la maladie par l’animal lorsqu’ils estiment que celui-ci est à l’origine de la maladie ou lorsque le malade présente des signes assimilables aux traits de l’animal.
Exemples :
- kúmú « oiseau » → tétanos
- dɔ̄m « serpent » → encéphalopathie
- bwèlé « chat » → asthme
- célé « poussin » → angine
- élyɛ̄nɛ́ « araignée » → zona
Ces animaux, utilisés pour désigner certaines maladies, appartiennent à l’environnement culturel et naturel des Lyèléphones. Les noms sont attribués en fonction de l’observation du comportement du malade ou de certaines caractéristiques physiques qu’il manifeste, reflétant ainsi l’étroite relation entre langage, perception et expérience communautaire de la maladie.
3. Procédés de dénomination des maladies
La dénomination des maladies en lyèlé se fait selon plusieurs procédés de formation. Selon J. SAGER (1990), il existe trois procédés pour la formation d’unités terminologiques : l’usage de ressources existantes, la modification de ressources existantes et la création de nouvelles unités linguistiques. Ces différents procédés peuvent se résumer morphologique en la dérivation et en la composition. En plus de ces deux procédés interviennent les mots de la langue et les emprunts aux autres langues.
3.1. La dénomination par composition
Selon E. BENVENISTE (1966 : 171), « il y a composition quand deux termes identifiables par le locuteur se conjoignent en une unité nouvelle à signifié unique et constant ». Elle est un procédé de formation d’une unité lexicale à partir de deux ou plusieurs éléments lexicaux susceptibles d’avoir une autonomie par eux-mêmes dans la langue. Selon L. BAKOUAN (2023 : 290), la composition en lyèlé peut être endocentrique ou exocentrique.
Le composé endocentrique est un composé qui a la même classe grammaticale que le centre, noyau du composé. Le noyau est l’élément qui sert de base au composé, le déterminé. Les composés endocentriques en lyèlé ont la structure suivante : N+N ; N+N+N ; N+V ; N+Adj. Ils sont tous de la même classe grammaticale : le nom.
Exemple
- Structure N+N
- bwèlé « chat » + èkũ̀bwèlē « épilepsie » : bwèlé èkũ̀bwèlē
« asthme »
- cə́lá « ancêtre » +byã̀gǒ « gourdin » : cə́lá byã̀gǒ « AVC »
- wū « ventre » + ɲɛ̄ lɛ̄ « plaie » : wū ɲɛ̄ lɛ̄ « ulcère »
- ēʃã̄ « cheval » + ʃĩ̄ « urine » : ēʃã̄ ʃĩ̄ « jaunisse »
- gɔ̄ « brousse » +yó « tête » : gɔ̄ yó «
– Structure N+N+N
- bālā « hommes » +ʃĩ̄ « urine » +címí « maladie » : prostate
- cīcɛ̄ « nuit » + cìná « propriétaire »+ címí « maladie » :
– Structure N+V
- wū « ventre » + kúl « sécher » : wū-kúl « constipation »
- pwǐ « ventre » + fǔr « ballonner » : pwǐ-fǔr « ballonnement »
- nà « pied » + ɲǎl « enfler » : nà-ɳǎl « enflure du pied »
- vɔ̀ « bas » + cǐr « déplacer » : vɔ̀ cǐR «
– Structure N+Adj
1. cə̀cóRó « toux » + nãʒènɔ̀ « gros » : cə̀cóR-ʒènɔ̀
« tuberculose ».
3.2. La dénomination par dérivation
La dérivation selon J. DUBOIS et al. (2002 : 136), « consiste en l’agglutination d’éléments lexicaux dont un au moins n’est pas susceptible d’emploi indépendant, en une forme simple. » Elle est l’opération par laquelle on crée une nouvelle unité lexicale par adjonction à une autre unité lexicale existante, un élément non autonome appelé affixe. Cette nouvelle unité fonctionne comme une seule unité dans la langue.
Nous distinguons deux types de dérivation en lyèlé que sont la dérivation affixale et la dérivation non affixale.
La dérivation par dérivation de la terminologie de maladie se fait à partir des verbes idéophoniques ou onomatopéiques.
- ē cə̄r « tousser » : cə̀córó « toux »
- ē pwér « déféquer en pétant » : pwóró « diarrhée »
- ē ɲɛ̀ « s’affoler » : ɲə̀ɲààrɛ̄ « folie ».
3.3. La dénomination de forme onomatopéique
L’onomatopée, selon J. DUBOIS (2002 : 334), est : « Une unité lexicale crée par imitation d’un bruit naturel ». Cette nouvelle unité s’adapte à la structure morphologique de la langue. Selon BAKOUAN (2017 : 64), il existe deux types d’onomatopées en lyèlé. Il s’agit de l’onomatopée imitative et de l’onomatopée interventionnelle.
L’onomatopée interventionnelle ou interjective est encore appelée interjection à base onomatopéique. Elle est cette forme d’onomatopée où le locuteur émet des bruits émotionnels.
Les mots áyà ; à da, kə̀yílílí sont des onomatopées interventionnelles.
L’onomatopée est dite imitative lorsqu’elle imite un bruit répété et régulier. Les locuteurs de la langue désignent certaines maladies à travers cette forme onomatopéique.
Exemple
- cə̀córó « toux »
- pwóró « diarrhée »
- wúr « rhume ».
3.4. La dénomination par emprunt linguistique
Les locuteurs du lyèlé empruntent des mots à d’autres langues. Selon A. BATIANA (2008 : 132), « le lyèlé a emprunté des mots à plusieurs langues nationales et internationales telles que le mooré, le dioula, le français, l’anglais et à certaines langues ghanéennes ». En plus de ces langues, le lyèlé a également emprunté des mots à l’arabe, le haoussa, le songhaï et le wolof » (L. BAKOUAN 2023 : 296).
Certaines maladies socialement connues sont désignées par emprunts aux langues comme le dioula le mooré ou le français.
Exemple
- jwàkwàjó « palu »
- súmáyá « fièvre »
- ʃídà « sida »
- āpōló « conjonctive » 5. mīnə̄ gítē « méningite ».
3.5. La dénomination par euphémisme
Selon J. BUBOIS et al. (2002 : 189), l’euphémisme est tout atténué ou adouci d’exprimer certains faits ou certaines idées dont la cruauté peut blesser. Ce procédé est utilisé en lyèlé pour évoquer certaines maladies à caractères sexuels ou celle vue comme « honteuse » pour le malade lui-même.
- yī « dieu » +kwã̄ « chose » : yī-kwã̄ « lèpre »
- kānā « femmes » +címí « maladie » : kānā címí « sida »
- bɛ̄ lɛ̄ « impuissance sexuelle ».
4. Commentaire sociolinguistique et discussion
Le corpus présenté illustre de manière claire la richesse terminologique du lyèlé dans le domaine médical, spécifiquement en ce qui concerne la dénomination des maladies socialement connue dans cette communauté linguistique. Cette dénomination des maladies pas un simple exercice linguistique abstrait, mais un phénomène social et culturel profondément ancré dans les pratiques communautaires. Chaque terme relève d’une observation directe des signes et symptômes, d’une interprétation des causes perçues, ou encore d’une interaction avec d’autres langues et cultures, comme en témoignent les emprunts au mooré, au dioula ou au français.
Parlant de la typologie des dénominations identifiée qui se veut descriptive, étiologique, comportementale, par emprunt et par euphémisme, nous notons que le lexique médical lyèlé s’articule autour de critères socio-culturels, cognitifs et perceptifs, reflétant la manière dont la communauté perçoit, comprend et gère la maladie. Les procédés de formation lexicale, tels que la composition, la dérivation, l’onomatopée et l’emprunt, témoignent non seulement de la créativité linguistique du lyèlé, mais aussi de sa capacité d’adaptation face aux besoins terminologiques. Dès lors, la désignation des maladies en lyèlé ne se réduit pas à la simple nomination de phénomènes biologiques ; elle traduit également des représentations culturelles, des savoirs endogènes et des normes communicatives propres à la communauté. Par conséquent, cette perspective met en évidence la nécessité d’intégrer les dimensions sociales, culturelles et cognitives tant dans le domaine médical que dans toute démarche de codification ou de standardisation terminologique des langues locales.
Conclusion
Les Lyèla disposent de diverses approches pour désigner les maladies au sein de leur communauté. La présente étude, inscrite dans le champ de la socioterminologie, constitue une première esquisse permettant de mieux comprendre ces pratiques. Elle montre que la dénomination des maladies en lyèlé peut se faire soit par description, soit par emprunt à d’autres langues, et qu’elle obéit à plusieurs typologies et procédés de désignation.
Ce domaine reste cependant très vaste et encore peu exploré, notamment dans un contexte où le contact de langues est fréquent. À ce titre, la socioterminologie s’avère particulièrement pertinente pour comprendre le fonctionnement des termes dans leurs conditions sociolinguistiques, permettant ainsi de relier l’analyse lexicale aux pratiques sociales et culturelles de la communauté.
Références bibliographiques
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